Parallèlement, 1889
Prologue supprimé a un livre d’« invectives »
MES femmes, toutes ! et‖ ce n’est pas effrayant !A peu près, en trente ans !‖ neuf, ainsi que les Muses,Je vous évoque et vous‖ invoque, chœur riant,Au seuil de ce recueil‖ où, mon fiel, tu t’amuses.
Neuf environ !‖ Sans m’occuper du casuel,Des amours de raccroc,‖ des baisers de rencontre,Neuf que j’aimais et qui‖ m’aimaient, – si c’est réel,Ou que non pas, qu’importe‖ à ce Fiel qui se montre ? –
Je vous évoque, corps‖ si choyés, chères chairs,Seins adorés, regards‖ où les miens vinrent vivreEt mourir, et tous les‖ trésors encor plus chers,Je vous invoque au seuil,‖ mesdames, de mon livre :
Toi qui fus blondinette‖ et mignarde aux yeux bleus ;Vous mes deux brunes, l’une grasse‖ et grande, et l’autreImperceptible avec,‖ toutes deux, de doux yeuxDe velours sombre, d’où‖ coulait cette âme vôtre ;
Et ô rouquine en fleur‖ qui mis ton rose et blancIncendie ès mon cœur,‖ plutôt noir, qui s’embraseA ton étreinte, bras‖ très frais, souple et dur flanc,Et l’or mystérieux‖ du vase pour l’extase.
Et vous autres, Parisiennes‖ à l’excès,Toutes de musc‖ abandonné sur ma prière(Car je déteste les‖ parfums et je ne saisRien de meilleur‖ à respirer que l’odeur fière
Et saine de la femme seule‖ que l’on eutPour le moment sur le‖ moment), et vous, le resteQu’on, sinon très gentil,‖ très moralement, eutD’un geste franc, bon, et‖ leste, sinon céleste.
Je vous atteste, sœurs‖ aimables de mon corps,Qu’on fut injuste à mon‖ endroit, et que je souffreA cause de cette faiblesse,‖ fleur du corps,Perte de l’âme, qui,‖ parait-il, mène au gouffre ;
Au gouffre où les malins,‖ les matois, les « peinards »Comme autant de démons‖ d’enfer, un enfer bêteEt d’autant plus méchant‖ dans ses ennuis traînards,Accueillent d’escroquerie âpre‖ le poète…
O mes chères, soyez‖ mes muses, en ce nidEncore bienséant‖ d’un pamphlet qui s’essore.Soyez à ce pauvret‖ que la haine bénitLe rire du soleil‖ et les pleurs de l’aurore.
Donnez force et‖ virilité, par le bonheurQue vous donniez jadis‖ à ma longue jeunesse,Pour que je parle bien,‖ et comme à votre honneurEt comme en votre honneur,‖ et pour que je renaisse.
En quelque sorte à la‖ Vigueur, non celle-làQue nous déployions en‖ des ères plus propices,Mais à celle qu’il faut,‖ au temps où nous voilà,Contre les scélérats,‖ les sots et les complices.
O mes femmes, soyez‖ mes muses, voulez-vous ?Soyez même un petit‖ comme un lot d’ÉrynniesPour rendre plus méchants‖ mes vers encor trop douxA l’adresse de ce‖ vil tas d’ignominies :
Telle contemporaine‖ et tel contemporainDont j’ai trop éprouvé‖ la haine et la rancune,Martial et‖ non Juvénal, et non d’airain,Mais de poivre et de sel,‖ la mienne de rancune.
Mes vers seront méchants,‖ du moins je m’en prévaux,Comme la gale et comme‖ un hallier de vermine.Et comme tout… Et sus‖ aux griefs vrais ou fauxQui m’agacent… Muses, or, sus‖ à la vermine !
24 septembre 91.
Versification
- Forme
- 15 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 15(abab)
- Mètre
- Alexandrins· profil 6=6
- Strophes
- 15 quatrains
- Mots à la rime
- a effrayant / riant masculine, classiqueb Muses / t’amuses féminine, classiquea casuel / réel masculine, classiqueb rencontre / montre féminine, classiquea chairs / chers masculine, classiqueb vivre / livre féminine, classiquea bleus / yeux masculine, classiqueb l’autre / vôtre féminine, classiquea blanc / flanc masculine, classiqueb s’embrase / l’extase féminine, classiquea l’excès / sais masculine, classiqueb prière / fière féminine, classiquea eut masculine, classiqueb reste / céleste féminine, classiquea corps masculine, classiqueb souffre / gouffre féminine, classiquea peinards / traînards masculine, classiqueb bête / poète féminine, classiquea nid / bénit masculine, classiqueb s’essore / l’aurore féminine, classiquea bonheur / honneur masculine, classiqueb jeunesse / renaisse féminine, classiquea celle-là / voilà masculine, classiqueb propices / complices féminine, classiquea voulez-vous / doux masculine, classiqueb d’Érynnies / d’ignominies féminine, classiquea contemporain / d’airain masculine, classiqueb rancune féminine, classiquea prévaux / faux masculine, classiqueb vermine féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.7· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
60 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, Léon Vanier, 1900· numérisation scribd.com· Sources