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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Sagesse, 1881· III

XX. « Parisien, mon frère à jamais étonné »

Paul Verlaine· 1 distiques, alexandrins, 54 vers

Parisien, mon frère‖ à jamais étonné,Montons sur la colline‖ où le soleil est néSi glorieux qu’il fait‖ comprendre l’idolâtre,Sous cette perspective‖ inconnue au théâtre,D’arbres au vent et de‖ poussière d’ombre et d’or.Montons. Il est si frais‖ encor, montons encor.Là ! nous voilà placés‖ comme dans une « logeDe face », et le décor‖ vraiment tire un éloge.La cathédrale énorme‖ et le beffroi sans fin,Ces toits de tuile sous‖ ces verdures, le vainAppareil des remparts‖ pompeux et grands quand même,Ces clochers, cette tour,‖ ces autres, sur l’or blêmeDes nuages à l’ouest‖ réverbérant l’or durDe derrière chez nous,‖ tous ces lourds joyaux surCes ouates, n’est-ce pas,‖ l’écrin vaut le voyage,Et c’est ce qu’on peut dire‖ un brin de paysage ?– Mais descendons, si ce‖ n’est pas trop abuserDe vos pieds las, à fin‖ seule de reposerVos yeux qui n’ont jamais‖ rien vu que de Montmartre,– « Campagne » vert de plaie‖ et ville blanc de dartre(Et les sombres parfums‖ qui grimpent de Pantin !) –Donc, par ce lent sentier‖ de rosée et de thym,Cheminons vers la ville‖ au long de la rivière,Sous les frais peupliers,‖ dans la fine lumière.L’une des portes ouvre‖ une rue, entrons-y.Aussi bien, c’est le point‖ qu’il faut, l’endroit choisi :Si blanches, les maisons‖ anciennes, si bien faites,Point hautes, ça et là‖ des bronches sur leurs faîtes,Si doux et sinueux‖ le cours de ces maisons,Comme un ruisseau parmi‖ de vagues frondaisons,Profilant la lumière‖ et l’ombre en broderiesAu lieu du long ennui‖ de vos haussmanneries,Et si gentil l’accent‖ qui confine au patoisDe ces passants naïfs‖ avec leurs yeux matois !…Des places ivres d’air‖ et de cris d’hirondellesOù l’histoire proteste‖ en formules fidèlesA la crête des toits‖ comme au fer des balcons,Des portes ne tournant‖ qu’à regret sur leurs gonds,Jalouses de garder‖ l’honneur et la famille…Ici tout vit et meurt‖ calme, rien ne fourmille,Le « Théâtre » fait four,‖ et ce dieu des brouillons.Le « Journal » n’en est plus‖ à compter ses bouillons,L’amour même prétend‖ conserver ses noblessesEt le vice se gobe‖ en de rares drôlesses.Enfin rien de Paris,‖ mon frère « dans nos murs ».Que les modes… d’hier,‖ et que les fruits bien mûrsDe ce fameux progrès‖ que vous mangez en herbe.Du reste on vit à l’aise.‖ Une chère superbe,La raison raisonnable‖ et l’esprit des aïeux,Beaucoup de sain travail,‖ quelques loisirs joyeux,Et ce besoin d’avoir‖ peur de la grande route !Avouez, la province‖ est bonne, somme toute,Et vous regrettez moins‖ que tantôt la « splendeur »Du vieux monstre, et son pouls‖ fébrile, et cette odeur !

Versification

Forme
1 distiques (distiques)
Rimes
27((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6−6
Strophes
1 distiques
Mots à la rime
a étonné / né masculine, classiqueb l’idolâtre / théâtre féminine, classiquec d’or / encor masculine, classiqued loge / éloge féminine, classiquee fin / vain masculine, classiquef même / blême féminine, classiqueg dur / sur masculine, classiqueh voyage / paysage féminine, classiquei abuser / reposer masculine, classiquej Montmartre / dartre féminine, classiquek Pantin / thym masculine, classiquel rivière / lumière féminine, classiquem entrons-y / choisi masculine, classiquen faites / faîtes féminine, classiqueo maisons / frondaisons masculine, classiquep broderies / haussmanneries féminine, classiqueq patois / matois masculine, classiquer d’hirondelles / fidèles féminine, classiques balcons / gonds masculine, classiquet famille / fourmille féminine, classiqueu brouillons / bouillons masculine, classiquev noblesses / drôlesses féminine, classiquew murs / mûrs masculine, classiquex herbe / superbe féminine, classiquey aïeux / joyeux masculine, classiquez route / toute féminine, classiquea splendeur / odeur masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.7· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

54 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, Léon Vanier, 1902· numérisation scribd.com· Sources