Varia, 1867
Gazette rimée
Paris, le 28 août.
Muse préférée,‖ ô jeune compagne,Trop longtemps parmi‖ les fleurs du cheminNous avons couru‖ la verte campagne,Les yeux dans les yeux,‖ la main dans la main.
Trop longtemps selon‖ le vol du nuage,Trop longtemps au gré‖ du fleuve qui va,Nous fîmes à deux‖ le joli voyageQue tout écolier‖ de vingt ans rêva.
Il faut revenir‖ à Paris, ma chère,Car je connais seul,‖ maussade prêcheur,Ce que coûtent tes‖ chapeaux de bergèreEt tes robes d'une‖ entière blancheur.
Cesse ton charmant‖ ramage de pie.Tu dois, en dépit‖ du beau soleil d'août,Me laisser en paix‖ faire ma copie,Si tu veux aller à Saint-Cloud.
Or donc racontons,‖ malgré notre envie,De faire un métier‖ un peu moins' banal,Les événements‖ de la Haute vieÀ l'ami lecteur‖ de notre journal.
On dit qu'aujourd'hui,‖ près de la Roquette,Le vieil impotent‖ qui surveillait Mob,Ainsi qu'un enfant‖ joue à la raquette,Et cela grâce au‖ zouave Jacob.
Ce magnétiseur‖ fait de maint podagreUn pur Léotard,‖ et même l'on ditQue, rendus légers‖ plus que Méléagre,Viennet s'émancipe‖ et Forey bondit.
Il bondit, mais moins‖ qu'Azella qui pèseLe poids des oiseaux‖ et des papillons,Et qu'à l'Hippodrome‖ emporte un trapèzeVers le soleil qui‖ dore ses paillons.
Mais l'Homme masqué,‖ Muse, nous réclame :Il demande un hymne,‖ il l'a mérité.Car le Porte-Lyre‖ a toujours dans l'âmeL'amour de la force‖ et de la beauté.
Que Marseille aîné,‖ maigre par le jeûneEt par le dépit,‖ verse des pleurs surLe désastre de Marseille jeune.L'autre l'a tombé‖ carrément, c'est sûr !
Mais, ainsi que dans‖ l'Opéra-Comique.Où tout récemment‖ Achard excella,La foule devant‖ cette polémiqueVeut savoir quel est‖ ce mystère-là.
Serait-ce Vallès,‖ fatal aux Homères,Albert Wolff ou bien‖ Ernest Legouvé,Ou le vieux Barbey‖ banni des grammaires,Ou Monsieur Jouvin,‖ si bien élevé ?
Cependant, tu viens‖ me tirer la manche,Muse, et tu me dis‖ qu'il faut m'habiller,Et, pour le début‖ de ta robe blanche,Que je t'ai promis‖ d'aller à Bullier.
Hélas ! ces bosquets‖ où courent les bichesEt les crevés bras‖ dessus bras dessous,Sont aujourd'hui pleins‖ d'étrangers très richesQue proclame un bruit‖ de pièces-cent-sous.
Tu vas me quitter‖ à leur moindre signe.De cela vos cœurs‖ sont bien coutumiers ;Mais tu reviendras,‖ et je me résigne.— Messieurs les Anglais,‖ tirez les premiers !
Éliséo.
Versification
- Forme
- 15 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 15(abab)
- Mètre
- Décasyllabes surtout (58 de 10, 1 de 8, 1 de 9)· profil 9i, 5−5
- Strophes
- 15 quatrains
- Mots à la rime
- a compagne / campagne féminine, classiqueb chemin / main masculine, classiquea nuage / voyage féminine, classiqueb va / rêva masculine, classiquea chère / bergère féminine, classiqueb prêcheur / blancheur masculine, classiquea pie / copie féminine, classiqueb d'août / Saint-Cloud masculine, classiquea envie / vie féminine, classiqueb banal / journal masculine, classiquea Roquette / raquette féminine, classiqueb Mob / Jacob masculine, classiquea podagre / Méléagre féminine, classiqueb dit / bondit masculine, classiquea pèse / trapèze féminine, classiqueb papillons / paillons masculine, classiquea réclame / l'âme féminine, classiqueb mérité / beauté masculine, classiquea jeûne / jeune féminine, classiqueb sur / sûr masculine, équivalentea l'Opéra-Comique / polémique féminine, classiqueb excella / mystère-là masculine, classiquea Homères / grammaires féminine, classiqueb Legouvé / élevé masculine, classiquea manche / blanche féminine, classiqueb m'habiller / Bullier masculine, classiquea biches / riches féminine, classiqueb dessous / pièces-cent-sous masculine, classiquea signe / résigne féminine, classiqueb coutumiers / premiers masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.6· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
60 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Revue Verlaine, Paris, Classiques GARNIER, 1996· Sources