1stylé, ée adj. (sti-lé, lée)
-
Terme d'histoire naturelle. Qui est muni d'un style, d'un long style.
Terme d'histoire naturelle. Qui est muni d'un style, d'un long style.
Tant ces nouveaux réformateurs avaient de peine à se contenter, et tant ils étaient peu stylés à enseigner précisément ce qu'il fallait croireBossuet, Variat. préface.
Elle était si stylée à plaire aux hommes, qu'elle trouva le secret de charmer encore celui-làLesage, Gil Blas, v. 1
Des hommes, des chevaux, des chiens tous exercés, stylés, qui, par leurs mouvements, leurs recherches et leur intelligence, doivent concourir au même but [dans la chasse]Buffon, Quadrup. t. II, p. 17
1Terme d'antiquité. Poinçon en métal, en ivoire, en os pointu par un bout et aplati par l'autre, avec lequel les anciens, dès l'origine de l'écriture, ont tracé leurs pensées sur la surface de la cire ou de tout autre enduit mou.
Je le voyais, un style ou poinçon à la main, suivre à plusieurs reprises les contours des lettres que son maître avait figurées sur des tablettesBarthélemy, Anach. ch. 26
Le bout aplati servait à effacer ; et retourner le style signifiait effacer, corriger.
2Terme de gnomonique. Tige qui produit l'ombre dans les gnomons et les cadrans solaires.
3Terme de botanique. Partie du pistil ordinairement placée au sommet de l'ovaire et portant le stigmate.
Terme de zoologie. Filet du balancier des diptères.
4Par métonymie de l'instrument employé pour écrire à l'écriture elle-même, le langage considéré relativement à ce qu'il a de caractéristique ou de particulier pour la syntaxe et même pour le vocabulaire, dans ce qu'une personne dit, et surtout dans ce qu'elle écrit.
Ne quittez jamais le naturel, votre tour s'y est formé, et cela compose un style parfaitMme de Sévigné, 19
Vos chansons m'ont paru jolies, j'en ai reconnu les stylesMme de Sévigné, 19
Je trouvai l'autre jour une lettre de vous.... vous aviez dix ans.... il y a déjà du bon style à cette lettreMme de Sévigné, 221
C'est une fort plaisante chose de trouver dans mes lettres des nouvelles de la cour ; elles avaient le style des gazettes, car il y avait aussi des articles de Copenhague et d'OldembourgMme de Sévigné, 444
Sa fille est malade ; elle en reçoit pourtant des lettres, mais d'un style qui n'est point fait : ce sont des chères mamans, et des tendresses d'enfant, quoiqu'elle ait vingt ansMme de Sévigné, 23 octobre 1675
Mandez-moi bien de vos nouvelles ; je vous écris en détail ; car nous aimons ce style, qui est celui de l'amitiéMme de Sévigné, 1er déc. 1690
Mais revenons à nos moutons, car vous voulez des détails, et il me semble que vous m'avez écrit autrefois que c'était le style de l'amitiéCOULANGES, dans SÉV. t. x, p. 179, édit. RÉGNIER
C'est lui [Tertullien] qui, par son style ou ferme ou dur comme on voudra l'appeler, enfonce le plus ses traitsBossuet, 6e avert. 87
Faire parler en même temps avec Moïse tant d'hommes de caractère et de style différentBossuet, Hist. II, 13
J'y ai joint [à une nouvelle édition] cinq épîtres nouvelles.... elles sont de même style que mes autres écrits, et j'ose me flatter qu'elles ne leur feront point de tortBoileau, 4e préface.
Régnier.... Dans son vieux style encore a des grâces nouvellesBoileau, ib. II
Capys qui s'érige en maître du beau style...La Bruyère, I
Je ne sais si l'on pourra jamais mettre dans les lettres plus d'esprit, plus de tour, plus d'agrément et plus de style que l'on en voit dans celles de Balzac et de VoitureLa Bruyère, I
L'on écrit régulièrement depuis vingt années : l'on est esclave de la construction, l'on a enrichi la langue de nouveaux mots, secoué le joug du latinisme et réduit le style à la phrase purement françaiseLa Bruyère, I
Un style grave, sérieux, scrupuleux, va fort loinLa Bruyère, I
Comme un particulier se peint dans son discours, ainsi le style dominant est quelquefois une image des mœurs publiquesRollin, Traité des Ét. t. I, Disc. prélim. p. 91, dans POUGENS.
Avant que de se mettre à la composition d'un ouvrage, il faut avoir travaillé à se faire un style ; rien de plus utile pour cela que de traduireD'OLIVET, Hist. Acad. t. II, p. 197, dans POUGENS
Il [Zadig] n'a point le bon style oriental ; Zadig se contentait d'avoir le style de la raisonVoltaire, Zadig, 7
Un des plus grands défauts des ouvrages de ce siècle, c'est le mélange des styles, et surtout de vouloir parler des sciences comme on en parlerait dans une conversation familièreVoltaire, Mél. litt. Cons. à un journal.
Ce n'est pas qu'il n'y ait quelquefois un grand art, ou plutôt un très heureux naturel, à mêler quelques traits d'un style majestueux dans un sujet qui demande de la simplicité ; à placer à propos de la finesse et de la délicatesse dans un discours de véhémence et de forceVoltaire, ib. Dict. phil. Style, 1
Le style élégant est si nécessaire que, sans lui, la beauté des sentiments est perdue ; il suffit seul pour embellir les sentiments les moins nobles et les moins tragiquesVoltaire, ib.
Le style rend singulières les choses les plus communes, fortifie les plus faibles, donne de la grandeur aux plus simplesVoltaire, ib.
La force de votre style qui ne perdra rien par la sagesse de votre espritVoltaire, Lettr. Servan, 27 sept. 1769
Parlez-moi des Lettres provinciales ! quoi ! vous louez Fénelon d'avoir de la variété ? si jamais homme n'a eu qu'un style, c'est lui : c'est partout TélémaqueVoltaire, Lett. d'Olivet. 6 janv. 1736
Les idées seules forment le fond du style ; l'harmonie des paroles n'en est que l'accessoire, et ne dépend que de la sensibilité des organesBuffon, Disc. récept.
Le style n'est que l'ordre et le mouvement qu'on met dans ses penséesBuffon, ib.
Le style est l'homme mêmeBuffon, ib.
L'accord entre le sujet, la fin et les moyens fait toute la beauté du styleCondillac, Art d'écr. IV, 5
Le style des ouvrages didactiques demande qu'ordinairement les phrases en soient courtes ; il veut encore qu'il y ait entre elles une gradation sensibleCondillac, ib. IV, 2
Style se dit des qualités du discours plus particulières, plus difficiles et plus rares, qui marquent le génie ou le talent de celui qui écrit ou qui parleD'ALEMBERT, Mél. litt. Œuv. t. III, p. 198
Il [Fontenelle] a eu, comme tous les bons écrivains, le style de sa penséeD'ALEMBERT, Œuv. t. VI, p. 13
Ces jeunes gens qui croient prendre le style de M. de Voltaire en suivant son orthographeJ.-J. Rousseau, Dict. de mus. Reprise.
Exprimer sa pensée avec le moins de mots et le plus de force qu'il est possible, voilà le style austère et graveMarmontel, Œuv. t. x, p. 217
Le style de l'histoire doit être simple avec dignité, et d'un ton naturel également éloigné de l'affectation et de la négligence, de l'enflure et de la bassesseMarmontel, ib. t. VIII, p. 126
Le haut style est partout le même, parce qu'il est partout étranger à l'usage, et qu'il est pris dans l'analogie des images avec les idées, laquelle est à peu près la même dans tous les pays et dans tous les tempsMarmontel, ib. t. VII, p. 410
" Le style du président de Montesquieu ! " disait, il y a quelque temps, avec dédain M. de Buffon ; mais Montesquieu a-t-il un style ? " N'aurait-il pas mérité qu'on eût osé lui répondre : Il est vrai, Montesquieu n'a eu que le style du génie, et vous, monsieur, vous avez le génie du styleGRIMM, Corresp. février 1788
On annonçait [vers 1825] que le grand style, le vrai style, le suprême style allait naître, style à ciselures, style chatoyant et miroitantREYBAUD, Jér. Paturot, I, 1
Tous les paysans ont du styleTÖPFFER, cité par SAINTE-BEUVE, Moniteur, 16 août 1853
Du même style, sans changer de ton.
Prendre même style, être sur le même ton.
Se mettre sur le haut style, parler d'un ton ampoulé.
Madame .... ce n'est point mon dessein de vous cajoler, ni de me mettre sur le haut styleGuez de Balzac, liv. VII, lett. 22
Quel diable de jargon entends-je ici ? voici bien du haut styleMolière, Préc. 5
Les trois styles, le simple, le tempéré et le sublime.
Style magnifique, celui dont la grandeur vient de la pompe et de l'éclat des expressions.
Style sublime, style dont la grandeur vient de celle des pensées, que la simplicité de l'expression fait surtout ressortir.
Style barbare, manière d'écrire grossière et incorrecte.
Il n'a point de style, il n'a point une manière d'écrire qui soit à lui, et aussi il écrit sans art.
Les finesses, les grâces du style, certains arrangements, certains tours qui donnent de la grâce, de la finesse au style.
Rien de plus difficile que les grâces ; celles du style consistent dans l'aisance, la souplesse, la variété de ses mouvements, et dans le passage naturel et facile de l'un à l'autreMarmontel, Œuv. t. x, p. 221
Style de l'Écriture, les expressions, les formes de langage usitées dans la Bible.
Style du palais, les formules selon lesquelles on dresse les actes judiciaires.
Style de palais, les termes dont on ne se sert que dans les procédures et les plaidoiries.
On dit de même : style de pratique, style de notaire, style de chancellerie, etc.
On dit, en langage de pratique, clause de style, pour clause que les notaires mettent par habitude dans leurs actes, sans que cela tire à conséquence spéciale.
Fig.
Qui ne sait que, dans le maudit pays où nous écrivons [la France], ces sortes de phrases sont de style de notaire, et ne servent que de passe-port aux vérités qu'on veut établir d'ailleurs ?D'Alembert, Lett. à Voltaire, 10 oct. 1764
Fig. Réduire en style, réduire en vaines formules.
Il y a des conjonctures dans lesquelles on réduit en style l'obéissance réelle que l'on doit aux roisRetz, 2, 140
Ce n'est qu'un style, ce n'est qu'une simple formule.
C'est avec Auguste qu'il n'y a plus de mesure ; le sénat lui décerne l'apothéose de son vivant ; cette flatterie devient le tribut ordinaire payé aux empereurs suivants ; ce n'est plus qu'un styleVoltaire, Dict. phil. Flatterie.
5Terme de beaux-arts. Caractère de la composition et de l'exécution. Cette peinture est de bon style.
Ayez d'abord la pensée, et vous aurez du style aprèsDiderot, Salon de 1767, Œuv. t. XV, p. 45, dans POUGENS
On sait que le style idéal était consacré aux dieux ; le style héroïque venait ensuite ; puis le style historique et le style athlétiqueQUATREMÈRE DE QUINCY, Instit. Mém. hist. et litt. anc. t. IV, p. 208
Les mêmes disproportions qui régnaient au dehors de l'édifice [église gothique] se faisaient remarquer au dedans ; mais ces défauts étaient rachetés par le style hardi des voûtes et l'effet religieux de leurs ombresChateaubriand, Mart. liv. v.
Il se dit de la danse dans le même sens.
Si j'étais chargé de la conduite d'un jeune danseur en qui j'aurais aperçu de l'intelligence, quelque amour pour la gloire et un véritable talent, je lui dirais : commencez par avoir un style, mais prenez garde que ce style soit à vousCAHUSAC, Dans. anc. et mod. III, 4, 8
Absolument. Style l'art d'ennoblir le vrai, et de l'achever en le revêtant d'une apparence nettement caractéristique.
Style s'emploie aussi pour désigner le style grec, c'est-à-dire la grandeur obtenue par la simplicité des détails.
Caractère général des œuvres des artistes d'une même époque.
Particulièrement, caractère général des œuvres d'un artiste. Ce tableau est dans le style de tel maître.
On avertirait bien les jeunes peintres de ne pas imiter Antoine Coypel, parce qu'avec du mérite il avait un style vicieux, mais ....LEVESQUE, Instit. Mém. litt. et beaux-arts, t. I, p. 416
6La manière de procéder en justice (sens qui a vieilli). Le style du parlement. Le style des finances. Style de la cour de Rome. Le style du Châtelet.
7Manière d'envisager ou de présenter des choses, façon d'agir.
Laissons ce style [parlons d'autre chose]Molière, Éc. des f. I, 6
Je suis devenu là-dessus savant à mes dépens et connais le style des noblesMolière, G. Dand. I, 1
Il n'y a rien de tel que d'être insolent .... j'ai toujours haï ce style ; mais, s'il réussit, il faut changer d'avisMme de Sévigné, 22 janvier 1674
Je crus voir à Lambesc que le plaisir.... des Provençaux était d'animer, de brouiller .... ah fi ! quittez ce style de province et de ProvenceMme de Sévigné, 7 janv. 1689
Et si vous prenez le chemin de dire : qu'est-ce que cent écus plus ou moins ? ce style fait bien voir du paysMme de Sévigné, à Mme de Grignan, 12 févr. 1672
C'est [M. de Lavardin] le moins lâche et le moins courtisan que j'aie jamais vu ; vous aimeriez bien son style dans de certains endroitsMme de Sévigné, 16 oct. 1675
Les jésuites criaient contre Pascal, et l'eussent appelé pamphlétaire, mais le mot n'existait pas encore ; ils l'appelaient tison d'enfer, la même chose en style cagotPaul-Louis Courier, Pamphl. des pamphl.
8Vieux style, ancien style, manière de compter dans le calendrier (il retardait de dix jours) avant sa réformation par Grégoire XIII ; nouveau style, la manière dont on compte depuis cette réformation.
Quatre dominicains furent brûlés le dernier mai 1509, ancien styleVoltaire, Mœurs, 129
Les Anglais ont adopté le nouveau style en 1752, après l'avoir rejeté pendant 170 ans ; l'Europe entière l'a reçu, à l'exception de la Russie, qui seule s'y refuse encoreBAILLY, Hist. ast. mod. t. I, p. 396
Vieux style se dit aussi de l'ère chrétienne, par opposition à l'ère républicaine commencée le 22 septembre 1792.
Provenç. estil ; espagn. estilo ; ital. stile ; du lat. stylus, proprement poinçon, puis style, qui vient du grec στῦλος, colonne, pointe, poinçon, rattaché à στύω, ériger, qui tient à sthā, stare, être debout.
STYLE. Ajoutez : - REM. Chateaubriand a employé style dans son premier sens grec (colonne) : Juste au milieu de ces styles, s'élève une troisième colonne, Mém. d'outre-tombe, éd. de Bruxelles, t. VI, Architecture vénitienne, Antonio. Cela est tout à fait inusité.
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander