Sillages, 1908
Invocation
Dans l’Hadès souterrain‖ où la nuit est parfaiteTe souviens-tu de l’île‖ odorante, ô Psappha ?Du verger où l’élan‖ des lyres triompha,Et des pommiers fleuris‖ où la brise s’arrête ?
Toi qui fus à la fois‖ l’amoureuse et l’amant,Te souviens-tu d’Atthis,‖ parmi les ombres pâles,De ses refus et de‖ ses rires, de ses râles,De son corps étendu,‖ virginal et dormant ?…
Te souviens-tu des hauts‖ trépieds et de leurs flammes ?De la voix d’Éranna,‖ s’élevant vers la nuit,Pour l’hymne plus léger‖ qu’une aile qui s’enfuit,Mais que ne perdra point‖ la mémoire des femmes ?
Ouvre ta bouche ardente‖ et musicale… Dis !Te souviens-tu de ta‖ maison de Mytilène,Des cris mélodieux,‖ des baisers dont fut pleineCette demeure où tu‖ parus et resplendis ?
Revois la mer, et ces‖ côtes asiatiquesSi proches dans le beau‖ violet du couchant,Que, toi, tu contemplais,‖ en méditant un chantSans faute, mais tiré‖ des barbares musiques !
Le Léthé peut-il faire‖ oublier ces vergersQui dorment à l’abri‖ des coups de vent maussades,Et leurs pommes, et leurs‖ figues, et leurs grenades,Et le doux tremblement‖ des oliviers légers ?
Peut-il faire oublier‖ le pas lassé des chèvresVers l’étable, et l’odeur‖ des vignes de l’été ?…Dors-tu tranquillement‖ là-bas, en vérité,Toi dont le nom divin‖ est toujours sur nos lèvres ?
Toi qui fus la prêtresse‖ et l’égale des Dieux,Toi que vint écouter‖ l’Aphrodite elle-même,Dis-nous que ton génie‖ est demeuré suprême,Que le sommeil n’a pu‖ s’emparer de tes yeux !
Parmi les flots pesants‖ et les ombres dormantes,Toi qui servis, dans sa‖ beauté, l’Érôs vainqueur,L’Érôs au feu subtil‖ qui fait battre le cœur,As-tu donc oublié‖ le baiser des amantes ?
Les vierges de nos jours‖ égalent en douceurCelles-là que tes chants‖ rendirent éternelles,Les vignes de Lesbos‖ sont toujours aussi belles,La mer n’a point changé‖ son murmure berceur.
Ah ! rejette en riants‖ tes couronnes fanées !Et, si jamais l’amour‖ te fut amer et doux,Écoute maintenant‖ et reviens parmi nousQui t’aimons à travers‖ l’espace et les années !
Versification
- Forme
- 11 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 11(abba)
- Mètre
- Alexandrins· profil 6−6
- Strophes
- 11 quatrains
- Mots à la rime
- a parfaite / s’arrête féminine, classiqueb Psappha / triompha masculine, classiquea l’amant / dormant masculine, classiqueb pâles / râles féminine, classiquea flammes / femmes féminine, classiqueb nuit / s’enfuit masculine, classiquea Dis / resplendis masculine, classiqueb Mytilène / pleine féminine, classiquea asiatiques / musiques féminine, classiqueb couchant / chant masculine, classiquea vergers / légers masculine, classiqueb maussades / grenades féminine, classiquea chèvres / lèvres féminine, classiqueb l’été / vérité masculine, classiquea Dieux / yeux masculine, classiqueb elle-même / suprême féminine, classiquea dormantes / amantes féminine, classiqueb vainqueur / cœur masculine, classiquea douceur / berceur masculine, classiqueb éternelles / belles féminine, classiquea fanées / années féminine, classiqueb doux / nous masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.1· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
44 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Sillages, Paris, E. SANSOT et Cie, 1908· numérisation wikisource.org· Sources