Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Poèmes contemporains des poèmes saturniens et des fêtes galantes, 1869

Le monstre

Paul Verlaine· 1 distiques, alexandrins, 45 vers

J'ai rêvé d'une bête‖ affreuse et d'un grand nombreDe femmes et d'enfants‖ et d'hommes que dans l'ombreD'une nuit sans étoile‖ et sans lune et sans bruitLe monstre dévorait‖ ardemment, et la nuitÉtait glacée, et les‖ victimes dans la gueuleDu monstre s'agitaient‖ et se plaignaient, et seuleLa gueule, se fermant‖ soudain, leur répondaitPar un grand mouvement de mâchoires.— C’étaitNon loin d'un fleuve. — Autour,‖ des masses étagées,Lourdes et divergeant‖ par confuses rangéesDans une obscurité‖ blafarde que piquaitÇà et là la lueur‖ diffuse d'un quinquetProbable, dénonçaient‖ le centre d'une ville,Tandis que, violent‖ tour à tour et servile,Un murmure très sourd‖ venu de tout côtéSemblait le cri lointain‖ d'un peuple épouvanté !Ténébreuse, gluante‖ et froide, cette bêteFaisait corps avec l'ombre,‖ en sorte que la têteÉtait seule visible,‖ et c'était bien assezPour l'épouvantement‖ de mes sens convulsés.Et voici : sous un front‖ étroit deux yeux que brideUne profonde, noire‖ et chassieuse ride,Méchamment luisaient gris‖ et verts, et clignotants ;La peau, flasque, était jaune‖ et sale ; et de longtempsJe n'oublierai l'horreur‖ du mufle, comparableAu mufle du mammouth‖ le plus considérable ;Et cela reniflait‖ et soufflait, et dessousGrognait la gueule vaste‖ et ceinte de crins rouxDont le hérissement‖ formait deux pointes, presqueÀ l'instar d'un homard‖ qui serait gigantesque,Et, visqueux, le menton‖ s'allait continuantEn longs poils, tout pareils‖ à ceux d'un bouc géant,Des dents étincelaient ;‖ longues, blanches et minces.Et j'ai vu que le monstre‖ avait comme deux pincesQu'il manœuvrait ainsi‖ que des bras de levier,Pour pêcher je ne sais‖ dans quel sombre vivier,Et porter, à sa gueule‖ ouverte qui s'abaisse,La pâture dont j'ai‖ plus haut marqué l'espèce.Et le sang dégouttait,‖ tiède, le sang humain,Tiède, avec un bruit lourd‖ de pleurs sur le chemin,Lourd et stupéfiant,‖ dans l'infâme nuitéeD'une exécrable odeur‖ laiteuse et fermentée…Mes narines… Tel fut‖ mon rêve… J'ai crié.— Et je ne me suis pas‖ encore réveillé.

Versification

Forme
1 distiques (distiques)
Rimes
22((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6−6
Strophes
1 distiques
Mots à la rime
a nombre / l'ombre féminine, classiqueb bruit / nuit masculine, classiquec gueule / seule féminine, classiqued répondait / mâchoires / C’était masculine, classiquee étagées / rangées féminine, classiquef piquait / quinquet masculine, classiqueg ville / servile féminine, classiqueh côté / épouvanté masculine, classiquei bête / tête féminine, classiquej assez / convulsés masculine, classiquek bride / ride féminine, classiquel clignotants / longtemps masculine, classiquem comparable / considérable féminine, classiquen dessous / roux masculine, classiqueo presque / gigantesque féminine, classiquep continuant / géant masculine, classiqueq minces / pinces féminine, classiquer levier / vivier masculine, classiques s'abaisse / l'espèce féminine, classiquet humain / chemin masculine, classiqueu nuitée / fermentée féminine, classiquev crié / réveillé masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.0· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

45 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres poétiques complètes, Paris, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, 1962· Sources