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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Poèmes divers, 1895

Ex Imo

Paul Verlaine· alexandrins, 52 vers

O Jésus, vous m'avez‖ puni moralementQuand j'étais digne encor‖ d'une noble souffrance ;Maintenant que mes torts‖ ont dépassé l'outrance,Ô Jésus, vous‖ me punissez physiquement.

L'âme souffrante est près‖ de Dieu qui la conseille,La console, la plaint,‖ lui sourit, la guéritPar une claire, simple‖ et logique merveille.La chair, il la livre aux‖ lentes lois que prescrit

Le « Fiat lux »‖, le créateur de la nature,Le Verbe qui devait,‖ Jésus-Christ, être vousPlein de douceur, mais lors‖ faisait la créatureMatérielle et l'autre‖ en tout grand soin jaloux.

La Science, un souci‖ vénérable, tâtonne,Essaie, et pour guérir,‖ à son tour, fait souffrir,Et, le fer à la main,‖ comme un bourreau te donne,Triste corps, un coup tel‖ que tu croirais mourir,

Ou se servant du feu‖ soit flambant, soit sous formeDe pierre ou d'huile ou d'eau,‖ raffine ta douleurTu dirais, pour un bien‖ pourtant ; mais quel énormeEffort souvent‖ infructueux ; chair de malheur !

Chair, mystère plus noir‖ et plus mélancoliqueQue tous autres, pourquoi‖ toi ! Mais Dieu te voulut,Et tu fus, et tu vis,‖ comment ? au vent obliqueDes funestes saisons‖ et du mal qui t'élut.

Et tu fus, et tu vis,‖ comment ! miracle frêle,Et tu souffres d'affreux‖ supplices pour un peuDe plaisir mêlé d'amertume‖ et de querelle.Oui, pourquoi toi ?Jésus répond : « Pour être enfinMienne et le vase pur‖ de l'Esprit de sagesseEt d'amour et plus tard‖ glorieuse au divinSéjour définitif‖ de liesse et de largesse !

Encore un peu de temps,‖ souffre encore un instant,Offre-moi ta douleur‖ que d'ailleurs la sciencePeut tarir, et surtout,‖ ô mon fils repentant,Ne perds jamais‖ cette vertu, la confiance !

La confiance en moi‖ seul ! Et je te le disEncore : patiente‖ et m'offre ta souffrance.Je l'assimilerai‖ comme j'ai fait jadis,Au Calvaire, à la mienne,‖ et garde l'espérance,

L’espérance en mon Père. Il est père, il est roi,Il est bonté ; c'est le‖ bon Dieu de ton enfance,Souffre encore un instant‖ et garde bien la foi,La foi dans mon Église‖ et tout ce qu'elle avance.

Sois humble et souffre en paix,‖ autant que tu pourras.Je suis là. Du courage.‖ Il en faut en ce monde.Qui le sait mieux que moi ?‖ Lorsque tu souffrirasCent fois plus, qu'est cela‖ près de ma mort immonde,

Et de mon agonie,‖ et du reste ? Allons, vois,C'est fait : le mal n'est plus.‖ Tu peux vivre dans l'aiseQuelques beaux jours encore‖ et vieillir sur ta chaise,Au soleil, et mourir‖ et renaître à ma voix. »

8 août 1893, Hôpital Broussais.

Versification

Mètre
Alexandrins· profil 6=6

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

52 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres poétiques complètes, Paris, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, 1962· Sources