Cendres et Poussières, 1902
À une femme
Tendre à qui te lapide‖ et mortelle à qui t’aime,Faisant de l’attitude‖ un frisson de poème,Ô Femme dont la grâce‖ enfantine et suprêmeTriomphe dans la fange‖ et les pleurs et le sang,
Tu n’aimes que la main‖ qui meurtrit ta faiblesse,La parole qui trompe‖ et le baiser qui blesse,L’antique préjugé‖ qui meurt avec noblesseEt le désir d’un jour‖ qui sourit en passant.
Férocité passive,‖ âme légère et douce,Pour t’attirer, il faut‖ que le geste repousse :Ta chair inerte appelle,‖ en râlant, la secousseEt l’effort sans beauté‖ du mâle triomphant.
Esclave du hasard,‖ des choses et de l’heure,Être ondoyant, en qui‖ rien de vrai ne demeure,Tu n’accueilles jamais‖ la passion qui pleureNi l’amour qui languit‖ sous ton regard d’enfant.
Le baume du banal‖ et le fard du factice,L’absurdité des lois,‖ la vanité du viceEt l’amant dont l’orgueil‖ contente ton caprice,Suffisent à ton cœur‖ sans rêve et sans espoir.
Jamais tu ne t’éprends‖ de la grâce d’un songe,D’un reflet dont le charme‖ expirant se prolonge,D’un écho dans lequel‖ le souvenir se plonge,Jamais tu ne pâlis‖ à l’approche du soir.
Versification
- Forme
- Strophes variées
- Rimes
- 3[aaa] 3[abbba]
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 3 tercets, 3 quintils
- Mots à la rime
- a t’aime / poème / suprême féminine, classiqueb sang / passant masculine, classiquea faiblesse / blesse / noblesse féminine, non classiquea douce / repousse / secousse féminine, classiqueb triomphant / d’enfant masculine, classiquea l’heure / demeure / pleure féminine, classiquea factice / vice / caprice féminine, classiqueb espoir / soir masculine, classiquea songe / prolonge / plonge féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.5· écart moyen à la rime classique 0.3
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
24 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Cendres et Poussières, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1902· numérisation wikisource.org· Sources