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un seul est le mot juste.

Poèmes et Poésies, 1895· Joies

Un oiseau chantait

Francis Vielé-Griffin· 70 vers

Derrière chez mon père, un oiseau chantait,Sur un chêne au bois,‒ Autrefois ‒Un rayon de soleil courait sur les blés lourds ;Un papillon flottait sur l‘azur des lents joursQue la brise éventait ;L‘avenir s‘érigeait en mirages de tours,Qu‘enlaçait un fleuve aux rêts de ses détours ;C‘était le château des fidèles amours‒ L‘oiseau me le contait.

Derrière chez mon père, un oiseau chantaitLa chanson de mon rêve ;Et, voix de la plaine, et voix de la grève,Et voix des bois qu‘Avril énerve,L‘écho de l‘avenir en riant mentait :Du jeune cœur, l‘âme est la folle serve,Et tous deux ont chantéDu Printemps à l‘Été.

Derrière chez mon père, sur un chêne au bois,Un oiseau chantait d‘espérance et de joie,Chantait la vie et ses tournoisEt la lance qu‘on brise et la lance qui ploie ;Le rire de la dame qui guetteLe vainqueur dont elle est la conquête ;La dame est assise en sa gone de soieEt serre sur son cœur une amulette.

Derrière chez mon père, un oiseau chantait,De l‘aube jusqu‘en la nuit ;Et dans les soirs de solitaire ennuiSa chanson me hantait ;Si bien qu‘au hasard de paroles très douces.Je me remémorais ses gammes,Apprises parmi les fougères et les mousses,Et les redisais à de vagues dames,Des dames blondes ou brunes ou rousses,Des dames vaporeuses et sans âmes.

Derrière chez mon père, sur un chêne au bois,Un oiseau chantait la chanson de l‘orgueil ;Et dans les soirs nerveux d‘émoisJe l‘écoutais du seuil ;Ils sont morts, les vieux jours de fiers massacres ;Mes orgueils, écumants du haut frein de mon veuil,Se sont cabrés aux triomphes des sacres,Ils ont flairé les fleurs du cercueil,Aromes des catafalques ‒ doux et acres ‒Mes vanités sont au cercueil.

Derrière chez mon père, un oiseau chantaitQui chante dans mon âme et dans mon cœur, ce soir ;Je hume vers la nuit où fume un encensoir,O jardins rutilants qui m‘avez enfanté,Et je revis chaque heure et toutes vos saisons :Joie en rire de feuilles claires par la rive,Joie en sourires bleus de lac aux horizons,Joie en prostrations de la plaine passive,Joie éclose en frissons ;Les jeunes délices qui furent dans nos yeux‒ Aurores et couchants ‒ les étoiles des cieuxEt le portail de Vie ouvert et spacieuxVers les jeunes moissons !

Derrière chez mon père, sur un chêne au bois,Derrière chez mon père, un oiseau chantaitEn musique de flûte alacre et de hautbois,En musique qui te vantait,Toi, mon Rêve et mon Choix ;Sais-tu combien aux soirs s‘alanguissait ma vie ;Sais-tu de quels lointains mon âme t‘a suivie,Et comme ton ombre la tentaitVers le Château d‘Amour que l‘oiseau chantaitSur un chêne au bois ?‒ Autrefois.‒

70 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poèmes et Poésies, Paris, Édition du Mercure de France, 1895· numérisation books.google.com· Sources