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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Sagesse, 1881· I

XII. « Or, vous voici promus, petits amis »

Paul Verlaine· 15 quatrains, décasyllabes, 60 vers

Or, vous voici‖ promus, petits amis,Depuis les temps‖ de ma lettre première,Promus, disais-je,‖ aux fiers emplois promisA votre thèse,‖ en ces jours de lumière.

Vous voici rois‖ de France ! A votre tour !(Rois à plusieurs‖ d’une France postiche,Mais rois de fait‖ et non sans quelque amourD’un trône lourd‖ avec un budget riche.)

A l’œuvre, amis‖ petits ! Nous avons droitDe vous y voir,‖ payant de notre poche,Et d’être un peu‖ réjouis à l’endroitDe votre état‖ sans peur et sans reproche.

Sans peur ? Du maître ?‖ O le maître, mais c’estL’Ignorant-chiffre‖ et le Suffrage-nombre,Total, le peuple,‖ « un âne » fort « qui s’estCabré », pour vous,‖ espoir clair, puis fait sombre,

Cabré comme une chèvre,‖ c’est le mot.Et votre bras,‖ saignant jusqu’à l’aisselle,S’efforce en vain :‖ fort comme Béhémot,Le monstre tire…‖ et votre peur est telle

Que l’âne brait,‖ que le voilà partiQui par les dents‖ vous boute cent ruadesEn forme de reproche‖ bien senti…Courez après,‖ frottant vos reins malades !

O Peuple, nous t’aimons‖ immensément :N’es-tu donc pas‖ la pauvre âme ignoranteEn proie à tout‖ ce qui sait et qui ment ?N’es-tu donc pas‖ l’immensité souffrante ?

La charité‖ nous fait chercher tes maux,La foi nous guide‖ à travers les ténèbres.On t’a rendu‖ semblable aux animauxMoins leur candeur,‖ et plein d’instincts funèbres,

L’orgueil t’a pris‖ en ce quatre-vingt-neuf,Nabuchodonosor,‖ et te fait paître,Âne obstiné, mouton buté, dur bœuf,Broutant pouvoir,‖ famille, soldat, prêtre !

O paysan‖ cassé sur tes sillons,Pâle ouvrier‖ qu’esquinté à machine,Membres sacrés‖ de Jésus-Christ, allons,Relevez-vous,‖ honorez votre échine,

Portez l’amour‖ qu’il faut à vos bras forts,Vos pieds vaillants‖ sont les plus beaux du monde,Respectez-les,‖ fuyez ces chemins tors,Fermez l’oreille‖ à ce conseil immonde,

Redevenez‖ les Français d’autrefois,Fils de l’Église,‖ et dignes de vos pères !O s’ils savaient‖ ceux-ci sur vos pavois,Leurs os sueraient‖ de honte aux cimetières.

– Vous, nos tyrans‖ minuscules d’un jour(L’énormité‖ des actes rend les princesSurtout de souche‖ impure, et malgré courEt splendeur et‖ le faste, encor plus minces),

Laissez le règne‖ et rentrez dans le rang.Aussi bien l’heure‖ est proche où la tourmenteVous va donner‖ des loisirs, et tout blancL’avenir flotte‖ avec sa fleur charmante

Sur la Bastille‖ absurde où vous teniezLa France aux fers‖ d’un blasphème et d’un schisme,Et la chronique‖ en de cléments TéniersDéjà vous peint‖ allant au catéchisme.

Versification

Forme
15 quatrains (quatrains)
Rimes
15(abab)
Mètre
Décasyllabes· profil 4=6
Strophes
15 quatrains
Mots à la rime
a amis / promis masculine, classiqueb première / lumière féminine, classiquea tour / amour masculine, classiqueb postiche / riche féminine, classiquea droit / l’endroit masculine, classiqueb poche / reproche féminine, classiquea c’est / s’est masculine, classiqueb Suffrage-nombre / sombre féminine, classiquea mot / Béhémot masculine, classiqueb l’aisselle / telle féminine, classiquea parti / senti masculine, classiqueb ruades / malades féminine, classiquea immensément / ment masculine, classiqueb ignorante / souffrante féminine, classiquea maux / animaux masculine, classiqueb ténèbres / funèbres féminine, classiquea quatre-vingt-neuf / bœuf masculine, classiqueb paître / prêtre féminine, classiquea sillons / allons masculine, classiqueb machine / échine féminine, classiquea forts / tors masculine, classiqueb monde / immonde féminine, classiquea d’autrefois / pavois masculine, classiqueb pères / cimetières féminine, classiquea jour / cour masculine, classiqueb princes / minces féminine, classiquea rang / blanc masculine, classiqueb tourmente / charmante féminine, classiquea teniez / Téniers masculine, classiqueb schisme / catéchisme féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.1· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

60 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, Léon Vanier, 1902· numérisation scribd.com· Sources