1jalousé, ée part. passé (ja-lou-zé, zée)
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Jalousé [Albéroni] dans son élévation, haï pour l'abus de son pouvoir, ce que les Italiens expriment par la prepotenza
Duclos, Mém. Réy. Œuv. t. V, p. 437, dans POUGENS
Jalousé [Albéroni] dans son élévation, haï pour l'abus de son pouvoir, ce que les Italiens expriment par la prepotenzaDuclos, Mém. Réy. Œuv. t. V, p. 437, dans POUGENS
1Qui est zélé pour, qui tient beaucoup à, qui est fort attaché à quelque chose (sens étymologique et le premier de tous, le mot venant du latin zelosus).
Combien les Romains furent jaloux de la libertéBossuet, Hist. III, 6
Toujours vive pour ce grand prince [Louis XIV], toujours jalouse de sa gloireBossuet, Mar.-Thér.
Dona Béatrix, fort jalouse du pouvoir de ses charmes, conçut un dépit mortel de n'avoir pas eu la préférenceLE SAGE, Diable boit. ch. 9, dans POUGENS
Jaloux contre, zélé contre.
Vous trouverez des âmes recueillies, simples, mortes à elles-mêmes, qui sont jalouses contre leur amour-propre, pour donner tout à l'amour de DieuFÉNEL., t. II, p. 187
Qui a à cœur, qui est très désireux de. Je suis jaloux d'acquérir votre estime.
2Qui est peiné de ne pas obtenir ou posséder ce qu'un autre obtient ou possède.
Les dieux devinrent jaloux des bergersFénelon, Tél. II
Ne soyez point jaloux du succès des autresFénelon, ib. XI
Nos ennemis, si jaloux autrefois de nos prospérités, peuvent à peine se persuader nos malheurs et nos pertesMassillon, Carême, Mot. de conv.
Condé était jaloux en héros, et Louvois en ministreVoltaire, Louis XIV, 9
Jaloux sur une chose, qui la dispute par jalousie.
De tels princes ne savent que se défier de tout le monde également ; ils sont jaloux sur les moindres chosesFénelon, Tél. XXIV
Il se dit des choses, dans le même sens.
Certain fat qu'à sa mine discrète Et son maintien jaloux j'ai reconnu poëteBoileau, Sat. III
Il s'emploie dans ce sens comme substantif.
Nous faisions des jalouxMolière, Femmes sav. II, 2
Ce garçon-là fera bien des jalouxMme de Sévigné, 102
Les jaloux de la France n'auront pas éternellement à lui reprocher les libertés de l'Église toujours employées contre elle-mêmeBossuet, le Tellier.
Les jaloux du crédit et des grandes richesses de Clausus tournèrent à mal les intelligences qu'il avait prises avec RomeLE P. CATROU, dans DESFONTAINES
Tous les jaloux de la France y donnant les mains et le souhaitantD'ARGENSON, Mém. t. II, p. 390, 1860
3Particulièrement. Tourmenté par la crainte de l'infidélité, jaloux par amour.
Il se dit aussi des sentiments.
....C'est ton humeur mutine, Et trop jalouse et déplaisante à Dieu, Qui te retient pour mille ans en ce lieu [purgatoire]La Fontaine, Féronde.
Substantivement. Un jaloux. Une jalouse.
Où fuyez-vous ? - Où vous ne serez point, trop odieux jalouxMolière, D. Garc. II, 6
....Tu ne seras pas de ces jaloux affreux, Habiles à se rendre inquiets, malheureux, Qui, tandis qu'une épouse à leurs yeux se désole, Pensent toujours qu'une autre en secret la consoleBoileau, Sat. X
Elle y vint enfin avec son jaloux, qui visita d'abord, selon sa coutume, tous les appartements, les caves et les greniersLesage, Diabl. boit. ch. 9, dans POUGENS
4Dans l'Écriture sainte, le Dieu jaloux, c'est-à-dire le Dieu qui veut être adoré seul.
Je suis le Seigneur votre Dieu, un Dieu jaloux, qui punis l'iniquité des pères sur les enfants jusqu'à la troisième et la quatrième génération de ceux qui me haïssentSaci, Bible, Deutér. V, 9
Comme il [Dieu] est beaucoup plus jaloux de nos affections que de nos respects, il est visible qu'il n'y a point de crime qui lui soit plus injurieux ni plus détestable que d'aimer souverainement les créatures, quoiqu'elles le représententPascal, Lett. 1er avril 1648
C'est du cœur qu'il [Dieu] est jaloux, et, pour ne le point irriter, on ne doit non plus partager son culte que son amourBossuet, 2e instr. past. § 130
Croyons-nous que Dieu, qui s'appelle un Dieu jaloux, soit moins sensible et moins délicat que l'homme ?Massillon, Carême, Vérit. culte.
5Fig. et poétiquement. Qui fait obstacle, qui envie. Un voile jaloux dérobait ses charmes à tous les yeux.
6Terme militaire. Qui est en jalousie, exposé aux attaques. Place jalouse, place exposée, et dont on peut facilement s'emparer.
Par extension, périlleux.
Lauzun se divertit à s'arrêter dans les endroits les plus jaloux, dès qu'il s'aperçut de la conduite de ces messieurs avec luiSaint-Simon, 149, 174
7Terme de marine, sur la Méditerranée. Qui souffre des vagues de la mer, qui roule beaucoup en parlant d'un petit bâtiment, d'une barque, etc. dont l'agitation est comparée à celle d'un jaloux. Cette barque est jalouse. Il n'y a point de bâtiments plus jaloux.
Il se dit également des berlines et autres voitures semblables, quand elles sont sujettes à pencher d'un côté ou de l'autre.
Il ne dort non plus qu'un jaloux
, c'est-à-dire il ne saurait dormir. Il en est jaloux comme un gueux de sa besace
. Sans les jaloux on vivrait
, c'est-à-dire que, quelque chose que l'on fasse, on trouve toujours des compétiteurs et des antagonistes.
Bourguig. jaullou, jailou ; Berry, jaleux ; provenç. gelos, gilos ; espagn. zeloso ; portug. cioso ; ital. geloso ; du lat. zelosus (QUICHERAT, Addenda), qui vient de zelus, zèle.
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander