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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

morale dans le Littré

2 articles· 43 citations· rimes· synonymes· étymologie· traductions· prononciation (6)

1morale s. f. (mo-ra-l')

  1. 1Ensemble des règles qui doivent diriger l'activité libre de l'homme, décomposé en deux parties : démontrer que l'homme a des devoirs, des obligations, et faire connaître ces devoirs, ces obligations.

    • Voulez-vous apprendre la morale ? - La morale ? - Oui. - Qu'est-ce qu'elle dit cette morale ? - Elle traite de la félicité, enseigne aux hommes à modérer leurs passions, et.... - Non, laissons cela : je suis bilieux comme tous les diables, et il n'y a morale qui tienne ; je me veux mettre en colère tout mon soûl, quand il m'en prend envie Molière, Bourg. gent. II, 6
    • Hé ! doucement, ma sœur ; où donc est la moraleQui sait si bien régir la partie animale ? Molière, Femmes sav. I, 2
    • Toute notre dignité consiste en la pensée.... travaillons donc à bien penser ; voilà le principe de la morale Pascal, Pens. I, 6, éd. HAVET.
    • Morale et langage sont des sciences particulières, mais universelles Pascal, ib. XXV, 77
    • Il est indubitable que, que l'âme soit mortelle ou immortelle, cela doit mettre une différence entière dans la morale ; et cependant les philosophes ont conduit la morale indépendamment de cela Pascal, ib. XXIV, 57 ter.
    • Toute la foi consiste en Jésus-Christ et en Adam ; et toute la morale en la concupiscence et en la grâce Pascal, Pens. XXIV, 4
    • La vraie éloquence se moque de l'éloquence ; la vraie morale se moque de la morale ; c'est-à-dire que la morale du jugement se moque de la morale de l'esprit qui est sans règles ; car le jugement est celui à qui appartient le sentiment, comme les sciences appartiennent à l'esprit Pascal, ib. VII, 34
    • Ceux qui sont dans le déréglement disent à ceux qui sont dans l'ordre que ce sont eux qui s'éloignent de la nature.... comme ceux qui sont dans un vaisseau croient que ceux qui sont au bord fuient.... il faut avoir un point fixe pour en juger ; le port juge ceux qui sont dans le vaisseau ; mais où prendrons-nous un point dans la morale ? Pascal, ib. VI, 4
    • Le temps où nous sommes, où la corruption de la morale est aux maisons de sainteté et dans les livres des religieux et des religieuses Pascal, Lett. à Mlle de Roannez, 9
    • Il eût voulu pouvoir attaquer sans nuire ; se défendre sans attaquer.... enfin il s'était fait une espèce de morale militaire qui lui était propre Fléchier, Turenne.
    • La morale douce et relâchée tombe avec celui qui la prêche La Bruyère, XV
    • La morale des États se résout, pour de si grands intérêts, à hasarder le sacrifice de quelques particuliers Fontenelle, Marsigli.
    • La morale, qui se propose pour objet de régler les mœurs, est, à proprement parler, la science de l'homme Rollin, Hist. anc. Œuvr. t. XII, p. 564, dans POUGENS
    • Que sa loi, sa morale et consolante et pureDe mes sens désolés guérirait la blessure Voltaire, Alz. I, 4
    • Le jeune prince plein d'honneur ne pensait pas qu'il y eût une morale différente pour les rois et pour les particuliers Voltaire, Charles XII, II
    • Ne pensons pas qu'en effet il y ait une morale pour les citoyens, et une autre pour les souverains, et que le prétexte du bien de l'État justifie l'ambition du monarque Voltaire, Panég. St Louis
    • Voyez combien d'excellents traités nous possédons en matière de physique, d'histoire naturelle, d'économie, d'arts, etc. ; et nous n'avons point encore de système tant soit peu complet de morale Bonnet, Palingén. XIII, 5
    • Je conviens avec votre Majesté que la morale est encore plus intéressante [que la géométrie], et qu'elle mérite surtout l'étude des philosophes D'Alembert, Lett. au roi de Pr. 29 janv. 1768
    • La morale est peut-être la plus complète de toutes les sciences quant aux vérités qui en sont les principes et quant à l'enchaînement des vérités D'Alembert, Mél. t. V, § 1
    • La morale est la science des lois naturelles, ou des choses qui sont bonnes ou mauvaises dans la société des hommes Diderot, Opin. des anc. philos. (hobbisme).
    • Ils espéraient tout de cette morale publique qui semble avoir soumis jusqu'au gouvernement Mirabeau, Collection, t. I, p. 71
    • La morale est le sentiment du juste et de l'injuste, du bien et du mal, de l'honnête et du déshonnête CAMBACÉRÈS, Inst. Mém. sc. mor. et pol. t. III, p. 8
    • Soit que vous considériez la morale comme l'expression des devoirs, soit que vous la considériez comme la science des caractères ; que le moraliste devienne un prédicateur de vertu, ou seulement un observateur du cœur humain VILLEMAIN, Litt. franç. 18e siècle, 2e part. 1re leç.
    • Terme de droit. Offense à la morale publique, sorte de délit qui se commet par la voie de la presse et que consiste en propositions jugées dangereuses pour les mœurs.

      • Je fus en prison deux mois à Sainte-Pélagie, par l'indulgence des magistrats, pour avoir outragé la morale publique, crime de Socrate comme vous savez ; sur la morale particulière, un peu différente de l'autre, je n'ai eu de démêlés avec qui que ce soit, et même n'entends point dire qu'on me reproche rien Paul-Louis Courier, Au rédact. de la Quotidienne
  2. 2Morale avec une épithète défavorable désigne des doctrines plus ou moins nuisibles aux mœurs.

  3. 3Traité de morale.

    • Je lisais ces jours passés la Morale d'Épictète plus grande que nature D'Alembert, Lett. au roi de Pr. 3 mars 1782
    • Toute l'antiquité a regardé la Morale d'Aristote comme le plus parfait de ses ouvrages CHAMPAGNE, Instit. Mém. sc. mor. et polit. t. III, p. 91
    • On dit aussi : les Morales d'Aristote, parce qu'il a fait plusieurs traités sous ce titre.

    • Les Morales, titre d'un ouvrage de saint Grégoire le Grand.

      • La raison qu'en rapporte saint Grégoire ....dans ses Morales sur Job Bourdaloue, Car. XI, Parfaite observ. de la loi, 195
  4. 4Morale, leçon de morale.

    • Une morale nue apporte de l'ennui ;Le conte fait passer le précepte avec lui La Fontaine, Fabl. VI, 1
    • Cette théologie n'aura rien de fatigant pour vous, et elle me donnera lieu d'entrer dans les morales les plus édifiantes Bourdaloue, 9e dim. après la Pentecôte, Dominic. t. III, p. 143
    • On fait apprendre les fables de la Fontaine à tous les enfants, et il n'y en a pas un seul qui les entende ; quand ils les entendraient, ce serait encore pis, car la morale en est tellement mêlée et disproportionnée à leur âge, qu'elle les porterait plus au vice qu'à la vertu J.-J. Rousseau, Ém. II
    • La morale d'un ouvrage, la leçon de morale qui en résulte.

    • Dans le langage familier, il se dit souvent pour conséquence simplement. La morale de la chose fut que....

  5. 5Réprimande. Son père lui a fait la morale, une morale.

    • Excédés de vos fades leçons, de vos longues morales J.-J. Rousseau, Ém. IV

Étymologie

Moral.

2moral, ale adj. (mo-ral, ra-l')

  1. 1Qui concerne les mœurs. Préceptes moraux. Réflexions morales. Les œuvres morales de Plutarque. Sens, instinct moral.

    • Contes moraux, contes où l'auteur a l'intention de faire ressortir une leçon de morale.

      • Tu fais grand cas des contes moraux.... Oui assurément ; cependant ils ne me paraissent pas tous moraux, à beaucoup près Mme de Genlis, Veillées du château t. III, p. 37, dans POUGENS
    • Vertus morales, celles qui ont pour principes les seules lumières de la raison.

      • Un homme doux qui a su tempérer l'austérité des lois et de la justice... ; un chrétien qui a consacré ses vertus morales et politiques par une piété simple et sincère Fléchier, Lamoignon.
    • Théologie morale, partie de la théologie qui traite des cas et de tout ce qui appartient à la conscience.

    • Folie morale, voy. FOLIE.

  2. 2Qui est conforme aux bonnes mœurs. Ce livre, ce discours est fort moral.

    • Il n'y a rien de si facile que de se donner l'air très moral, en condamnant tout ce qui tient à une âme élevée ; le devoir... peut être dénaturé Mme de Staël, Corinne, XIV, 1
  3. 3En parlant des personnes, qui a des mœurs, une conduite conformes à la morale. Un homme moral. Un écrivain moral.

    • Substantivement.

      • Horace, tantôt le débauché, tantôt le moral, a dit.... Voltaire, Dict. phil. Tonnerre.
  4. 4Qui, dans l'être humain, est du ressort de l'âme, par opposition à ce qui est du ressort du physique. Les facultés morales. Le mal moral. Le monde moral. Sciences morales. Ce mot s'emploie au sens moral dans beaucoup d'acceptions.

    • Pour connaître l'homme qu'on appelle moral, il faut surtout avoir vécu et réfléchi Voltaire, Dictionn. phil. Homme.
    • Nos maux moraux sont tous dans l'opinion, hors un seul, qui est le crime, et celui-là dépend de nous ; nos maux physiques se détruisent ou nous détruisent J.-J. Rousseau, Ém. II
    • Les choses qu'on nomme morales ne sauraient être ramenées au calcul Bonnet, Paling. XI, 8
    • Dans l'interprétation de l'Écriture sainte, on distingue le sens littéral, le sens moral, le sens allégorique, etc.

    • Action morale, l'action d'un agent capable de choisir et de refuser librement, au lieu que l'action physique n'est qu'une action aveugle de la nature.

    • Terme de philosophie. Certitude morale, certitude fondée sur des témoignages ordinaires, tels que le récit d'autrui, l'expérience et les règles ordinaires de la sagesse. Il est opposé à certitude physique.

    • On dit, dans un sens analogue, impossibilité morale.

      • Les marchands faisant leur déclaration d'un grand nombre de vaisseaux de différentes espèces, il se trouvera toujours dans une impossibilité morale de faire une réduction juste, Arrêt du conseil d'État, 25 sept. 1688
  5. 5S. m. Le moral, l'ensemble de nos facultés morales. Le physique influe sur le moral, et le moral sur le physique.

    • Nous ne sommes donc jamais trop vieux si notre moral n'est pas trop jeune Buffon, Probabilités de vie.
    • Si le physique va trop bien, le moral se corrompt J.-J. Rousseau, Ém. II
  6. 6Fermeté à supporter les périls, les fatigues, les difficultés. Son moral s'est relevé. Remonter le moral d'une armée.

  7. 7Ce qu'il y a de moral en quelque chose.

    • Qu'est-ce en effet que le moral de l'amour ? la vanité Buffon, Disc. nat. anim. Œuvres, t. V, p. 353

Étymologie

Provenç. et esp. moral ; ital. morale ; du lat. moralis, qui vient de mos, moris (voy. MŒURS).

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander