Quelques vers de Monsieur de Voiture, 1650
Stances sur une dame
DONT LA JUPPE fut retroussée en versant dans un carrosse, à la campagne
Philis je suis dessous vos loix :Et sans remede à cette foisMon ame est vostre prisonniere.Mais sans justice et sans raison,Vous m'avez pris par le derriere :N'est-ce pas une trahison ?
Je m'estois gardé de vos yeux ;Et ce visage gracieux,Qui peut faire paslir le nostre,Contre moy n'ayant point d'appas,Vous m'en avez fait voir un autre,Dequoy je ne me gardois pas.
D'abord il se fit mon vainqueur :Ses attraits percerent mon cœur,Ma liberté se vit ravie :Et le meschant, en cét estat,S'estoit caché toute sa vie,Pour faire cét assassinat.
Il est vray que je fus surpris.Le feu passa dans mes esprits :Et mon cœur autrefois superbe,Humble, se rendit à l'Amour,Quand il vit vostre cu sur l'herbe,Faire honte aux rayons du jour.
Le Soleil confus dans les Cieux,En le voyant si radieux,Pensa retourner en arriere,Son feu ne servant plus de rien,Mais ayant veû vostre derriere,Il n'osa plus montrer le sien.
En decouvrant tant de beautez,Les Sylvains furent enchantez,Et Zephyre voyant encoreD'autres appas que vous avez :Mesme en la presence de Flore,Vous baisa ce que vous sçavez.
La Rose la Reyne des fleurs,Perdit ses plus vives couleurs ;De crainte l'œillet devint blesme :Et Narcisse alors convaincu,Oublia l'amour de soy-mesme,Pour se mirer en vostre cu.
Aussi rien n'est si precieux,Et la clarté de vos beaux yeux,Vostre teint qui jamais ne change,Et le reste de vos appas,Ne meritent point de louange,Qu'alors qu'il ne se montre pas.
On m'a dit qu'il a des defauxQui me causeront mille maux ;Car il est farouche à merveilles :Il est dur comme un diamant,Il est sans yeux et sans oreilles,Et ne parle que rarement.
Mais je l'ayme, et veux que mes versPar tous les coins de l'UniversEn fassent vivre la memoire :Et ne veux penser desormaisQu'à chanter dignement la gloireDu plus beau cu qui fut jamais.
Philis, cachez bien ses appas,Les mortels ne dureroient pas,Si ces beautez estoient sans voiles.Les Dieux qui regnent dessus nous,Assis la-haut sur les Estoilles,Ont un moins beau siege que vous.
Versification
- Forme
- 11 sizains (sizains)
- Rimes
- 10(aabcbc) 1(aababa)
- Mètre
- Octosyllabes
- Strophes
- 11 sizains
- Mots à la rime
- a loix / fois masculine, classiqueb prisonniere / derriere féminine, classiquec raison / trahison masculine, classiquea yeux / gracieux masculine, classiqueb nostre / autre féminine, classiquec d'appas / pas masculine, équivalentea vainqueur / cœur masculine, classiqueb ravie / vie féminine, classiquec estat / assassinat masculine, classiquea surpris / esprits masculine, classiqueb superbe / l'herbe féminine, classiquec l'Amour / jour masculine, classiquea Cieux / radieux masculine, classiqueb arriere / derriere féminine, classiquec rien / sien masculine, classiquea beautez / enchantez masculine, classiqueb encore / Flore féminine, classiquec avez / sçavez masculine, classiquea fleurs / couleurs masculine, classiqueb blesme / soy-mesme féminine, classiquec convaincu / cu masculine, classiquea precieux / yeux masculine, classiqueb change / louange féminine, classiquec appas / pas masculine, classiquea defaux / maux masculine, classiqueb merveilles / oreilles féminine, classiquec diamant / rarement masculine, classiquea vers / l'Univers masculine, classiqueb memoire / gloire féminine, classiquec desormais / jamais masculine, classiqueb voiles / Estoilles féminine, classiquec nous / vous masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.2· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
66 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les muses oubliées, Paris, Editions de la Sirène, 1921-1922· numérisation LA BIBLIOTHÈQUE ÉLECTRONIQUE DE LISIEUX· Sources