Parallèlement, 1889· Appendice Ii
À celle que l’on dit froide
Tu n'es pas la plus amoureuseDe celles qui m'ont pris ma chair ;Tu n'es pas la plus savoureuseDe mes femmes de l'autre hiver.
Mais je t'adore tout de même !D'ailleurs, ton corps doux et béninA tout, dans son calme suprême,De si grassement féminin,
De si voluptueux sans phrase,Depuis les pieds longtemps baisésJusqu'à ces yeux clairs purs d'extase,Mais que bien et mieux apaisés !
Depuis les jambes et les cuissesJeunettes sous la jeune peau,À travers ton odeur d'éclisses,Et d'écrevisses fraîches, beau,
Mignon discret, doux petit ChoseÀ peine ombré d'un or fluet,T'ouvrant en une apothéoseÀ mon désir rauque et muet,
Jusqu'aux jolis tétins d'infante,De miss à peine en puberté,Jusqu'à ta gorge triomphanteDans sa gracile vénusté,
Jusqu'à ces épaules luisantes,Jusqu'à la bouche, jusqu'au frontNaïfs aux mines innocentesQu'au font les faits démentiront,
Jusqu'aux cheveux courts bouclés commeLes cheveux d'un joli garçon,Mais dont le flot nous charme, en somme,Parmi leur apprêt sans façon,
En passant par la lente échineDodue à plaisir, jusques auCul somptueux, blancheur divine,Rondeurs dignes de ton ciseau,
Mol Canova ! Jusques aux cuissesQu'il sied de saluer encor,Jusqu'aux mollets, fermes délices,Jusqu'aux talons de rose et d'or ! —
Nos nœuds furent incoercibles ?Non, mais eurent leur attrait, leur.Nos feux se trouvèrent terribles ?Non, mais donnèrent leur chaleur.
Quant au Point — froide, ô non pas fraîche,Je dis que notre « sérieux »Fut surtout, et je m'en pourlèche,Une masturbation mieux,
Bien qu'aussi bien les prévenancesSussent te préparer sans plus —Comme tu dis — d'inconvenances,Pensionnaire qui me plus,
Et je te garde entre les femmesDu regret, non sans quelque espoir,De quand peut-être nous aimâmesEt de sans doute nous r'avoir.
Septembre 1889
Versification
- Forme
- 14 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 14(abab)
- Mètre
- Octosyllabes
- Strophes
- 14 quatrains
- Mots à la rime
- a amoureuse / savoureuse féminine, classiqueb chair / hiver masculine, classiquea même / suprême féminine, classiqueb bénin / féminin masculine, classiquea phrase / d'extase féminine, classiqueb baisés / apaisés masculine, classiquea cuisses / d'éclisses féminine, classiqueb peau / beau masculine, classiquea Chose / apothéose féminine, classiqueb fluet / muet masculine, classiquea d'infante / triomphante féminine, classiqueb puberté / vénusté masculine, classiquea luisantes / innocentes féminine, classiqueb front / démentiront masculine, classiquea comme / somme féminine, classiqueb garçon / façon masculine, classiquea échine / divine féminine, classiqueb au / ciseau masculine, classiquea cuisses / délices féminine, classiqueb encor / d'or masculine, classiquea incoercibles / terribles féminine, classiqueb leur / chaleur masculine, classiquea fraîche / pourlèche féminine, classiqueb sérieux / mieux masculine, classiquea prévenances / d'inconvenances féminine, classiqueb plus masculine, classiquea femmes / aimâmes féminine, classiqueb espoir / r'avoir masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.4· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
56 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, Léon Vanier, 1900· numérisation scribd.com· Sources