Poèmes et Poésies, 1895· Cueille d‘avril
Dédicace
Voici les vieux doux vers, notre orgueil enfantin,Toute ta joie alerte et crédule et la mienne ;Comme l‘on chantait haut, comme il faisait matinEt comme on craignait peu que l‘âge ne survienne !
Il est venu sans bruit : ses fleurs et ses moissonsOnt jonché notre sente et comblé notre grange ;Ma voix d‘Avril en Mai t‘a chanté des chansonsEt je t‘en ai chanté de Juin à la Vendange.
Celles-ci, je ne sais, malgré que l‘Art hautainAccueillit d‘un sourire indécis nos prémices.Valent comme un baiser, comme une odeur de thymEt comme un jeu de flûte où vont des doigts novices,
Et valent comme un geste audacieux et prompt,Car nous avons frémi tous deux de belle audaceCe soir que tu ceignis d‘un gai laurier mon frontEt montras l‘avenir et me dis : fais ta place.
16 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poèmes et Poésies, Paris, Édition du Mercure de France, 1895· numérisation books.google.com· Sources