Parallèlement, 1889
L’impénitent
RÔDEUR vanné, ton œil fanéTout plein d’un désir satanéMais qui n’est pas l’œil d’un bélître.Quand passe quelqu’un de gentilLance un éclair comme une vitre.
Ton blaire flaire, âpre et subtil,Et l’étamine et le pistil,Toute fleur, tout fruit, toute viande,Et la langue d’homme entenduPourlèche ta lèvre friande.
Vieux faune en l’air guettant ton dû,As-tu vraiment bandé, tenduL’arme assez de tes paillardises ?L’as-tu, drôle, braquée assez ?Ce n’est rien que tu nous le dises.
Quoi, malgré ces reins fricassés,Ce cœur éreinté, tu ne saisQue dévouer à la luxureTon cœur, tes reins, ta poche à fiel,Ta rate et toute ta fressure !
Sucrés et doux comme le miel,Damnants comme le feu du ciel,Bleus comme fleur, noirs comme poudre,Tu raffoles beaucoup des yeuxDe tout genre en dépit du Foudre.
Les nez te plaisent, gracieuxOu simplement malicieuxÉtant la force des visages,Étant aussi, suivant des gens,Des indices et des présages.
Longs baisers plus clairs que des chants,Tout petits baisers astringentsQu’on dirait qui vous sucent l’âme,Bons gros baisers d’enfants, légersBaisers danseurs, telle une flamme.
Baisers mangeurs, baisers mangés,Baisers buveurs, bus, enragés,Baisers languides et farouches,Ce que t’aimes bien, c’est surtout,N’est-ce pas ? les belles boubouches.
Les corps enfin sont de ton goût,Mieux pourtant couchés que debout,Se mouvant sur place qu’en marche,Mais de n’importe quel climat,Pont-Saint-Esprit ou Pont-de-l’Arche.
Pour que ce goût les acclamâtMinces, grands d’aspect plutôt mat,Faudrait pourtant du jeune en somme.Pieds fins et forts, tout légers brasMusculeux et des cheveux comme
Ça tombe, longs, bouclés ou ras, –Sinon pervers et scélératsTout à fait, un peu d’innocenceEn moins, pour toi sauver, du moins,Quelque ombre encore do décence ?
Nenni do ! Vous, soyez témoins,Dieux la connaissant dans les coins,Que ces manières de parts telles,Sont pour s’amuser mieux au fondSans trop musser aux bagatelles.
C’est ainsi que les choses vontEt que les raillards fieffés font.Mais tu te ris de ces morales, –Tel un quelqu’un plus que presséPasse outre aux défenses murales !
Et tu réponds, un peu lasséDe te voir ainsi relancé,De ta voix que la soif dégradeMais qui n’est pas d’un marmiteux :« Qu’y peux-tu faire, camarade,
Versification
- Forme
- Strophes variées
- Rimes
- 1[aa] 13[ababb] 1[abab]
- Mètre
- Octosyllabes
- Strophes
- 13 quintils, 1 distique, 1 quatrain
- Mots à la rime
- a fané / satané masculine, classiqueb bélître / vitre féminine, classiquec gentil / subtil / pistil masculine, classiqueb viande / friande féminine, classiquec entendu / dû / tendu masculine, classiqueb paillardises / dises féminine, classiquec assez / fricassés / sais masculine, classiqueb luxure / fressure féminine, classiquec fiel / miel / ciel masculine, classiqueb poudre / Foudre féminine, équivalentec yeux / gracieux / malicieux masculine, classiqueb visages / présages féminine, classiquec gens / chants / astringents masculine, classiqueb l’âme / flamme féminine, classiquec légers / mangés / enragés masculine, classiqueb farouches / boubouches féminine, classiquec surtout / goût / debout masculine, classiqueb marche / Pont-de-l’Arche féminine, classiquec climat / acclamât / mat masculine, classiqueb somme / comme féminine, classiquec bras / ras / scélérats masculine, classiqueb d’innocence / décence féminine, classiquec moins / témoins / coins masculine, classiqueb telles / bagatelles féminine, classiquec fond / vont / font masculine, classiqueb morales / murales féminine, classiquec pressé / lassé / relancé masculine, classiqueb dégrade / camarade féminine, classiquec marmiteux / amiteux masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.5· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
71 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, Léon Vanier, 1900· numérisation scribd.com· Sources