Évocations, 1903
La conque
Passants, je me souviens‖ du crépuscule vertOù glissent lentement‖ les ombres sous-marines,Où les algues de jade‖ au calice entr’ouvertÉtreignent de leurs bras‖ fluides les ruinesDes vaisseaux autrefois‖ pesants d’ivoire et d’or.Je me souviens du soir‖ où la nacre s’irise,Où dorment les anneaux,‖ étincelants encor,Que donnaient à la mer‖ ses époux de Venise.Passants, je me souviens‖ du mystique travailDes vivants jardins qui‖ recèlent, virginales,L’anémone et la mousse‖ et la fleur du corailDont l’effort des remous‖ avive les pétales,Rose animale et rouge‖ éclose dans la nuit.Je me souviens d’avoir‖ bu l’odeur de la brumeEt d’avoir contemplé‖ le sillage qui fuitEn laissant sur les flots‖ une neige d’écume.Je me souviens d’avoir‖ vu, sur l’azur changeantDes vagues, refleurir‖ les astres du phosphore.Mon lit d’amour était‖ le doux sable d’argent.Je me souviens d’avoir‖ frôlé le madréporeEn ses palais, d’avoir‖ vu les lambeaux empreintsDe sel, qui furent des‖ bannières déployées,D’avoir pleuré les yeux‖ et les cheveux éteintsEt les membres meurtris‖ des Amantes noyées…J’ai connu les frissons‖ de leur baiser amer.Dans mon cœur chante encor‖ la musique illusoireDe l’Océan. — Je garde‖ en ma frêle mémoireLe murmure et l’haleine‖ et l’âme de la mer.
Versification
- Forme
- Strophe unique
- Rimes
- 6[abab] 1[abba]
- Mètre
- Alexandrins· profil 6−6
- Mots à la rime
- a vert / entr’ouvert masculine, classiqueb sous-marines / ruines féminine, classiquec d’or / encor masculine, classiqued s’irise / Venise féminine, classiquee travail / corail masculine, classiquef virginales / pétales féminine, classiqueg nuit / fuit masculine, classiqueh brume / d’écume féminine, classiquei changeant / d’argent masculine, classiquej phosphore / madrépore féminine, classiquek empreints / éteints masculine, classiquel déployées / noyées féminine, classiquem amer / mer masculine, classiquen illusoire / mémoire féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.0· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
28 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Évocations, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1903· numérisation wikisource.org· Sources