bigot, ote adj.
Bas lat. bigoti. Une vieille chronique latine (DUCHESNE, III, 360) dit que Rollon, sommé de baiser le pied du roi Charles, s'écria : Ne se bi god, jamais par Dieu, et que le sobriquet de bigot vint de là aux Normands : by, par, et god, Dieu. On peut soupçonner que l'anecdote (ce qui arrive souvent) a été imaginée pour expliquer le mot. Remarquez (et cela s'oppose à l'étymologie) que le mot est commun aux langues romanes : espagn. ligote, moustache (dans le Dictionnaire de l'Académie de 1696 : bigotelle ou bigotere, pièce d'étoffe ou de cuir dont on se sert pour tenir la moustache relevée), hombre de bigote, homme d'un caractère ferme ; ital. s-bigottire, effrayer, ôter le courage. Fr. Michel a proposé visigothus, visigoth. Cette étymologie n'est pas sans probabilité ; car elle permet, dans bigot, à la fois un terme de mépris et un terme d'éloge ; ayant pu, selon le point de vue, exprimer ou un homme méchant ou un homme brave et courageux ; d'où l'italien s-bigottire ; et le changement du v en b, toujours difficile en français, a pu se faire dans les autres langues romanes, qui le comportent davantage. Le sens moderne de bigot ne commence, d'après l'historique, qu'au XVe siècle.