1mérité, ée part. passé (mé-ri-té, tée)
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Récompense méritée.
Récompense méritée.
1Ce qui rend une chose digne de récompense ou de punition.
Toute action de miséricorde fera placer chacun en son rang selon le mérite de ses œuvresSaci, Bible, Ecclésiast. XVI, 15
Comment la vie active et la vie contemplative ont chacune leur mérite devant DieuBossuet, États d'orais. IX, 13
Humble dans les grandes choses, grande dans les petites, et joignant surtout à la pureté de ses intentions le mérite de l'obéissanceFléchier, Panégyr. Ste Thér.
Que ce soit un courtisan fidèle ou un gentilhomme de Bonaparte [qui ait imaginé de donner Chambord au duc de Bordeaux], c'est la même chose pour nous qui n'y saurions avoir jamais d'autre mérite que celui de payerPaul-Louis Courier, Simple discours.
Se faire un mérite de quelque chose, tirer gloire, tirer avantage d'avoir, de faire quelque chose.
Elle est toujours l'objet de la jalousie de la Plessis, qui se fait un mérite auprès de ma mère de la haïr comme le diableMme de Sévigné, 246
Se faisant un mérite de sa complaisanceBossuet, Hist. I, 11
Ils se font un mérite de leur ignominieMassillon, Pet. car. Drapeaux.
2Ce qui rend une personne digne de récompense ou de punition.
Les méchants sont soufferts pour l'instruction ou pour le mérite des justesMassillon, Carême, Mélange.
En ce sens il se dit très souvent au pluriel.
Ce peuple tantôt châtié, et tantôt consolé dans ses disgrâces, par les différents traitements qu'il reçoit selon ses mérites, rend un témoignage public à la Providence qui régit le mondeBossuet, Hist. II, 5
En ce sens et au pluriel il prend quelquefois le caractère du langage familier.
....Est-ce un sujet pourquoi Vous fassiez sonner vos mérites ?La Fontaine, Fabl. IV, 3
Familièrement et ordinairement en mauvaise part. Il sera traité selon ses mérites.
Par dérision, faire valoir tous ses mérites, exagérer ses services.
3Les mérites de la passion de Jésus-Christ, ses souffrances et sa mort, en tant qu'elles ont satisfait pour les hommes à la justice divine et qu'elles leur confèrent les effets de la grâce.
Sans la prière, quelle part avez-vous aux mérites de Jésus-Christ ?BOURDALOUE, 5e dim. après Pâques, Dominic. t. II, p. 199
Les mérites des saints, les bonnes œuvres des saints.
Les mérites, les bonnes œuvres, par rapport à la récompense que Dieu y attache.
Nous agissons de nous-mêmes ; ce qui fait que nous avons des mérites qui sont véritablement nôtres, contre l'erreur de CalvinPascal, Prov. XVIII
La certitude que nos peines ne sont pas perdues, que nos dégoûts sont pour nous de nouveaux méritesMassillon, Carême, Dégoûts.
Il [Jésus-Christ] couronnera ses dons, en récompensant mes faibles méritesMassillon, Carême, Pécheresse.
Droit à la miséricorde divine.
Que les vrais Juifs ne considéraient leur mérite que de Dieu, et non d'AbrahamPascal, Pens. XX
Mérite de condignité, droit sur l'héritage céleste qui appartient au véritable fidèle ayant persévéré jusqu'à la fin dans la foi qui agit par la charité, et ayant par ce moyen accompli la loi selon la mesure de cette vieBossuet, Réfut. catéch. Ferry, I, II, 13
4Ce que les personnes ont de digne et d'estimable.
Dans les belles âmes, Le seul mérite a droit de produire des flammesCorneille, Cid, I, 3
La nature fait le mérite, et la fortune le met en œuvreLA ROCHEFOUC., Max. 153
Le monde récompense plus souvent les apparences du mérite, que le mérite mêmeLA ROCHEFOUC., ib. 166
Quelque disposition qu'ait le monde à mal juger, il fait encore plus souvent grâce au faux mérite qu'il ne fait injustice au véritableLA ROCHEFOUC., ib. 455
Les hommes n'ayant pas accoutumé de former le mérite, mais seulement le récompenser où ils le trouvent forméPascal, Pens. XXV, 107, édit. HAVET.
Que si son rang la distinguait, j'ai eu raison de vous dire qu'elle était encore plus distinguée par son mériteBossuet, Duch. d'Orl.
Qu'un père si éclairé vous ait témoigné cette confiance jusqu'au dernier soupir.... c'est le plus beau témoignage que votre vertu pouvait remporter ; et, malgré tout votre mérite, Votre Altesse n'aura de moi aujourd'hui que cette louangeBossuet, Louis de Bourbon.
Ce sera dans nos jours s'être fait un nom parmi les hommes et s'être acquis un mérite dans les troupes, d'avoir servi sous le prince de Condé, et comme un titre pour commander de l'avoir vu faireBossuet, ib.
Les deux augustes cardinaux [Richelieu et Mazarin] qui ont soutenu la majesté de cet empire, ont voulu donner la récompense qui était due à son mérite ; mais il a tout refuséBossuet, Cornet.
Une princesse dont le mérite passe la naissance, encore que sortie d'un père et de tant d'aïeux souverains....Bossuet, Anne de Gonz.
Le mérite ne brille guère ici sans protection, et la protection n'aime pas à se charger du mériteMme de Maintenon, Lett. à l'abbé Gobelin, 16 mars 1675
La jalousie et l'émulation s'exercent sur le même objet.... avec cette différence que celle-ci est un sentiment volontaire, courageux, sincère.... et que celle-là, au contraire, est un mouvement violent, et comme un aveu contraint du mérite qui est hors d'elleLa Bruyère, XI
Personne presque ne s'avise de lui-même du mérite d'un autreLa Bruyère, II
Les hommes et les femmes conviennent rarement sur le mérite d'une femme ; leurs intérêts sont trop différentsLa Bruyère, III
Il ne faut rien exagérer, ni dire des cours le mal qui n'y est point : l'on n'y attente rien de pis contre le vrai mérite que de le laisser quelquefois sans récompense ; on ne l'y méprise pas toujours, quand on a pu une fois le discerner, on l'oublieLa Bruyère, VIII
Qui peut, avec les plus rares talents et le plus excellent mérite, n'être point convaincu de son inutilité, quand il considère qu'il laisse, en mourant, un monde qui ne se sent pas de sa perte, et où tant de gens se trouvent pour le remplacer ?La Bruyère, II
Un mérite paisible, mais solide, accompagné de mille vertusLa Bruyère, III
Il ne voulut point que ce qui appartenait au mérite lui pût être disputé par l'argent, rival trop dangereux et trop accoutumé à vaincreFontenelle, Fagon.
Ces hommes ne se rendent d'ordinaire sur le mérite d'autrui qu'à la dernière extrémitéVAUVENARGUES, Conseils à un jeune homme.
Il est plus nécessaire, pour vivre en paix, de cacher son mérite que ses défautsCOMTE DE CAYLUS (GROSLEY), Œuv. t. XII, p. 197, dans POUGENS
Le mérite a sa pudeur comme la chastetéDuclos, Consid. mœurs, 3
Il se trouvait en ce moment dans cette heureuse position où le mérite peut espérer une indulgence qu'il n'éprouve qu'une fois et même qu'il n'éprouve pas toujoursCondorcet, Haller.
Vanter sa race, c'est louer le mérite d'autruiMme DE LAMBERT, Avis d'une mère à son fils.
Avoir du mérite, avoir des qualités, du talent.
Théramène était riche et avait du mérite ; il a hérité, il est donc très riche et d'un très grand mériteLa Bruyère, VII
De mérite, se dit des personnes qui ont du mérite.
Nommez cet ecclésiastique de mérite, que vous dites avoir assisté à cette assemblée....Pascal, Prov. XVI
Chrysanthe, homme opulent et impertinent, ne veut pas être vu avec Eugène, qui est homme de mérite, mais pauvre, il croirait en être déshonoréLa Bruyère, VI
Les personnes de mérite et de service sont utiles aux roisLa Bruyère, XI
Parmi les officiers de l'armée, on voyait des gens de mériteHamilton, Gramm. 2
Madame la maréchale d'Albret était une personne de mérite sans espritMADAME DE CAYLUS, Souvenirs, p. 17, dans POUGENS
Du premier mérite, qui est au premier rang par son mérite.
Il [Scipion] avait toujours auprès de lui des savants du premier mérite, comme Panétius et Polybe, qui l'accompagnaient même dans ses campagnesRollin, Hist. anc. Œuvres, XI, 2e part. p. 668, dans POUGENS.
Au plur. Ces deux hommes ont des mérites différents.
Que si ton heur était pareil à tes admirables méritesMalherbe, III, 2
Dans le monde on voit tous les jours des mérites médiocres l'emporter sur des mérites éclatantsBourdaloue, Myst. Ascens. de J. C. t. I, p. 403
Si la réputation et la vertu pouvaient dispenser d'une loi commune, l'illustre et la vertueuse Julie vivrait encore avec son époux ; ce peu de terre que nous voyons dans cette chapelle couvre ces grands noms et ces grands méritesFléchier, duc de Montausier.
On lui dut [à Patru] l'ordre, la clarté, la bienséance, l'élégance du discours, mérites absolument inconnus avant luiVoltaire, Louis XIV, 32
Molière fut, si on ose le dire, un législateur des bienséances du monde ; je ne parle ici que de ce service rendu à son siècle, on sait assez ses autres méritesVoltaire, ib. 32
5Ce qu'une chose a de digne d'éloge. Le mérite du style. Cette pièce n'est pas sans mérite.
Si, pour faire un système, on peut poser toutes sortes de principes, prendre les plus absurdes comme les plus évidents, et faire une complication de causes sans raison, quel mérite peut-il y avoir dans des ouvrages de cette espèce ?CONDILLAC, Traité des syst. ch. 3
Je préférai toujours à ce mérite faux des politesses vaines La grossière vertu des mœurs républicainesVoltaire, Tancr. I, 2
Le mérite de la difficulté surmontée est quelque choseVoltaire, Lett. Mme Denis, 22 août 1750
6Habileté, talent.
Il [le chevalier de Grignan] est bon juge du mérite de la guerre [mérite militaire]Mme de Sévigné, 18 juill. 1690
7Mérite, les gens de mérite. Honorer le mérite.
Affable à tous avec dignité, elle savait estimer les uns, sans fâcher les autres ; et, quoique le mérite fût distingué, la faiblesse ne se sentait pas dédaignéeBossuet, Duch. d'Orl.
On l'a dit au singulier pour signifier un homme de mérite.
8Fig. Importance, en parlant d'une chose.
Il a vu cet homme que je vous ai dit qui est habile [un médecin], et qui le traite actuellement selon le mérite de ce malMme de Sévigné, 6 oct. 1680
9Terme de marine. Apostille favorable portée sur le congé d'un marin, ou à côté de son nom sur les matricules.
10Mérite militaire, nom d'un ordre fondé par Louis XV.
11Terme juridique. Valeur d'un acte judiciaire. La cour reçoit un tel opposant en la forme au jugement de tel jour et statuant au fond sur le mérite de son opposition....
On dit un homme de mérite, on dit aussi le mérite d'un ouvrage ; mais on ne dit pas un ouvrage de mérite.
Provenç. merit, merite ; cat. merit ; esp. port. et ital. merito ; du lat. meritum, chose méritée. L'espagnol et l'italien, qui ont l'accent sur me, viennent du latin meritum, qui a l'accent sur la même syllabe ; mais le provençal et le français font difficulté d'abord pour la forme : l'accent est déplacé ; puis pour le sens : mérite y signifie récompense ; tout porte à croire qu'il faut y voir un substantif tiré du participe meri, de l'ancien verbe merir, qui, tout en venant du latin mereri, avait pris le sens de récompenser. Le sens primitif de mereri est avoir en partage ; comparez μέρος, μόρος, μείρομαι.
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander