L’Heure enchantée, 1890· Jeunesse
II. « Ô jeunesse aux grands yeux, jeunesse aux cheveux blonds »
Ô jeunesse aux grands yeux,‖ jeunesse aux cheveux blondsQui poses, dés l’aurore,‖ un pied dans la rosée ;Dame du clair matin,‖ pareille à l’épouséeQue le seigneur amène‖ au son des violons,
Toi qui vas les bras nus,‖ les tresses dénouées,Rieuse, à travers l’ombre‖ et la nuit et le vent ;Toi qui pour diadème‖ as le soleil levantEt dont la robe rose‖ est faite de nuées,
Que ton charme est puissant‖ et doux ! Les plus hardis,Fléchissant le genou,‖ t’adorent en silence ;Pur comme l’encensoir‖ qu’une vierge balance,Le ciel se teint pour toi‖ d’un bleu de Paradis ;
Et dans le pays vert‖ où ta grâce ingénueSous le baiser d’avril‖ éclate en liberté,Pleins de ton allégresse‖ et fous de ta beauté,Les oiseaux, par milliers,‖ célèbrent ta venue.
Ta sveltesse ineffable‖ est celle du bouleau,Ta voix nous berce ainsi‖ qu’une chanson lointaine ;Comme un lys qui s’effeuille‖ au bord d’une fontaine,Ton corps délicieux‖ a la fraîcheur de l’eau.
Tu ressembles parfois‖ à la biche craintiveQui, l’oreille aux aguets,‖ sent venir le chasseur ;Ta bouche, au clair de lune,‖ a l’étrange douceurDe la belle-de-nuit‖ et de la sensitive.
Parfois, lasse d’avoir‖ suivi les papillons,Tu mires ton visage‖ à la source des fées,Et l’odeur des lilas‖ t’arrive par boufféesDans la brise qui vague‖ et le chant des grillons.
Et puis, comme Diane‖ errant par la clairière,Le carquois sur l’épaule,‖ avec ses lévriers,Sur un fond d’azur pâle‖ et de genévriersTu resplendis, superbe‖ et chaste, ô ma guerrière.
Telle je t’aperçus‖ pour la première foisDans le brouillard léger‖ de l’aube qui se lève,À cette heure où la vie‖ est comme un divin rêveQue traverse un soupir‖ de flûte ou de hautbois.
Près du ruisseau d’argent,‖ dans la forêt mystiqueOù tremble, vers le soir,‖ un chant de volupté ;Près des cascades d’or,‖ dans le cirque enchanté,Ton appel virginal‖ était comme un cantique.
Enfant émerveillé,‖ j’allais par le chemin ;Je regardais danser‖ le soleil sur la mousse.Adorable et terrible,‖ éblouissante et douce,Tu m’apparus, Jeunesse,‖ une rose à la main !
Versification
- Forme
- 11 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 11(abba)
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 11 quatrains
- Mots à la rime
- a blonds / violons masculine, classiqueb rosée / l’épousée féminine, classiquea dénouées / nuées féminine, classiqueb vent / levant masculine, classiquea hardis / Paradis masculine, classiqueb silence / balance féminine, classiquea ingénue / venue féminine, classiqueb liberté / beauté masculine, classiquea bouleau / l’eau masculine, classiqueb lointaine / fontaine féminine, classiquea craintive / sensitive féminine, classiqueb chasseur / douceur masculine, classiquea papillons / grillons masculine, classiqueb fées / bouffées féminine, classiquea clairière / guerrière féminine, classiqueb lévriers / genévriers masculine, classiquea fois / hautbois masculine, classiqueb lève / rêve féminine, classiquea mystique / cantique féminine, classiqueb volupté / enchanté masculine, classiquea chemin / main masculine, classiqueb mousse / douce féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 2.5· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
44 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après L’Heure enchantée, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1890· numérisation wikisource.org· Sources