À l’heure des mains jointes, 1906
L’amour borgne
Je t’aime de mon œil‖ unique, je te lorgneAinsi qu’un Chinois l’opium :Je t’aime de mon amour borgne,Fille aussi blanche qu’un arum.Je veux tes paupières de bistre,Et ta voix plus lente qu’un sistre ;Je t’aime de mon œil sinistreOù luit la colère du rhum.
Je te suis du regard,‖ lubrique comme un singe.Ivre comme un ballon sans lest.Ton âme incertaine de SphingeFlotte entre le zist et le zest.Et je halète vers l’amorceDes seins vibrants, du souple torseOù la grâce épouse la force,Et des yeux verts comme l’ouest.
Ton visage s’estompe‖ à travers les courtines ;Et tu médites, un fruit secEntre tes lèvres florentinesOù s’apaise un sourire grec.Je meurs de tes paroles brèves…Je veux que de tes dents tu crèvesMon œil où se brouillent les rêves,Comme un ara, d’un coup de bec.
Versification
- Forme
- Strophes variées
- Rimes
- 1[ababcccb] 2[abab] 1[aaa] 1[abbba]
- Mètre
- Octosyllabes et alexandrins (21 de 8, 3 de 12)· profil 8, 6+6
- Mots à la rime
- a lorgne / borgne féminine, classiqueb l’opium / arum / rhum masculine, classiquec bistre / sistre / sinistre féminine, classiquea singe / Sphinge féminine, classiqueb lest / zest masculine, classiquec l’amorce / torse / force féminine, classiqued l’ouest / sec masculine, classiquea courtines / florentines féminine, classiquec grec / bec masculine, classiqued brèves / crèves / rêves féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.3· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
24 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après À l’heure des mains jointes, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1906· numérisation wikisource.org· Sources