Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

aise dans le Littré

7 articles· 121 citations· rimes· synonymes

1aise s. f. (ê-z')

  1. 1Sentiment de bien-être et de contentement. Ils avaient toute l'aise que la situation comportait. L'aise est vive et peut se manifester par des mouvements du corps. Tressaillir d'aise.

  2. 2État commode et agréable, liberté. Il est à son aise partout, comme s'il était chez lui.

    • J'étais là bien à mon aise pour mentir Chateaubriand, Itin. 209
    • Je me trouve fort à mon aise toute seule Mme de Sévigné, 222
    • Il est bien à son aise quand il est avec elle Mme de Sévigné, 580
    • Que j'en ai de vous voir belle et bien à votre aise Régnier, Sat. XII
    • Voilà les ecclésiastiques bien à leur aise Pascal, Prov. 6
    • À votre aise, elliptiquement, à votre commodité, quand vous voudrez.

    • Être mal à son aise, être indisposé.

      • J'étais mal à mon aise Mme de Sévigné, 359
      • Quand l'enfant pleure, il est mal à son aise J.-J. Rousseau, Ém. I
    • Être mal à son aise, être embarrassé. Devant lui il était mal à son aise.

  3. 3Mettre quelqu'un à son aise, l'encourager, dissiper sa timidité.

    • Le prêtre l'écoutait, le mettait à son aise J.-J. Rousseau, Ém. IV
    • Se mettre à son aise, pousser la familiarité jusqu'à l'oubli des convenances. Il se met à son aise partout, et nulle considération ne le gêne.

  4. 4Familièrement. N'en prendre qu'à son aise, travailler en son temps, ne faire que ce qui plaît.

  5. 5En parler à son aise, discourir de sang-froid des choses au succès desquelles on n'est pas intéressé.

    • Vous en parlez bien à votre aise Pascal, Prov. 2
    • Vous en parlez bien à l'aise Molière, Fem. sav. II, 9
    • À votre aise vous en parlez Molière, Prol. Amph.
    • Ce missionnaire fait son métier, il en parle bien à son aise Fléchier, Serm. II, 208
    • Elle lui dit qu'il en parlait fort à son aise Hamilton, Gramm. 10
  6. 6Être, vivre à son aise, être dans une situation de fortune modeste, mais heureuse.

    • Des louanges toutes pures ne mettent pas un homme à son aise Molière, le Bourg. G. I, 1
    • On ne vaut et l'on n'est heureux qu'autant qu'on se voit à son aise et bien pourvu Bourdaloue, Exhort. t. I, p. 465
    • L'argent est rare, c'est pour cela que les paysans sont à leur aise J.-J. Rousseau, Hél. I, 23
    • Celui qui travaille est aussi à son aise que celui qui a cent écus de revenu sans travailler Montesquieu, Esp. XXIII, 29
    • Voilà un homme bien riche, bien à son aise Mme de Sévigné, 608
    • Ceux qui sont mal à leur aise Pascal, Prov. 8
    • Il n'est malade que de trop d'aise, se dit d'un homme riche qui a de fréquentes incommodités.

  7. 7Paix et aise, doucement, commodément. Il n'a pas un grand bien, mais il vit chez lui paix et aise (vieux dans cette construction). Je ne demande que paix et aise.

  8. 8S. f. plur. Les commodités de la vie.

    • Dieu se contente de vous priver d'une partie de vos aises Fléchier, Serm. II, 203
    • Les petites règles qu'il s'est faites et qui tendent toutes aux aises de sa personne La Bruyère, II, 45
    • Elle nous prive du commode, c'est-à-dire des aises de la vie qui, quoique absolument permises, ne laissent pas de fomenter la rébellion de la chair Bourdaloue, Carême, t. I, p. 86
  9. 9À l'aise, loc. adv. Commodément, librement.

    • Mettre à l'aise, donner de l'espace. Les spectateurs étaient fort serrés ; on les mit à l'aise avec des bancs qu'on apporta.

    • Fig. L'expédient pour rendre intelligible un auteur si concis et étroitement enveloppé dans son style, c'est de mettre ses pensées plus à l'aise dans une juste étendue de discours.

    • À son bel aise, loc. adv. À son aise. La Fontaine a fait ici aise du masculin ; aise en effet a été longtemps d'un genre indécis ; mais aujourd'hui il est fixé au féminin ; et il ne faudrait pas employer cette locution de La Fontaine.

Remarque

Locution vicieuse : On ne peut pas avoir tous ses aises ; dites : on ne peut pas avoir toutes ses aises.

Synonymes

AISES, COMMODITÉS. Les aises disent quelque chose de voluptueux et qui tient de la mollesse. Les commodités expriment quelque chose qui facilite les opérations ou la satisfaction des besoins, et qui tient de l'opulence. Les gens délicats et valétudinaires aiment leurs aises. Les personnes de goût, et qui s'occupent, recherchent leurs commodités, GUIZOT.

Étymologie

Bressan, éso ; franc-comtois, aze ; bourguign. ase ; wallon, âhe ; namurois, auje ; provenç. ais ; anc. ital. asio ; ital. mod. agio ; anc. catal. aise ; portug. azo ; angl. ease ; anglo-sax. âdhe, eadhe, facile ; vieux sax. ôdhi, ôthi, facile ; gaél. âthais, adhais, aise ; corn. aizia, mettre à l'aise ; bas-bret. éaz, ez, aisé. Mot d'origine incertaine. On l'a rattaché au gothique azêts, aisé. Quant au basque, aisia, aisina, il paraît venir du provençal et non en être l'origine. En somme, il y a dans l'allemand et dans le celtique une racine adh, az, ais, qui est sans doute la source du mot roman.

2aise adj. (ê-z')

  1. 1Qui a de l'aise, qui est content. Combien il sera aise, en apprenant cette nouvelle ! Je suis aise que vous ayez réussi. Cela me rend fort aise.

    • Je suis aise que, veut le subjonctif : Il est bien aise que vous lui ayez écrit.

Synonymes

AISE, CONTENT. On donne aussi ravi comme synonyme ; mais ravi est un terme d'une bien plus grande énergie et sur lequel personne ne peut se tromper. Aise et content expriment tous deux un état qui affecte l'âme agréablement ; mais on aura une idée de la nuance qui les sépare en comparant ces deux exemples : Je suis content de mon sort ; je suis aise de mon sort ; le premier signifie que mon sort me satisfait et que je ne désire rien de plus ; le second signifie que mon sort me cause un sentiment de bien-être qui dépasse le contentement. Là est la distinction entre les deux termes, qui se manifeste aussi dans cette phrase : Je suis aise que vous soyez content de moi.

Étymologie

Provenç. ais (voy. AISE, s. f.).

Supplément

AISE. - ÉTYM. Ajoutez : M. Bugge (Romania, juill.-oct. 1875, p. 349) propose pour étymologie de ce mot d'origine obscure le latin ansa, anse, poignée, prise : « Asa, latin vulgaire, voy. Appendix Probi dans KEIL, Gramm. lat. IV, 198, 9 : ansa, non asa.... Le mot latin a aussi la notion de facilité, d'occasion, par ex. Plaute, Persa, IV, 4, 121 : quaerere ansam ut infectum faciat. Dans cette acception figurative, les langues romanes n'emploient pas le primitif ansa, mais un dérivé asium, féminin asia. Asium, asia est dérivé de asa, ansa, à l'aide du suffixe io, ia ; comparez le lat praesepium, de praesepe, occipitium, de occiput, etc.... Dans l'exemple : Jamais n'aurons tel aise de nos hontes vengier (XIIe s.), le sens du vieux français aise correspond à l'acception figurative du lat. ansa ; et de même le provençal aisina a la notion de facilité, d'occasion. M. Darmesteter a prouvé que le français aise avait signifié espace vide aux côtés de quelqu'un ; d'où les expressions être aux aises de quelqu'un, c'est-à-dire à côté de lui ; être à son aise, proprement avoir de la place pour remuer les bras (voy. Romania, I, 157). »

3aisé, ée adj. (è-zé, zée)

  1. 1Qui se fait ou qui est sans peine. Tout deviendra aisé. Il est aisé de prouver.

    • Il était aisé à la reine de faire sentir une grandeur qui lui était naturelle Bossuet, Reine d'Angl.
    • Il était encore plus aisé au roi de lever des soldats que de les armer Bossuet, ib.
    • Ce beau feu dont pour vous ce cœur est embrasé,Trouvera tout possible et l'impossible aisé Rotrou, Vencesl. V, 2
    • Il n'est pas bien aisé de m'obtenir de moi Corneille, Rodog. III, 4
    • Que vous êtes heureuse ! et qu'un peu de soupirs Fait un aisé remède à tous vos déplaisirs ! Corneille, Poly. II, 2
    • Sans doute il est aisé de s'en laisser troubler Voltaire, Zaïre, IV, 7
    • Il est aisé de juger à quels mouvements et à quelles contentions tout cela engage Bourdaloue, Pensées, t. I, p. 259
    • De grands pécheurs ouvrent les yeux, écoutent les remontrances qu'on leur fait, reviennent de leurs égarements ; et plus même ils sont grands pécheurs, plus il est quelquefois aisé de les émouvoir Bourdaloue, ib. p. 208
    • Sous ce terme nous comprenons tout ce qu'il y a dans le monde qui peut éblouir les yeux, charmer les sens, piquer la curiosité, nourrir l'amour-propre, rendre la vie aisée, commode, agréable, molle et délicieuse Bourdaloue, ib. p. 224
    • Votre profession et tous les engagements, bien loin d'être encore pour vous un fardeau aussi pesant qu'ils l'étaient ou qu'ils vous le semblaient, vous deviendront aisés, et vous porterez le joug du Seigneur avec une sainte allégresse Bourdaloue, ib. t. II, p. 396
    • Il y a des places, des rangs, des professions, où la réputation est beaucoup plus précieuse, plus délicate, plus aisée à blesser que dans les autres Bourdaloue, ib. t. III, p. 164
    • Gloire aisée Racine, Phèd. II, 1
    • Vous avez trouvé toutes choses si aisées qu'elles se pouvaient quasi faire d'elles-mêmes Guez de Balzac, Liv. IV, lett. 18
    • Cela est aisé à dire, se dit quand quelqu'un donne un conseil difficile à pratiquer et qu'il n'est pas obligé de suivre.

  2. 2Où l'on est à l'aise. Route aisée. Une voiture aisée. Un habit aisé. Des souliers aisés, larges.

  3. 3Fig. Libre, dégagé. Une taille aisée. Un air aisé. Mouvements aisés.

  4. 4En termes de peinture, pinceau aisé, celui dont la touche est franche, libre, facile. En gravure, pointe aisée, celle qui est nette et coulante.

  5. 5Peu sévère, relâché. Une dévotion aisée. Une morale aisée.

  6. 6Facile, agréable. Des vers naturels et aisés. Manières aisées.

  7. 7Qui jouit de quelque fortune. C'est un homme aisé. Cette famille est aisée.

  8. 8Familièrement. Cet homme n'est pas aisé, il est d'une humeur, d'un caractère difficile.

    • Cet homme est aisé à vivre, il est d'un commerce facile et doux.

      • Les conditions les plus aisées à vivre selon le monde sont les plus difficiles à vivre selon Dieu Pascal, P. jés. 19
  9. 9S. m. plur. Les gens à leur aise, qui ont quelque fortune. La taxe des aisés. Le rôle des aisés. Vieux en ce sens.

    • Aisé suit d'habitude son substantif.

  10. 10L'assemblage de quelques parties d'un appareil quelconque est dit aisé, lorsque ces pièces peuvent un peu jouer les unes sur les autres, entrer facilement les unes dans les autres.

Remarque

Il est aisé (impersonnel) prend de avec l'infinitif : Il est aisé de voir. Cependant, au temps de Descartes, cela n'était pas constant : Mais aisé prend à devant un infinitif dans les autres cas, c'est-à-dire quand il n'est pas employé impersonnellement : Cela est aisé à faire ; homme aisé à vivre. Mme de Sévigné a dit aisé à, dans le sens de qui se laisse aller :

Synonymes

AISÉ, FACILE. Ils marquent ce qui ne coûte pas de peine. En ce sens ils sont à peu près synonymes, et il est difficile d'y saisir une nuance, malgré les efforts des auteurs pour en signaler. Une démonstration aisée, ou une démonstration facile ; cela est aisé à apprendre, ou cela est facile à apprendre, ne présentent pas de distinction bien sensible. Mais les distinctions deviennent manifestes dans les emplois dérivés : un habit est aisé, et non facile ; le cœur, le caractère, un homme, sont faciles, c'est-à-dire qu'ils inclinent à des actes d'indulgence et de bonté, et non aisés. Mais on dit également facile à vivre, et aisé à vivre. Une chose est aisée à croire, c'est-à-dire à être crue ; mais une personne est facile à croire, c'est-à-dire qu'elle croit facilement.

Étymologie

Participe de l'anc. franç. aiser, aisier, faciliter ; picard, aisié ; provenç. aisado ; angl. easy (voy. AISE).

4anglais, aise s. et adj. (an-glê, glê-z')

  1. 1Nom de peuple. Qui est né en Angleterre.

  2. 2S. m. Cheval anglais.

    • Il montait un anglais fort vite Hamilton, Gramm. 5
  3. 3On dit qu'un cheval a de l'anglais, lorsque sa conformation se rapproche de celle du cheval anglais de pur sang.

Étymologie

Les Angles étaient un peuple suève occupant une partie de ce qui est aujourd'hui le duché de Mecklenbourg ; ils ont donné leur nom à l'Angleterre. Dans le XVIe siècle, anglois signifiait créancier :

5mauvais, aise adj. (mô-vê, vê-z')

  1. 1Qui a quelque qualité désagréable ou nuisible, en parlant des choses tant physiques que morales. Mauvais vin. Mauvais goût. Mauvais habit. Mauvais chemin. Mauvaise action. Mauvaise habitude.

    • Il se dit quelquefois des personnes en ce sens.

      • Si nous ne nous marions à cette heure, jamais nous n'y réussirons ; nous [Charles de Sévigné] n'avons jamais été si bon, et nous pouvons devenir mauvais Mme de Sévigné, 14 juill. 1677
    • Mauvais succès, voy. SUCCÈS.

    • Mauvaise humeur, voy. HUMEUR, n° 5.

    • Mauvaise grâce, voy. GRÂCE, n° 1.

    • Mauvaise physionomie, voy. PHYSIONOMIE.

    • Mauvais livre, livre dangereux.

    • Mauvais lieu, lieu de prostitution. Hanter les mauvais lieux.

    • Mauvaise vie, conduite déréglée.

    • Femme de mauvaise vie, prostituée.

    • Les temps sont mauvais, se dit des temps de trouble, de disette, d'oppression.

    • Avoir mauvais visage, mauvaise mine, avoir le visage défait.

      • J'ai ouï dire que monsieur était mieux, et je lui trouve bon visage. - Que voulez-vous dire avec votre bon visage ? monsieur l'a fort mauvais Molière, Mal. imag. II, 3
    • Fig. Faire mauvais visage, mauvaise mine à quelqu'un, le recevoir, le traiter sèchement, etc.

    • Trouver une chose mauvaise, y trouver un goût désagréable. J'ai trouvé ce vin mauvais.

    • Fig. Trouver mauvais, désapprouver. J'ai trouvé cette plaisanterie mauvaise.

      • Ce qui me fâche, c'est qu'en ne faisant rien, les jours se passent et l'on vieillit, et l'on meurt ; je trouve cela bien mauvais Mme de Sévigné, 6 août 1675
    • Trouver mauvais que, désapprouver que (il veut le subjonctif). Il trouve mauvais qu'on se conduise ainsi.

      • Qu'est-ce que mettre un ouvrage au jour ? n'est-ce pas en quelque sorte dire au public, jugez-moi ? pourquoi donc trouver mauvais qu'on nous juge ? Boileau, Œuv. Préf. génér.
      • Je ne trouve point du tout mauvais que vous me disiez votre sentiment ; c'est votre sentiment seul que je trouve mauvais Lesage, Gil Blas, VII, 5
      • Personne ne trouve mauvais qu'on tue une bête enragée BEAUMARCHAIS, Mère coupable, V, 7
    • Prendre, interpréter en mauvaise part, voy. PART.

    • Mauvais bruit, bruit, propos désavantageux, défavorable.

    • On dit dans le même sens, mauvais discours.

    • Mauvaise graisse, embonpoint factice, espèce d'empâtement, en parlant des chevaux et même des personnes.

    • Deniers mauvais, se disait autrefois des deniers qui restaient à partager entre un grand nombre de personnes.

    • Mauvais air et air mauvais, voy. AIR 2, aux nos 1, 8, et à la rem. 3.

  2. 2Qui ne remplit pas bien son office, en parlant de quelque partie du corps. Mauvaises jambes. Je ne puis me servir de ma mauvaise main.

    • De quelque côté qu'on tourne le mauvais œil, il ne laisse pas d'admettre des images qui doivent un peu troubler la netteté de l'image reçue par le bon œil BUFFON, Suppl. à l'hist. nat. Œuv. t. XI, p. 166
    • Avoir les yeux mauvais, la vue mauvaise, n'y pas bien voir.

      • Toute la philosophie, lui dis-je, n'est fondée que sur deux choses, sur ce qu'on a l'esprit curieux et les yeux mauvais ; car, si vous aviez les yeux meilleurs que vous ne les avez, vous verriez bien si les étoiles sont des soleils qui éclairent autant de mondes, ou si elles n'en sont pas Fontenelle, Mondes, 1er soir.
  3. 3Terme de marine. La mer est mauvaise, elle est très agitée.

    • Être de mauvaise tenue, se dit d'un fond où les ancres chassent, n'ayant pas de prise.

    • Mauvais temps, se dit pour marquer que le vent régnant est contraire.

    • Terme de pêche. Harengs de mauvaise eau, ceux qui ont séjourné dans de mauvais fonds ou qui sont près de frayer.

  4. 4Nuisible, qui cause du mal. L'air est mauvais en ce pays. Les excès sont mauvais à la santé. Le fruit est mauvais pour de certains estomacs.

    • C'est [l'eau de la reine de Hongrie] la plus mauvaise chose du monde aux nerfs attaqués des douleurs de la goutte ou du rhumatisme Mme de Sévigné, 14 août 1680
    • Elle [Pauline] s'aime elle-même, elle veut plaire ; il ne faut que cela pour se corriger.... l'amour-propre, si mauvais à tant d'autres choses, est admirable à celle-là Mme de Sévigné, 28 fév. 1689
    • Sinistre, malheureux. Mauvais présage. Mauvais augure.

    • Mauvais œil, faculté funeste attribuée à certains individus, de porter malheur à ceux qu'ils regardent.

  5. 5Enclin à faire du mal, en parlant des personnes. Un mauvais homme. Une mauvaise femme.

    • Le mauvais ange, le diable.

    • Mauvaises mains, personne ou personnes qui ne méritent pas de confiance, qui ne sont pas propres à ce qu'on demande.

      • Cinna... ne remettrait pas en de mauvaises mains L'intérêt d'Émilie et celui des Romains Corneille, Cinna, I, 3
    • Mauvaise compagnie, les gens de mauvaise vie ou de mauvais ton.

    • On dit aussi mauvaise société.

      • Parlez-moi de la mauvaise société ; c'est là qu'on s'amuse PICARD, les Deux Phibert, III, 1
    • Un mauvais esprit, un homme dont le jugement est faux, et aussi un homme disposé à tourner les choses en mal.

      • Il faudrait être un bien mauvais esprit pour abuser de cela contre vous Marivaux, Marianne, 5e part.
    • En un autre sens, mauvais esprit, dispositions à la révolte, à l'insubordination. Un mauvais esprit règne dans les troupes, dans cette province.

    • Mauvaise volonté, voy. VOLONTÉ.

    • Populairement. Mauvaise bête, homme ou femme qui se plaît à dire ou à faire des méchancetés.

    • Mauvaise tête, voy. TÊTE.

    • Un mauvais cœur, une personne à inclinations dures et perverses.

    • Mauvais garnement, mauvais sujet, homme déréglé dans ses mœurs.

    • Mauvais sujet, voy. SUJET.

  6. 6Prompt à en venir aux coups, bravache. Mauvais garçon.

  7. 7Qui n'a pas les qualités qu'il doit avoir. Mauvais parent. Mauvais père. Mauvais prêtre.

  8. 8Malicieux, malin. Vous êtes bien mauvaise, tous vos propos sont des épigrammes.

    • Substantivement, en ce sens, par forme de plainte légère et amicale.

      • Oh ! le mauvais ! Ah ! petite mauvaise ! Là, là, mauvaise, Dieu vous apaise ! il n'en sera que ce que vous voulez Beaumarchais, Mar. de Fig. I, 9
  9. 9Avec la négative, mauvais signifie souvent, assez bon, ou même fort bon, selon le ton qu'on y donne, et se dit également des personnes et des choses. Ce n'est pas un mauvais homme. Les vins ne sont pas mauvais dans ce cru. Ce n'est pas un mauvais écrivain. Ce n'est pas un mauvais ouvrage.

    • Les louanges du petit glorieux [le chevalier de Grignan] ne sont pas mauvaises ; il ne les jette pas à la tête Mme de Sévigné, 1er juill. 1676
    • Mme Denis est devenue supérieure dans les rôles de mère ; je ne suis pas mauvais pour les vieux fous Voltaire, Lett. d'Argental, 5 févr. 1758
    • Quel État choisirez-vous ? le brame répondit : celui où l'on n'obéit qu'aux lois ; c'est une vieille réponse, dit le conseiller ; elle n'en est pas plus mauvaise, dit le brame Voltaire, Dict. phil. États généraux.
  10. 10S. m. et f. Mauvais, mauvaise, celui, celle qui est mauvaise.

    • Terme de féodalité. Le mauvais emporte le bon, c'est-à-dire les enfants issus d'une personne serve et d'une personne libre sont de condition servile.

  11. 11S. m. Ce qu'il y a de mauvais. Il y a du bon et du mauvais dans cet homme, dans cet ouvrage.

    • Discernant non-seulement le bon d'avec le mauvais, mais encore le meilleur d'avec le bon Fléchier, Lamoign.
    • La ville croit se faire honneur en prenant tout le mauvais de la cour Massillon, Petit car. Vices et vertus des grands
    • Un commentaire n'est pas un panégyrique, mais un examen de la vérité ; et qui ne sait pas réprouver le mauvais n'est pas digne de sentir le bon Voltaire, Comm. Corn. Perthar. III
  12. 12Adverbialement. Sentir mauvais, exhaler une mauvaise odeur.

Proverbes

Il n'est qu'une mauvaise heure au jour. Mauvaise fille se moque de sa mère. Mauvais chien ne trouve où mordre. Il faut avoir mauvaise bête par douceur.

Étymologie

Bourg. mauvoy ; picard, maouais, mawais ; wallon, mâva ; namur. muaiz, fém muaije ; Hainaut, me, mey, mait, mouvais ; provenç. malvais ; ital. malvagio. Diez le tire du gothique balvavêsei, méchanceté, qui suppose un adjectif balvavesi, méchant, d'où balvais, changé en malvais, par l'influence de mal (de balu, mauvais, et visan, wesen, être ; comp. l'anglo-sax. balowîso, méchant, funeste) ; le changement de b en m fait difficulté ; cependant cette étymologie demeure très probable, vu la forme du reste du mot et le sens. Il faut se garder de confondre avec mauvais l'ancien adjectif malvé, esp. malvado, prov. malvat, mauvais, dont l'origine est ignorée : Nient malvée est la sue veie, Liber psalm. p. 20.

Supplément

MAUVAIS. - ÉTYM. Ajoutez : Il faut rapprocher des formes indiquées celle qu'on trouve dans le XIIe siècle :

6niais, aise adj. (ni-ê, ê-z')

  1. 1Terme de fauconnerie. Qui n'est pas encore sorti du nid, et qui a été pris au nid, en parlant des oiseaux de vol. Un faucon niais.

  2. 2Fig. Qui est simple et encore sans usage du monde. Un garçon niais. Une fille niaise.

  3. 3Il se dit des manières, du ton, etc. Tournure niaise.

    • Cette mine entre douce et niaise est passée en une autre toute contraire, et il ne m'est plus rien resté qui ne soit changé Voiture, Lett. 42
    • J'ai la tête assez belle, avec beaucoup de cheveux gris, les yeux doux, mais un peu égarés, et le visage assez niais Voiture, ib. 78
    • Elle affecte toujours un ton de voix languissant et niais Molière, Critique, 2
  4. 4Qui annonce la sottise ou l'inexpérience. Une démarche niaise.

    • Ces soupirs ridicules et ces larmes niaises qui font rire tout le monde Molière, Critique, 7
    • Ces sortes de pléonasmes [Trois sceptres, à son trône attachés par mon bras, Parleront au lieu d'elles et ne se tairont pas, Nicom., I, 1] sont les plus vicieux ; ils retombent quelquefois dans ce qu'on appelle le style niais : Hélas ! s'il n'était pas mort, il serait encore en vie Voltaire, Comm. Corn.
  5. 5S. m. et f. Un niais, une niaise.

    • Faire, contrefaire le niais, faire semblant d'être simple.

    • C'est un niais de Sologne, il est de ces niais de Sologne qui ne se trompent qu'à leur profit, il est adroit et alerte sur ce qui regarde son intérêt et il contrefait le simple.

    • La place des niais, la meilleure place.

    • Populairement. C'est de la graine de niais, c'est une chose qui ne peut tromper que les plus simples.

  6. 6Adv. Parler niais, parler niaisement.

    • Rire niais, rire niaisement.

      • La femme de Montchevreuil était une grande créature maigre, jaune, qui riait niais Saint-Simon, 4, 64

Étymologie

Ital. nidiace ; d'une forme latine nidacem ou nidiacem, qui vient de nidus, nid. Le provençal nizaic, niaic suppose une autre formation.

7punais, aise adj. (pu-nê, nê-z')

  1. Qui sent mauvais.

    • Particulièrement. Qui rend par le nez une odeur infecte.

      • Il [le fils du Régent] avait toujours été nigaud, bigot, maniaque et souffreteux, brèche-dent, caliborgnon, punais DECOURCHAMP, Souv. de la marq. de Créquy, t. III, ch. 5
    • Substantivement, au masculin. C'est un punais.

Étymologie

Picard, punasse ; provenç. putnais ; piémont. punas. On reconnaît, à l'aide du provençal, dans ce mot le radical put de putere, puer ; et en conséquence on le ramène à une forme fictive putnacem, comme pugnax, de pugnare. La finale nais ne se rapporte pas à nasus, nez ; car punais signifie non puant du nez, sens particulier et récent, mais puant en général. Punais est dans le Renard le nom du putois.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander