À l’heure des mains jointes, 1906
Pénitentes espagnoles
Le repentir songeur‖ n’use plus leurs genoux.Parmi les champs malsains‖ et les villes maladesElles dansent, ainsi‖ que de noires Ménades.Parfois le vent du soir‖ éteint leurs cierges roux.
Elles ont coupé leurs‖ chevelures altières ;Le cilice a mordu‖ leurs seins endoloris,Leurs psaumes, soupires ou jetés à grands cris,S’accompagnent du son‖ rauque des grelottières.
Pourtant, il dort au fond‖ de leurs yeux espagnolsDes souvenirs qui sont‖ comme un jardin mauresqueOù le jet d’eau retrace‖ une blanche arabesque,Où s’exaltent les voix‖ de mille rossignols.
Et c’est en vain que ces‖ lascives pénitentesLancent publiquement‖ leurs clameurs de remords…Jusqu’au jour où les vers‖ rongeront leurs yeux morts.Leur chair n’oubliera pas‖ ses langueurs consentantes.
Leurs flancs meurtris sont prêts‖ encore aux pâmoisons.Et leur bouche d’amante‖ ouvre sa rose tiède,Car le vent de Grenade‖ et le vent de TolèdeMêlent leurs sourds parfums‖ au bruit des oraisons.
Elles ne verront point,‖ de leurs yeux de fiévreuses.Le ciel où l’on n’a plus‖ de souvenirs d’amour,D’où, froide en sa blancheur,‖ l’éternité du jourChasse les voluptés‖ aux ferveurs ténébreuses.
Elles n’entreront point‖ au ciel limpide et clair,Mais, dans la nuit ardente‖ où pleurent les damnées,L’amour, ressuscitant‖ du tombeau des années,Saura leur alléger‖ les tourments de l’enfer.
Versification
- Forme
- 7 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 7(abba)
- Mètre
- Alexandrins· profil 6÷6
- Strophes
- 7 quatrains
- Mots à la rime
- a genoux / roux masculine, classiqueb malades / Ménades féminine, classiquea altières / grelottières féminine, classiqueb endoloris / cris masculine, classiquea espagnols / rossignols masculine, classiqueb mauresque / arabesque féminine, classiquea pénitentes / consentantes féminine, classiqueb remords / morts masculine, classiquea pâmoisons / oraisons masculine, classiqueb tiède / Tolède féminine, classiquea fiévreuses / ténébreuses féminine, classiqueb d’amour / jour masculine, classiquea clair / l’enfer masculine, classiqueb damnées / années féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.1· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
28 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après À l’heure des mains jointes, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1906· numérisation wikisource.org· Sources