Odes en son honneur, 1893
I. « Tu fus une grande amoureuse »
Tu fus une grande amoureuseA ta façon, la seule bonnePuisqu’elle est tienne et que personnePlus que toi ne fut malheureuseAprès la crise de bonheurQue tu portas avec honneur,
Oui, tu fus comme une héroïne,Et maintenant tu vis, statueToujours belle sur la ruineD’un espoir qui se perpétueEn dépit du Sort évident,Mais tu persistes cependant.
Pour cela, je t’aime et t’admireEncore mieux que je ne t’aime.Peut-être, et ce m’est un suprêmeOrgueil d’être meilleur ou pireQue celui qui fit tout le mal,D’être à tes pieds tremblant, féal.
Use de moi, je suis ta chose ;Mon amour va, ton humble esclave,Prêt à tout ce que lui proposeTa volonté, dure ou suave,Prompt à jouir, prompt à souffrir,Prompt vers tout hormis pour mourir !
Mourir dans mon corps et mon âme,Je le veux si c’est ton caprice.Quand il faudra que je périsseTout entier, fais un signe, femme,Mais que mon amour dût cesser ?Il ne peut que s’éterniser.
Jette un regard de complaisance,O femme forte, ô sainte, ô reine,Sur ma fatale insuffisanceSans doute à te faire sereine :Toujours triste du temps fané,Du moins, souris au vieux damné.
Versification
- Forme
- 6 sizains (sizains)
- Rimes
- 3{1(abbacc) 1(ababcc)}
- Mètre
- Octosyllabes
- Strophes
- 6 sizains
- Mots à la rime
- a amoureuse / malheureuse féminine, classiqueb bonne / personne féminine, classiquec bonheur / honneur masculine, classiquea héroïne / ruine féminine, classiqueb statue / perpétue féminine, classiquec évident / cependant masculine, classiquea t’admire / pire féminine, classiqueb t’aime / suprême féminine, classiquec mal / féal masculine, classiquea chose / propose féminine, classiqueb esclave / suave féminine, classiquec souffrir / mourir masculine, classiquea âme / femme féminine, classiqueb caprice / périsse féminine, classiquec cesser / s’éterniser masculine, classiquea complaisance / insuffisance féminine, classiqueb reine / sereine féminine, classiquec fané / damné masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.2· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
36 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, Léon Vanier, 1905· numérisation scribd.com· Sources