Œuvres complètes, 1632· Ire PARTIE
Sonnet
Vos rigueurs me pressoient d’une douleur si forte,Que, si vostre present, receu si cherement,Encore un jour ou deux eust tardé seulement,Vous n’eussiez obligé qu’une personne morte.
Jamais esprit ne fut travaillé de la sorte :Tout ce que je faisois aigrissoit mon tourment,Et pour me secourir j’essayois vainementTout ce que la raison aux plus sages apporte.
Enfin, ayant baisé dans ce don precieuxLa trace de vos mains et celle de vos yeux,J’ai repris ma santé plus qu’à demi ravie.
Cloris, vous estes bien maistresse de mon sort,Car, ayant eu pouvoir de me donner la vie,Vous avez bien pouvoir de me donner la mort.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, P. Jannet, 1856· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources