Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Poèmes saturniens, 1866· Prologue

« Dans ces temps fabuleux, les limbes de l'histoire »

Paul Verlaine· distiques, alexandrins, 102 vers

Dans ces temps fabuleux,‖ les limbes de l'histoire,Où les fils de Raghû ;‖ beaux de fard et de gloire,Vers la Ganga régnaient‖ leur règne étincelant,Et, par l'intensité‖ de leur vertu troublantLes Dieux et les Démons‖ et Bhagavat lui-même,Augustes, s'élevaient‖ jusqu'au Néant suprême,Ah ! la terre et la mer‖ et le ciel, purs encorEt jeunes, qu'arrosait‖ une lumière d'orFrémissante, entendaient,‖ apaisant leurs murmuresDe tonnerres, de flots‖ heurtés, de moissons mûres,Et retenant le vol‖ obstiné des essaims,Les Poètes sacrés‖ chanter les Guerriers saints,Cependant que le ciel‖ et la mer et la terreVoyaient, — rouges et las‖ de leur travail austère, —S'incliner, pénitents‖ fauves et timorés,Les Guerriers saints devant‖ les Poètes sacrés !Une connexité‖ grandiosement calmeLiait le Kchatrya‖ serein au Chanteur calme,Valmiki l’excellent‖ à l’excellent Rama :Telles sur un étang‖ deux touffes de padma.

— Et sous tes cieux dorés‖ et clairs, Hellas antique,De Spartè la sévère‖ à la rieuse Attique,Les Aèdes, Orpheus,‖ Alkaïos, étaientEncore des héros‖ altiers, et combattaient.Homéros, s’il n’a pas,‖ lui, manié le glaive,Fait retentir, clameur‖ immense qui s’élève,Vos échos jamais las,‖ vastes postérités,D’Hektôr, et d’Odysseus,‖ et d’Akhilleus chantés.Les héros à leur tour,‖ après les luttes vastes,Pieux, sacrifiaient‖ aux neuf Déesses chastes,Et non moins que de l’art‖ d’Arès furent éprisDe l’Art dont une Palme‖ immortelle est le prix,Akhilleus entre tous !‖ Et le LaërtiadeDompta, parole d’or‖ qui charme et persuade,Les esprits et les cœurs‖ et les âmes toujours,Ainsi qu’Orpheus domptait‖ les tigres et les ours.

— Plus tard, vers des climats‖ plus rudes, en des èresBarbares, chez les Francs‖ tumultueux, nos pères,Est-ce que le Trouvère‖ héroïque n’eut pasComme le Preux sa part‖ auguste des combats ?Est-ce que, Théroldus‖ ayant dit Charlemagne,Et son neveu Roland‖ resté dans la montagne,Et le bon Olivier‖ et Turpin au grand cœur,En beaux couplets et sur‖ un rythme âpre et vainqueur,Est-ce que, cinquante ans‖ après, dans les batailles,Les durs Leudes perdant‖ leur sang par vingt entailles,Ne chantaient pas le chant‖ de geste sans rivauxDe Roland et de ceux‖ qui virent RoncevauxEt furent de l'énorme‖ et suprême tuerie,Du temps de l'Empereur‖ à la barbe fleurie ?…

— Aujourd'hui, l'Action‖ et le Rêve ont briséLe pacte primitif‖ par les siècles usé,Et plusieurs ont trouvé‖ funeste ce divorceDe l'Harmonie immense‖ et bleue et de la Force.La Force, qu'autrefois‖ le Poète tenaitEn bride, blanc cheval‖ ailé qui rayonnait,La Force, maintenant,‖ la Force, c'est la BêteFéroce bondissante‖ et folle et toujours prêteÀ tout carnage, à tout‖ dévastement, à toutÉgorgement, d'un bout‖ du monde à l'autre bout !L'Action qu'autrefois‖ réglait le chant des lyres,Trouble, enivrée, en proie‖ aux cent mille déliresFuligineux d'un siècle‖ en ébullition,L'Action à présent,‖ — ô pitié ! — l'Action,C'est l'ouragan, c'est la‖ tempête, c'est la houleMarine dans la nuit‖ sans étoiles, qui rouleEt déroule parmi‖ des bruits sourds l'effroi vertEt rouge des éclairs‖ sur le ciel entr'ouvert !

— Cependant, orgueilleux‖ et doux, loin des vacarmesDe la vie et du choc‖ désordonné des armesMercenaires, voyez,‖ gravissant les hauteursIneffables, voici‖ le groupe des ChanteursVêtus de blanc, et des‖ lueurs d'apothéosesEmpourprent la fierté‖ sereine de leurs poses :Tous beaux, tous purs, avec‖ des rayons dans les yeux,Et sous leur front le rêve‖ inachevé des Dieux !Le monde, que troublait‖ leur parole profonde,Les exile. À leur tour‖ ils exilent le monde !C'est qu'ils ont à la fin‖ compris qu'il ne faut plusMêler leur note pure‖ aux cris irrésolusQue va poussant la foule‖ obscène et violente,Et que l'isolement‖ sied à leur marche lente.Le Poète, l'amour‖ du Beau, voilà sa foi,L'Azur, son étendard,‖ et l'Idéal, sa loi !Ne lui demandez rien‖ de plus, car ses prunelles,Où le rayonnement‖ des choses éternellesA mis des visions‖ qu'il suit avidement,Ne sauraient s'abaisser‖ une heure seulementSur le honteux conflit‖ des besognes vulgairesEt sur vos vanités‖ plates ; et si naguèresOn le vit au milieu‖ des hommes, épousantLeurs querelles, pleurant‖ avec eux, les poussantAux guerres, célébrant‖ l'orgueil des RépubliquesEt l'éclat militaire‖ et les splendeurs auliquesSur la kithare, sur‖ la harpe et sur le luth,S'il honorait parfois‖ le présent d'un salutEt daignait consentir‖ à ce rôle de prêtreD'aimer et de bénir,‖ et s'il voulait bien êtreLa voix qui rit ou pleure‖ alors qu'on pleure ou rit,S'il inclinait vers l'âme‖ humaine son esprit,C'est qu'il se méprenait‖ alors sur l'âme humaine.

— Maintenant, va, mon Livre,‖ où le hasard te mène !

Versification

Forme
Distiques
Rimes
51((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6−6
Mots à la rime
a l'histoire / gloire féminine, classiqueb étincelant / troublant masculine, classiquec lui-même / suprême féminine, classiqued encor / d'or masculine, classiquee murmures / mûres féminine, classiquef essaims / saints masculine, classiqueg terre / austère féminine, classiqueh timorés / sacrés masculine, classiquei calme féminine, classiquej Rama / padma masculine, classiquea antique / Attique féminine, classiqueb étaient / combattaient masculine, classiquec glaive / s’élève féminine, classiqued postérités / chantés masculine, classiquee vastes / chastes féminine, classiquef épris / prix masculine, classiqueg Laërtiade / persuade féminine, classiqueh toujours / ours masculine, classiquea ères / pères féminine, classiqueb pas / combats masculine, classiquec Charlemagne / montagne féminine, classiqued cœur / vainqueur masculine, classiquee batailles / entailles féminine, classiquef rivaux / Roncevaux masculine, classiqueg tuerie / fleurie féminine, classiquea brisé / usé masculine, classiqueb divorce / Force féminine, classiquec tenait / rayonnait masculine, classiqued Bête / prête féminine, classiquee tout / bout masculine, classiquef lyres / délires féminine, classiqueg ébullition / l'Action masculine, classiqueh houle / roule féminine, classiquei vert / entr'ouvert masculine, classiquea vacarmes / armes féminine, classiqueb hauteurs / Chanteurs masculine, classiquec d'apothéoses / poses féminine, classiqued yeux / Dieux masculine, classiquee profonde / monde féminine, classiquef plus / irrésolus masculine, classiqueg violente / lente féminine, classiqueh foi / loi masculine, classiquei prunelles / éternelles féminine, classiquej avidement / seulement masculine, classiquek vulgaires / naguères féminine, classiquel épousant / poussant masculine, classiquem Républiques / auliques féminine, classiquen luth / salut masculine, classiqueo prêtre / être féminine, classiquep rit / esprit masculine, classiqueq humaine / mène féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.2· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

102 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, Léon Vanier, 1902· numérisation wikisource.org· Sources