tenir v. a. (te-nir)
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1Avoir à la main ou entre les mains.
L'autre [enfant] sortit aussitôt [du sein de sa mère], et il tenait de sa main le pied de son frère ; c'est pourquoi il fut nommé Jacob
Saci, Bible, Genèse, XXV, 25- Ne tiens-je pas une lanterne en main ? Molière, Amph. I, 2
En vain Monsieur, en vain le roi même tenait Madame serrée par de si étroits embrassements
Bossuet, Duch. d'Orl.Où me cacher ? fuyons dans la nuit infernale ; Mais que dis-je ? mon père y tient l'urne fatale
Racine, Phèdre, IV, 6Ce qu'on ne s'imaginerait pas, il [La Fontaine] faisait ses délices de Platon et de Plutarque ; j'ai tenu les exemplaires qu'il en avait
D'OLIVET, Hist. Acad. t. II, p. 340, dans POUGENSIl [Charles XII] tenait lui-même sa jambe avec les deux mains, regardant les incisions qu'on lui faisait, comme si l'opération eût été faite sur un autre
Voltaire, Charles XII, 4- Que diable aussi, l'on tient ce qu'on tient Beaumarchais, Barb. de Sév. I, 3
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Fig.
Rendre les papes assez puissants pour tenir en maîtres la balance de l'Italie
Voltaire, Mœurs, 183
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Fig. Tenir en ses mains, avoir en sa puissance.
- Dieu tient le cœur des rois entre ses mains puissantes Racine, Esth. I, 1
- Vous tenez dans vos mains plus d'une destinée Voltaire, Orphel. v, 4
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On dit de même : tenir en sa puissance.
- Je tiens le fils des rois, le vôtre, en ma puissance Voltaire, Orphel. v, 4
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Se tenir, tenir à soi. Il se tenait la tête dans ses mains.
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Familièrement. Se tenir les côtes, et, plus rarement, les côtés de rire, rire démesurément.
On rit beaucoup à Versailles de la conversation du roi avec le marquis Simon le Franc ; on en aurait ri sous Louis XI ; comment voulez-vous qu'on ne se tienne pas les côtes sous Louis XV, le plus indulgent et le plus aimable des souverains ?
Voltaire, Lett. Damil. 11 mars 1763Je quitte la plume pour me tenir les côtés ; il faut que je satisfasse mon envie de rire
LETOURNEUR, Cl. Harlowe, Lett. 99
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Terme de jeux. Tenir les cartes, les mêler et les donner ensuite.
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Fig. Cet homme tient le bon bout, il est nanti, il a ses sûretés.
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Fig. Tenir le fil d'une intrigue, en avoir saisi le nœud, le secret.
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Au jeu de dés, tenir les dés, avoir le cornet en main, avoir la main pour jeter les dés.
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Fig. Tenir le dé dans la conversation, être, dans une conversation, celui qui la dirige et qui a la parole.
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Fig. Tenir la plume, faire les fonctions de secrétaire.
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Cet homme tient bien ce qu'il tient, il n'est pas facile de lui faire lâcher prise, et aussi il est avare.
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Fig. Il ne tient rien, se dit d'un homme qui manque à réussir en quelque chose.
- Et, quand il a goûté d'un si doux entretien,Je puis dire dès lors que je ne tiens plus rien Corneille, la Suiv. II, 7
Tu me dis des injures exprès pour voir si je me mettrai en colère ; mais tu ne tiens rien
BOURSAULT, Lett. nouv. t. III, p. 169, dans POUGENSPrenez-la dans l'emportement, ou vous ne tiendrez rien
BARON, Homme à bon. fort. III, 1Si vous jouez toujours votre personnage aussi mal, nous ne tenons rien
Marivaux, l'Heur. stratag. I, 13
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En un sens analogue.
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Absolument. Tiens, tenez, prends, prenez.
- Tiens, voilà de quoi vaincre et taureaux et gens d'armes Corneille, Tois. d'or, IV, 4
- Tiens, tiens, sans y chercher plus de façon, voilàTon beau galant de neige avec ta nonpareille Molière, Dép. IV, 4
- Tiens, perfide, regarde et démens cet écrit Racine, Baj. v, 4
Il [Rosimond] retourna chercher la fée dans les bois : Tenez, lui dit-il, votre anneau
Fénelon, t. XIX, p. 29, Rosimond et Braminte.
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Se dit aussi à une personne que l'on frappe, qui subit quelque mauvais traitement.
- Tiens, tiens, voilà le coup que je t'ai réservé Racine, Andr. v, 5
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Il s'emploie uniquement pour attirer l'attention. Tenez, je vais tout vous dire.
- Tenez, tous vos discours ne me touchent point l'âme,Horace avec deux mots en ferait plus que vous Molière, Éc. des fem. v, 4
Tenez, cet animal, qui débute par me dire une injure
Marivaux, Serm. indiscr. I, 3
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Familièrement. Tiens ! je ne m'y attendais pas.
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Il se dit quelquefois avec le sens de : voyez. Tenez, le voilà qui passe dans la rue.
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2Tenir quelqu'un, le retenir, contenir, soutenir. Tenir quelqu'un par le bras, par le corps. Tenir un enfant par la lisière.
- Ah ! c'est à ce coup que nous te tenons, pendard HAUTER., Cocher, sc. 19
- Je te tiens écumant sous mon talon de fer ! Victor Hugo, Ruy Blas, v, 3
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Fig. Tenir quelqu'un par les lisières, le gouverner comme un enfant.
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Tenir par la main, prendre avec sa main la main, le bras de quelqu'un. Elle tenait son enfant par la main.
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Tenir quelqu'un à la gorge, voy. GORGE.
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Fig. Tenir quelqu'un au cul et aux chausses, voy. CHAUSSES.
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Fig. Tenir quelqu'un le bec dans l'eau, voy. BEC.
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Fig. Tenir quelqu'un, quelque chose dans sa manche, voy. MANCHE 2, n° 1.
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Fig.
Tenir quelqu'un de court, ne pas laisser de liberté L'évêque de Chartres n'aimait pas les jésuites, les tenait de court et bas
Saint-Simon, 78, 13
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Fig. Tenir de près, surveiller avec soin.
J'ai élevé votre sœur, je suis sans inquiétude, je l'ai tenue de si près
Mme de Genlis, Théât. d'éduc. la Cloison, sc. 8
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Il faut le tenir à quatre, se dit d'un fou, d'un furieux qui ne peut être contenu que par les efforts de plusieurs hommes réunis.
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Fig. Il faut le tenir à quatre, se dit d'un homme emporté dont il est difficile d'empêcher les violences.
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Fig. Se faire tenir à quatre, faire le difficile dans une affaire, dans un accommodement. Fig. Ne pas se faire tenir, être tout disposé à.
- Et pour Junon qui fait la folle,Et se fait à quatre tenir,Vous la verrez bien revenir Scarron, Virg. I
- Bartholomé, ayant ses hontes bues,Ne se fit pas tenir pour demeurer La Fontaine, Calend.
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Fig. Je tiens mon homme, je le tiens, je l'ai amené dans le piége, il ne peut plus m'échapper.
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Tenir un enfant sur les fonts, ou, simplement, tenir un enfant, le présenter au baptême, en être le parrain ou la marraine.
Le Dauphin [Charles VIII] fut tenu sur les fonts par Charles de Bourbon, archevêque de Lyon, et par Jeanne de France, duchesse de Bourbon
Duclos, Œuv. t. II, p. 416Le directeur de la douane s'avisa de me prier de lui tenir un enfant
J.-J. Rousseau, Conf. v.
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Fig. Tenir quelqu'un sur les fonts, voy. FONTS.
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Fig. Tenir quelqu'un sur le tapis, voy. TAPIS.
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3Terme de manége. Tenir un cheval, le maintenir dans les différents exercices auxquels on le soumet. Tenir un cheval en bride, en talons.
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Fig. Tenir quelqu'un en bride, l'assujettir, l'arrêter, le conduire malgré lui.
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Tenir un cheval dans la main, en être toujours le maître.
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Tenir la main, tirer la bride.
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Tenir les hanches, faire marcher par des pas de côté, en sorte que la jambe de dehors chevauche sur celle de dedans.
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Tenir les chevaux au filet, les attacher avec un filet dans la bouche pour les empêcher de manger.
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Fig. Tenir quelqu'un au filet, voy. FILET, n° 2.
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Tenir la bride haute, tenir la bride de manière à empêcher le cheval de se livrer à son ardeur.
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Fig.
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Terme de courses. Tenir la corde, faire courir son cheval le plus près possible de la corde qui détermine l'hippodrome, ce qui est un avantage, et fig. avoir l'avantage, être supérieur.
Pour me servir d'une comparaison de jockey, mon rival avait l'avance et tenait la corde
CH. DE BERNARD, Un acte de vertu, § VI
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4Posséder, occuper. Tenir un pays en souveraineté. Tenir une terre en fief.
Ces autres peuples des Indes qui tiennent un pays vaste et inhabité
Vaugelas, Q. C. 539Elle marche comme un général à la tète d'une armée royale, pour traverser des provinces que des rebelles tenaient presque toutes
Bossuet, Reine d'Anglet.- Nos seigneurs les castors tenant le CanadaSe piquent d'être un peuple libre LA MOTTE, Fabl. III, 6
Sextus Pompée tenait la Sicile et la Sardaigne
Montesquieu, Rom. 13L'Église y trouvait cet avantage, que ceux qui avaient reçu de ces biens [pris sur elle] ne les tenaient plus que d'une manière précaire
Montesquieu, Esp. XXXI, 11Ce fut alors que saint Pierre vint établir son siége à Rome, après l'avoir tenu sept ans à Antioche
CONDILL., Hist. anc. XV, 5
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Cet officier, ce commandant tient telle ville, telle place de guerre pour le service de tel prince, il y commande, il la garde pour les intérêts de ce prince.
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Cela se dit surtout en temps de troubles, de droits contestés. Il se jeta dans la place, et la tint pour le roi.
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Tenir une terre par ses mains, la faire valoir soi-même, au lieu de l'affermer.
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Tenir une terre à foi et hommage de quelqu'un, posséder une terre qui relève de quelqu'un.
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Absolument. Tenir de quelqu'un à cause de quelque terre. Il tenait de tel seigneur.
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5Occuper, remplir, en parlant de l'espace. Il tient en voiture la place de deux personnes. L'armée tenait deux lieues de pays. Ces tableaux tiennent trop de place. Les épisodes tiennent la moitié de ce poëme.
Il tient le milieu en se promenant avec ses égaux
La Bruyère, VI
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Il se dit aussi du temps.
J'ai lu la Vie de M. d'Épernon, qui tient presque un siècle
Mme de Sévigné, 27 avril 1689
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Fig. Tenir lieu d'une personne, d'une chose, la remplacer.
- Vous qui me tenez lieu d'Agrippe et de Mécène Corneille, Cinna, II, 1
Tous les hommes, de quelque condition qu'ils soient, nous tiennent lieu de prochain
Bourdaloue, Exhort. sur l'observ. des règles, t I, p. 225- Une servile peur tint lieu de charité,Le besoin d'aimer Dieu passa pour nouveauté Boileau, Lutr. VI
- Vous à qui cependant je consacre mes jours,Muses, tenez-moi lieu de fortune et d'amours Piron, Métrom. v, 12
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6Tenir une maison, un appartement, occuper une maison, un appartement, y loger.
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Tenir le lit, tenir la chambre, demeurer dans son lit, dans sa chambre.
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Terme de pratique. Tenir prison, demeurer en prison.
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7Occuper militairement.
Il destina les gros navires à tenir le fleuve, et à tomber avec impétuosité sur les ennemis
Fléchier, Hist. de Théodose, III, 64
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Tenir la campagne, voy. CAMPAGNE n° 1.
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8Terme de marine. Tenir la mer, rester à la mer, en naviguant sans relâche.
Nous passâmes deux mois à tenir la mer
Mém. Villette-Mursai, dans JALMylord Herbert a attaqué M. de Gabaret, qui tenait la haute mer avec une partie de notre flotte
Mme de Sévigné, 25 mai 1689
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Tenir la mer, être maître de la mer.
Les Romains tenant la mer, il n'était plus possible d'envoyer ni vivres, ni secours aux armées de Sicile
Rollin, Hist. anc. Œuv. t. I, p. 340, dans POUGENSIl restait aux Suédois une armée navale avec laquelle ils tenaient la mer
Voltaire, Russie, II, 5
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Tenir la côte, la ranger de près.
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Tenir le large, naviguer à une certaine distance de la côte.
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Tenir le plus près, naviguer au plus près du vent.
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On disait autrefois : tenir au plus près.
Ils [les ennemis] tenaient au plus près du vent, pour tâcher de nous le regagner
Mém. de Villette, dans JAL
-
Tenir le vent, synonyme de tenir le plus près.
Les Français ont presque tout fait [à une bataille navale contre les Hollandais], y ayant eu cinquante vaisseaux anglais qui n'ont fait que tenir le vent
PELLISSON, Lett. hist. t. I, p. 198En partant de l'Ascension, je tins le vent pour ranger les côtes du cap Vert d'aussi près qu'il me serait possible
BOUGAINVILLE, Voy. t. II, p. 407
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Tenir la cape, c'est rester à la cape pendant un certain temps.
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Tenir un objet, un autre bâtiment par son travers, le laisser sur le côté.
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Tenir deux objets l'un par l'autre, apercevoir deux objets sur une même ligne.
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Tenir un bâtiment, n'être point gagné de vitesse par lui.
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Tenir sous son pavillon, tenir ralliés autour du vaisseau que l'on commande et sur lequel est arbore le signe distinctif de son commandement, les navires que l'on escorte, le convol que l'on est chargé de protéger.
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Tiens bon ! tiens bon, là ! commandement à des hommes qui agissent sur un cordage, sur un cabestan, etc. de suspendre leurs efforts, ou, selon les cas, d'amarrer le cordage dont il s'agit sans en rien lâcher.
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9Avoir dans sa composition.
En général, les mines de plomb tiennent presque toutes une petite quantité d'argent
Buffon, Min. t. v, p. 255Les mines de cuivre tenant argent sont bien plus communes que celles qui contiennent de l'or
Buffon, ib. p. 72
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10Contenir, renfermer, ou être susceptible de contenir, de renfermer. Cette salle tient mille personnes. Cette bibliothèque tient mille volumes.
Tenir pour pouvoir soutenir est fort nouveau en notre langue ; on ne le voit point dans les anciens auteurs ; et en effet on ne trouve point tenir en cette manière dans le Dictionnaire de Nicod
Vaugelas, Nouv. Rem Observ. de M.***, p. 95, dans POUGENS
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Ce baril, ce seau tient bien le vin, l'eau, le vin, l'eau qu'on y met ne s'enfuit point.
Un mastic avec lequel j'ai fait enduire, il y a trente-six ans, un assez grand bassin au jardin du roi, qui depuis a toujours tenu l'eau
Buffon, Min. t. III, p. 14
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Fig. et familièrement. Tenir beaucoup de vin, boire beaucoup sans devenir ivre.
- Vous mettez votre gloire à tenir bien du vin Regnard, le Distr. I, 6
Il [Vaillac] tenait beaucoup de vin, enivrait la compagnie et s'enivrait après
Saint-Simon, 182, 191
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11Occuper certains lieux, exercer certains métiers, certaines professions pour l'utilité ou la commodité du public. Tenir boutique. Tenir pension. Tenir une auberge. Tenir une académie d'équitation.
On eût dit presque qu'il imitait les anciens gymnosophistes qui menaient leurs disciples dans les déserts où ils tenaient leur école
Fontenelle, Tournefort.
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Tenir école, être à la tête d'une école, enseigner.
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Fig.
Rousseau [Jean-Baptiste].... écrivit que j'étais venu en Hollande prêcher contre la religion, que j'avais tenu école de déïsme chez M. 'SGravesende
Voltaire, Lett. en vers et en prose, 52
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Tenir des marchandises, avoir un assortiment de certaines marchandises, en vendre.
Tenez-vous de la mercerie ? Madame sera contente, je l'espère : vous aussi, mesdames ; je tiens de tout et à bon compte
PICARD, Manie de briller, II, 13
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12Tenir maison, voy. MAISON, n° 15.
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Tenir table, voy. TABLE, n° 7.
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13Mettre, garder en quelque lieu. Il tient son argent en son cabinet. Il faut tenir cela à la cave, dans le garde-manger. On le tient en prison.
- Qu'on la tienne en lieu sûr, en attendant sa mère Corneille, Héracl. IV, 2
Il faut tenir la couveuse [faisane] dans un endroit éloigné du bruit et un peu enterré, afin qu'elle y soit plus à l'abri des inégalités de la température et des impressions du tonnerre
Buffon, Ois. t. IV, p. 83
-
Cet homme tient sa femme à la campagne, dans un couvent, il l'oblige de demeurer à la campagne, dans un couvent.
Depuis deux ans mon oncle me tient éloigné du monde, dans ce triste château
PONT DE VESLE, Somnamb. SC. I
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Il tient son fils dans un collége, au collége, il l'a mis au collége, afin qu'il étudie.
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Tenir des écoliers en pension, les avoir en pension chez soi.
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Tenir quelqu'un chez soi, le loger chez soi, lui donner sa table.
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Tenir quelqu'un, l'avoir près de soi, sous sa main.
- Et, puisque je vous tiens, vous souperez ici Régnier, Sat. x.
Ah ! si nous le tenions ici, que je prendrais de joie à venger, sur son dos, tous les pas inutiles que sa jalousie nous fait faire !
Molière, Sicil. 5
-
Ce prince tient un ambassadeur, un résident auprès de tel prince, dans telle cour, il entretient un ambassadeur, un résident, etc.
-
Tenir une garnison dans une ville, y entretenir une garnison. Tenir garnison dans une ville, y être en garnison.
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On dit en un sens analogue : tenir des troupes en un lieu.
Tous les lieux où il [Louis XIV] est obligé de tenir des troupes
PELLISSON, Lett. hist. t. II, p. 8
-
14Avoir autorité sur certaines choses.
- Pouvions-nous le surprendre, ou forcer les cohortesQui de jour et de nuit tiennent toutes ses portes ? Corneille, Héracl. IV, 6
- Songez-vous que je tiens les portes du palais ? Racine, Baj. II, 1
-
Fig.
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15Faire qu'une personne ou une chose demeure dans un certain état, dans une certaine situation. Il nous a tenus debout pendant deux heures. Tenir les esprits en suspens. Tenir quelqu'un en échec.
Qui.... Tinrent fidèlement mon enseigne debout
Régnier, Épît. I- Mais une juste peur tient son âme effrayée Corneille, Cinna, II, 1
- Tenez toujours divisés les méchants La Fontaine, Fabl. VII, 8
- Henriette me tient sous son aimable empire Molière, Fem. sav. I, 4
Je vous ai mandé tout ce que je savais pour vos jambes ; si vous ne les tenez chaudement, vous ne serez jamais soulagée
Mme de Sévigné, 382C'était le dessein d'avancer dans cette étude de sagesse, qui la tenait si attachée à la lecture de l'histoire, qu'on appelle avec raison la sage conseillère des princes
Bossuet, Duch. d'Orl.Pendant que la nature nous tient si bas, que peut faire la fortune pour nous élever ?
Bossuet, ib.Dieu promet de tenir son peuple dans une durable et parfaite tranquillité
Bossuet, Hist. II, 5Philisbourg qui tint si longtemps le Rhin captif sous nos lois
Bossuet, Louis de Bourbon.Ces lieux sombres et retirés où la honte tient tant de langueurs et de nécessités cachées
Fléchier, Aiguillon.- Mais de nos saints autels qu'elle tienne éloignéeD'un ramas d'étrangers l'indiscrète fureur Racine, Ath. v, 2
Ne point boire trop frais, ni de vin que fort trempé ; du reste vous tenir l'esprit toujours gai
Racine, Lett. à Boileau, 24 mai 1687L'art que j'avais de tenir toujours les hommes dans quelque nouvelle espérance
Fénelon, Dial. des morts mod. Richelieu, Mazarin.Je viens vous tenir un cheval tout prêt, en cas de semblable malheur, afin qu'on ne vous coupe pas la tête
Hamilton, Gramm. 5Afin que l'idée de la présence de Dieu aux pensées les plus secrètes de l'âme obligeât les hommes à tenir leur cœur, non moins que leurs mains, dans une grande pureté
Rollin, Hist. anc. XXVI, 1re part. ch. 1Quelqu'un de ces génies supérieurs qui sont faits pour gouverner les esprits médiocres, et les tenir toujours dans la situation dont on a besoin
Lesage, Turcar. I, 10Pour tenir les grands princes toujours faibles, ils [les Romains] ne voulaient pas qu'ils reçussent dans leur alliance ceux à qui ils avaient accordé la leur
Montesquieu, Rom. 6Les églises se partageaient entre les héritiers ; et, quand elles étaient tenues d'une manière indécente, les évêques n'avaient d'autre ressource que d'en retirer les reliques
Montesquieu, Espr. XXXI, 11J'ai tenu, pendant quarante-huit heures, sept milliers de fonte en fusion dans mon fourneau
Buffon, Min. t. IV, p. 131Vous avez tenu vos amis en peine
J.-J. Rousseau, Ém. v.Il ne faut ni tenir la main fermée ni l'ouvrir tout à la fois ; il faut ouvrir les doigts l'un après l'autre ; la vérité s'en échappe peu à peu, sans faire courir aucun risque à ceux qui la tiennent et qui la laissent échapper
D'Alembert, Œuv. t. IV, p. 88Adieu, mon cher maître : le ciel vous tienne en joie !
D'Alembert, Lett. à Voltaire, 9 janvier 1773
-
Bien tenir, mal tenir sa maison, la bien, la mal administrer.
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Il tient bien sa classe, il y maintient la discipline ; il ne sait pas tenir une classe, il ne sait pas y maintenir la discipline.
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Cette place de guerre tient le pays en respect, tient le pays en crainte, tout le pays est sous la domination de cette place.
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Ce corps de troupes a tenu les ennemis en respect, il était tellement posté que les ennemis n'ont pu faire aucune entreprise.
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Cet emploi tient en sujétion, il ne laisse pas de temps libre.
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Tenez cela secret, gardez le silence là-dessus.
On convint de tenir l'affaire secrète
Marivaux, Marianne, 3e part.Les Chaldéens tenaient leur science secrète pour se faire plus respecter des peuples
Voltaire, Dict. phil. Ciel matériel.
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Familièrement. Il nous a tenu le cas secret, il a affecté de n'en point parler, il en a fait mystère.
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Tenir en exercice, en haleine, exercer souvent.
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Tenir une chose en état, en bon état, la maintenir, l'entretenir.
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16Il se dit de l'ordre où sont placés les hommes et les choses, soit effectivement, soit dans l'opinion. Les livres reliés tiennent le premier rang de ces tablettes. Des bois tiennent le haut du coteau.
- Je t'ai préféré même à ceux dont les parentsOnt jadis dans mon camp tenu les premiers rangs Corneille, Cinna, v, 1
Je me trouve assez de bien pour tenir dans le monde un rang assez passable
Molière, Bourg. gent III, 12Après avoir tenu dans le monde des rangs honorables
Bourdaloue, Myst. Ascens. de J. C. t. I, p. 403Le voilà donc mort, ce grand ministre [Louvois], cet homme si considérable, qui tenait une si grande place
Mme de Sévigné, Lett à de Coulanges, 26 juillet 1691- La reine, qui dans Sparte avait connu ta foi,T'a placé dans le rang que tu tiens près de moi Racine, Iph. I, 1
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Tenir le haut bout, le haut du pavé, occuper le plus haut rang.
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Tenir sa place, figurer avec honneur.
Soyez persuadé que, par mon goût, vous seriez tout le beau premier à la fête [le mariage de Mlle de Sévigné] ; bon Dieu, que vous y tiendriez bien votre place !
Mme de Sévigné, Lett. à Bussy, 7 janv. 1669Par son savoir et ses lumières tenant bien sa place au milieu d'eux
J.-J. Rousseau, Confess. VIII
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On dit de même familièrement : tenir bien son coin.
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Tenir bien son rang, sa place, son poste, occuper dignement l'emploi où l'on est.
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17Terme de musique. Tenir sa partie, la chanter ou la jouer.
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Fig. et familièrement. Tenir bien sa partie, bien remplir les fonctions dont on est chargé.
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Tenir l'orgue.
M. Chauvot, l'habile organiste, tenait le grand orgue
Journ. offic. 19 mars 1870, p. 492, 6e col.
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18Remplir une fonction. Quand le chancelier tenait le sceau.
- Au nom de l'empereur dont vous tenez la place Corneille, Poly. III, 3
Je suis né de parents, sans doute, qui ont tenu des charges honorables
Molière, Bourg. gent. III, 12
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Au théâtre, tenir un rôle, le remplir.
Les autres rôles sont honnêtement tenus, mais pas davantage
FR. SARCEY, Opin. nat. du 20 mai 1867
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19Réunir en séance une assemblée, une compagnie. Tenir audience. C'est dans cette salle que l'Académie tient ses séances. Tenir les plaids. C'est tel président qui tient cette année la chambre des vacations.
- Le lion tint conseil, et dit : mes chers amis.... LA FONT, Fabl. VII, 1
L'écrit portait Qu'un mois durant le roi tiendrait Cour plénière....
LA FONT, ib. VII, 7Il [l'empereur Rodolphe] aimait beaucoup mieux s'instruire avec le fameux Ticho-Brahé que tenir les états de Hongrie et de Bohême
Voltaire, Mœurs, 178Irène.... parla elle-même dans le concile [2e de Nicée] ; c'est le seul qui ait été tenu par une femme
Voltaire, Dict. phil. Conciles.Le roi tient actuellement son lit de justice pour cette belle affaire du parlement et du clergé
D'Alembert, Lett. à Voltaire, 13 déc. 1756
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Tenir chapelle, voy. CHAPELLE.
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Les gens tenant le parlement, se disait, sous l'ancienne monarchie, des membres du parlement.
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Par plaisanterie.
Si j'avais un conseil à donner aux gens tenant la comédie...
Voltaire, Lett. Damilaville, 29 avr. 1765
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20Arrêter, fixer. On ne peut le tenir. Il est fort léger ; on ne sait comment le tenir.
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21Réprimer, empêcher de.
Madame la Dauphine ne put tenir plus longtemps les éclats de rire
Mme de Sévigné, 502- J'ai peine, en le voyant, à tenir ma colère Regnard, le Distr. v, 7
Si vous me promettiez de tenir votre langue, je vous conterais.... mais non ; car vous iriez tout dire
Paul-Louis Courier, 2e lett. particulière.
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Je ne sais qui me tient, je ne sais qui m'empêche de sévir.
- Je ne sais qui me tient, infâme,Que je ne t'arrache les yeux Paul-Louis Courier, Amph. II, 3
- Pour vous conduire au but où pas un ne parvient,Et quand enfin ?... allez ! je ne sais qui me tient Piron, Métrom. II, 4
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22Tenir quelqu'un, être maître de son esprit, de son cœur.
Je suis si attachée à vous, et vous me tenez par tant d'endroits, que je sens plus que les autres la peine de la séparation
Mme de Sévigné, 279Je donnais des plaisirs aux gens débauchés et de la dévotion aux dévots pour les tenir tous
Fénelon, Dial. des morts mod. Henri III, la Duch. de Montpensier.
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23Donner une occupation durant quelque temps. Cette lecture m'a tenu longtemps. J'ai eu une visite qui m'a tenu une heure. Cet avocat a tenu toute l'audience. Je ne vous tiendrai guère. Il nous a tenus deux heures à ne rien faire.
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24Suivre, aller dans, en parlant d'une route, d'une voie. Je l'ai rencontré, il tenait le chemin de Lyon.
Ces marchands faisaient leur route, tenant à peu près le quarantième degré de latitude nord
Montesquieu, Esp. XXI, 16
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Fig.
Il faudra tenir la voie qu'ont tenue tous vos pères [il faudra mourir]
Massillon, Avent, Mort du péch.
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Fig. Tenir un chemin, une route, agir dans une certaine direction.
Le chemin que je tiens pour les expliquer [les questions de Dieu et de l'âme]
Descartes, Médit. préf. 1- Je vais de toutes parts où me guide ma veine,Sans tenir en marchant une route certaine Boileau, Disc. au roi.
- Tout doit tendre au bon sens ; mais, pour y parvenir,Le chemin est glissant et pénible à tenir Boileau, Art p. I
Comme on croit d'ordinaire que la route qu'on a tenue était la seule qu'on devait prendre
Voltaire, Œdipe, lettre 6La meilleure manière d'instruire les autres, c'est de les conduire par la route qu'on a dû tenir pour s'instruire soi-même
Condillac, Conn. hum. II, 2
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Fig. La conduite à tenir en tel cas, la façon dont il faut s'y comporter.
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Tenir une bonne ou une mauvaise conduite, se conduire bien ou mal. Tenir le milieu dans une affaire, prendre un tempérament, un expédient entre deux choses opposées, entre deux extrémités.
Le milieu entre l'ampoulé et le familier est difficile à tenir
Voltaire, Comm. Corn. rem. Héracl. I, 1
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Fig. Tenir le parti de quelqu'un, être de son parti.
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Terme de vénerie. Tenir la voie, suivre bien la voie. Tenir les abois, se dit lorsque l'animal s'arrête au milieu des chiens qui crient dessus.
-
25Observer comme règle.
L'ordre que j'ai tenu en ceci a été tel : premièrement....
Descartes, Méth. VI, 3- Quel temps devons-nous prendre, et quel ordre tenir ? Corneille, Pomp. IV, 1
- Cet empire que tient la raison sur les sensNe fait pas renoncer aux douceurs des encens Molière, Fem. sav. I, 1
-
26Exécuter, effectuer, en parlant de ce qui est promis.
Vous commencez à tenir ce que vous m'avez dit, que vous ne seriez bonne qu'aussi longtemps que la fortune me serait mauvaise
Voltaire, Lett. 50- Et reconnaissez-vous au front de vos amisQu'ils soient prêts à tenir ce qu'ils vous ont promis ? Corneille, Cinna, I, 3
- Un étranger, Fatime, un captif inconnu,Promet beaucoup, tient peu.... Voltaire, Zaïre, I, 1
-
Fig. et familièrement. Sa mine promet peu et tient beaucoup.
Une vogue qui promettait tant et tenait si peu
Hamilton, Gramm. 6
-
Tenir sa parole, sa promesse, y rester fidèle.
Tant s'en faut que les vents aient emporté ma promesse, ils m'ont donné lieu de la tenir ; il y a déjà huit jours qu'ils m'arrêtent ici
Voiture, Lett. 49- Ces hommes du commun tiennent mal leurs promesses Corneille, Nicom. III, 7
- Valère a votre foi ; la tiendrez-vous, ou non ? Molière, Tart. I, 6
- J'ai fait vœu d'être veuve, et je le veux tenir Regnard, le Bal, 4
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Tenir un traité, un marché, une convention, exécuter un traité, un marché, une convention.
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27Persister dans.
Nous nous jurâmes amitié, je la tiendrai toute ma vie à sa famille avec tendresse et reconnaissance
Retz, Mém. t. III, liv. IV, p. 36, dans POUGENS- Elle m'a répondu, tenant son quant-à-moi :Va, va, je fais état de lui comme de toi Molière, le Dép. IV, 2
Vous tenez votre gravité.... démontez votre sérieux
Mme de Sévigné, à Bussy, 9 juin 1669Le roi, tout accoutumé qu'il était à représenter, eut peine à tenir son sérieux
COMTE DE CAYLUS, Féeries, Œuv. t. VIII, p. 238, dans POUGENS
-
Tenir sa colère, persister dans sa colère (locution qui a vieilli).
Les femmes aiment la vengeance ; mais elles ne tiennent pas toujours leur colère
Hamilton, Gramm. 9
-
Tenir sa morgue, affecter d'avoir une mine fière et dédaigneuse.
-
Tenir rigueur à quelqu'un, repousser les avances qu'il fait pour se réconcilier, ou continuer de lui refuser quelque chose.
-
En musique, cet instrument tient l'accord, ne tient pas l'accord, il ne reste pas longtemps accordé. On dit aussi neutralement : il tient, il ne tient pas d'accord.
-
28Il se dit des affections, des passions, des maladies du corps et de l'esprit, qui s'emparent de quelqu'un.
La fièvre et la goutte m'ont tenu longtemps, chacune à leur tour, et je n'en suis pas encore tout à fait dehors
Voiture, Lett. 170- Quelle mauvaise humeur te tient ? Molière, Bourg. gent. III, 10
- Voilà sa folie qui le tient Molière, Méd. malgré lui, I, 6
Dieu vous envoie des secours.... qui devraient bien vous empêcher de vous pendre, si cette envie vous tenait encore
Mme de Sévigné, 490Pour les douleurs, elles tiennent l'âme et le corps ; la vue de Dieu les fait souffrir avec patience.... mais elle ne les adoucit pas
Mme de Sévigné, 4 mai 1672
-
Qu'a-t-il ? qu'est-ce qui le tient ? quel sujet, quelle raison a-t-il d'agir ainsi ?
-
On dit de même : je ne sais ce qui le tient.
-
29Tenir de, être redevable à.
Zéthès, et Calaïs, et Pollux, et Castor, Et le charmant Orphée, et le sage Nestor, Tous vos héros enfin tiennent de moi la vie
Corneille, Méd. II, 2- Rome a reçu des rois ses murs et sa naissance ;Elle tient des consuls sa gloire et sa puissance Corneille, Cinna, II, 1
- Oui, je tiens tout de vous ; et j'avais lieu de croire.... Racine, Bajaz. II, 1
On fait gloire d'être ingrat envers les dieux, de qui on tient la vie et tous les biens qu'elle renferme
Fénelon, Tél. XVIIINous tenons des Arabes, les Arabes des Indiens, et peut-être les Indiens de quelque autre peuple, ces dix caractères 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 0
CONDILL., Lang. calc. I, 15
-
Ceux dont ou de qui je tiens la vie, mon père et ma mère.
-
Ne tenir rien de quelqu'un, ne lui avoir aucune obligation, ne pas dépendre de lui.
-
Tenir une femme de la main de quelqu'un, la recevoir conduite, présentée par lui.
Il épouse, dit-il, Hermione demain ; Il veut, pour m'honorer, la tenir de ma main
Racine, Andr. III, 1
-
Tenir un domestique de la main de quelqu'un, avoir un domestique par l'entremise de quelqu'un.
- Et puis c'est de ma main que l'on tient la soubrette IMBERT, Jaloux sans amour, v, 1
-
Tenir une chose de race, de naissance, apporter en naissant une chose qui s'est transmise par le sang des ancêtres. Ils sont tous braves, lans cette maison, ils tiennent cela de race.
- Je crois tenir un peu de Rome où je suis née Corneille, Othon, III, 3
-
Absolument. Tenir de race, avoir les habitudes, les mœurs communes à une famille.
- J'ai tous les sentiments que mon devoir m'ordonne,Je tiens de votre sang et de votre couronne Rotrou, Antig. IV, 6
-
Tenir quelque chose de son père et de sa mère, leur ressembler en cette chose.
Il voit une jeune personne qui lui veut du bien (car il tient cela de vous, d'être aimé de toutes les femmes)
Molière, Fourber. I, 6Je vous avertis, ma très chère, que vous n'aimez point à lire, et que votre fils tient cela de vous
Mme de Sévigné, 608Elle [la chienne mulet d'un chien et d'une louve] tenait du chien par sa queue qui était courte et émoussée, au lieu que le mâle tenait sa queue de la louve
Buffon, Quadr. t. XII, p. 246
-
Absolument. Tenir de son père, de sa mère, leur ressembler soit de figure, soit de caractère.
- Je vous dis qu'elle tient de son père Racine, Plaid. II, 6
- Vénus l'imita bien : chacun tient de son père Voltaire, Dimanche.
Madame et mademoiselle avaient voulu lui faire un mystère.... mais il a deviné ; il tient de vous
PICARD, Alcade de Mol. IV, 10
-
Il a de qui tenir, se dit d'un enfant qui ressemble en quelque chose à son père ou à sa mère.
Il a de qui tenir, répondit un autre bourgeois qu'il appelait son compère
CAILLÈRES, Bon et mauv. us. Convers. I
-
Fig. Tenir quelque chose de, participer en quelque chose à la nature de.
Comme une étincelle a quelque chose de semblable au soleil, et une goutte d'eau tient quelque chose du vaste océan
Voltaire, Dial. 23
-
30Tenir de, avoir appris de quelqu'un, en parlant d'une nouvelle, d'un récit, d'un fait.
Mais de qui tenez-vous la mort de D. Garcie ?
Corneille, D. Sanche, v, 3- Il vous a dit qu'il tenait cela de ma bouche ? Molière, Princ. d'Él. IV, 4
- Et c'est de Lycarsis qu'elle tient la nouvelle ? Molière, Mélic. II, 1
Je tiens du célèbre Cheselden, le plus grand chirurgien de Londres, que ce fut lui qui commença de faire fabriquer à Londres, en 1715, les instruments de son art
Voltaire, Louis XIV, 33
-
31Réputer, croire.
- Et je tiendrai toujours mon bonheur infini,Si les miens sont vengés, et le tyran puni Corneille, Héracl. III, 1
- Néarque : Je tiens leur culte impie. - Polyeucte :Et je le tiens funeste Corneille, Poly. II, 6
- Et moi, moins populaire,Je tiens indifférent d'être craint ou de plaire Rotrou, Antig. II, 4
Leur espérance est aux troupes de Brandebourg.... on les tient fortes de quatorze ou quinze mille hommes
PELLISSON, Lett. hist. t. II, p. 171- En cela j'ai pour guidesTous les maîtres de l'art, et tiens qu'il faut laisserDans les plus beaux sujets quelque chose à penser La Fontaine, Fabl. x, 15
Parmi ces louis.... J'en ai, sans y penser, mêlé que je tiens faux
Molière, l'Ét. II, 6Je tiens cette comédie une des plus plaisantes que l'auteur ait produites
Molière, Critique, 3Je tiens que, hors de Paris, il n'y a point de salut pour les honnêtes gens
Molière, Préc. 10Je tiens impossible de connaître les parties, sans connaître le tout, non plus que de connaître le tout sans connaître les parties
Pascal, Pens. I, 1, édit. HAVET.Thalès tenait que la vie et la mort ne différaient en rien
Fénelon, Thal.Je tiens que les gens qui sont auprès de nous nous communiquent, malgré que nous en ayons, leur joie ou leur tristesse
BRUEYS, Grondeur, II, 16- Je tiens nos philosophes très gens de bien Voltaire, Lett. Mme du Deffant, 15 janv. 1761
Je tiens les hommes de tous les siècles pour ce qu'ils sont, faibles, fourbes et méchants, trompeurs et dupes les uns des autres
D'Alembert, Œuv. t. IV, p. 185
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Tenir à, regarder comme.
- Estimant que ton cœur, par douceur diverti,Tiendrait les lâchetés à quelque conscience Régnier, Élég. II
Je tiens à grand honneur de lui avoir des obligations que j'aurais honte d'avoir à tout autre
Voiture, Lett. 50Ils [les Germains] tiennent à grandeur d'être bornés par des déserts et des terres inhabitées
D'ABLANC., Guerre des Gaules, VI, 2- Mais si tu ne les perds, je le tiens à miracle Corneille, la Veuve, I, 1
- Il n'est pas naturel de craindre et fuir l'honneur,De tenir les mépris à souverain bonheur Corneille, Imit. II, 12
Il [le cardinal de Richelieu] tiendrait à injure le mépris qu'on ferait de sa protection
PELLISSON, Hist. Acad. ILe magistrat, tenant à mépris et irrévérence cette réponse, le fit mener en prison
La Fontaine, Vie d'Ésope.Il n'y a personne sans doute qui ne tînt à beaucoup de gloire de toucher à un tel ouvrage
Molière, Sicil. 12Ils doivent tenir à grande grâce qu'il ait tellement....
Bossuet, Lib. arb. 4
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Tenir pour, même sens. Je me le tiens pour dit, il n'est pas besoin que vous m'en avertissiez davantage.
Les jugements de ceux que j'ai tenus pour mes amis
Descartes, Méth. VI, 5- On les tient pour sorciers dont l'enfer est le maître Corneille, Poly. IV, 6
Saint Basile tenait ces écrits pour ariens
Pascal, Prov. XVIIIl tenait pour maxime qu'un habile capitaine peut bien être vaincu, mais qu'il ne lui est pas permis d'être surpris
Bossuet, Louis de Bourbon.Si je n'ai mis douze brodeurs après [un habit], qui n'ont fait que travailler jour et nuit, tenez-moi pour un infâme
Hamilton, Gramm. 7L'antiquité tenait pour axiome que rien n'est rien, que de rien ne vient rien
Voltaire, le Pauvre diable.Je tiens pour impossible que les grandes monarchies de l'Europe aient encore longtemps à durer
J.-J. Rousseau, Ém. IIISon cousin ne se le tint pas pour dit
Hamilton, Gramm. 9
-
Tenez-vous pour dit, soyez assuré que, ou souvenez-vous que.
-
Tenir comme, réputer pour, traiter comme.
- Je le loge et le tiens comme mon propre frère Molière, Tart. v, 3
-
Tenir en estime, estimer.
- L'estime où je vous tiens ne doit pas vous surprendre Molière, Mis. I, 2
-
32Professer, être partisan de.
Mais je suis généreux, et tiens cette maxime Que...
Malherbe, IV, 6C'est une opinion orthodoxe ; tous les thomistes la tiennent
Pascal, Prov. IVous et ceux qui tiennent cette doctrine
Pascal, ib. XIIJean, évêque de Jérusalem, accusé de tenir les huit propositions d'Origène
Pascal, ib. XVIIILeur but principal est de savoir au vrai les opinions qu'ils ont tenues, sans se mettre beaucoup en peine de ce qu'il en faut tenir
Malebranche, Rech. vér. II, II, 4
-
33Tenir des discours, un langage, parler d'une certaine manière.
Ce sont les discours que vous teniez, avant que nous eussions parlé à votre femme
HAUTER., Crisp. méd. I, 4- Ah ! monsieur, sur mon compte on tient bien des propos DESTOUCH., Hom. sing. I, 4
Deux amis, par exemple, qui ne se sont pas vus depuis longtemps, se rencontrent : l'attention qu'ils donnent à la surprise et à la joie qu'ils ressentent, leur fait naître aussitôt le langage qu'ils doivent se tenir
Condillac, Art de pens. I, 5On m'a prêté des discours que je n'ai jamais tenus, et que je n'aurais rien gagné à tenir
D'Alembert, Lett. à Voltaire, 8 déc. 1763
-
Molière a dit : tenir des paroles.
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34Être chargé de gérer la caisse, de faire les écritures des livres, chez un banquier, chez un négociant. Tenir la caisse chez un banquier, chez un receveur. Tenir les livres chez un banquier.
-
On dit de même : tenir un registre, des registres.
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Tenir registre de quelque chose, inscrire quelque chose dans le livre, dans le registre.
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Tenir note de quelque chose, en prendre note pour s'en souvenir.
Je vous dois déjà quelques ports de lettres ; ayez la bonté de tenir une note de tout cela jusqu'au printemps
J.-J. Rousseau, Lett. à Moultou, 13 nov. 1762
-
Fig. Cet homme tient registre de tout, il remarque tout exactement, et il s'en souvient.
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Tenir compte d'une somme à quelqu'un, lui passer cette somme en compte.
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Fig. Je vous tiendrai compte de cela, je chercherai les occasions de reconnaître les obligations que je vous ai.
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Fig. Tenir compte, ne pas tenir compte de quelqu'un, de quelque chose, voy. COMPTE, n° 6.
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35Soutenir, en parlant d'un pari. Tenir une gageure.
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Tenir vingt francs, parier vingt francs.
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Je n'en voudrais pas tenir vingt écus, je ne donnerais pas la chose dont il s'agit pour vingt écus.
En quelle impatience Suis-je de voir mon frère, et lui conter sa chance !... Je n'en voudrais pas tenir vingt bons écus
Molière, Éc. des mar. III, 2
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Absolument. Vous pariez cent francs, je tiens.
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Terme de jeux. Tenir jeu à quelqu'un, continuer à jouer contre lui tant qu'il veut.
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Dans les jeux de renvi, comme dans ceux où la mise n'est pas réglée, accepter un renvi, y aller de tout l'argent dont un autre y va. Vous y allez de cinq francs, je les tiens, je tiens tout.
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Absolument. Vous y allez de tant, je tiens.
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Absolument. Au trictrac, tenir, n'être pas forcé par le dé de rompre son plein, ou continuer à jouer sans lever les dames.
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Tenir le jeu, à la paume, être du côté de la grille, pour recevoir et jouer le service.
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36Fig. Tenir tête à, voy. TÊTE.
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Tenir pied à boule, voy. BOULE.
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Tenir la main à quelque chose, voy. MAIN, n° 41.
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Tenir l'œil à, voy. ŒIL, n° 6.
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37Saisir intellectuellement. Je tiens le mot de l'énigme, le sens de ce passage, la solution du problème.
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38Faire tenir, faire en sorte que certaines choses soient remises, transmettre.
Je vous envoie un livre de Mlle de Gournay, qu'elle m'a donné pour vous le faire tenir
Voiture, Lett. 126Ce pauvre garçon était attaché à M. Fouquet, il a été convaincu d'avoir servi à faire tenir une de ses lettres à sa femme
Mme de Sévigné, 1Je vous conseille de faire tenir un petit compliment par d'Hacqueville à Mme de la Fayette sur cette abbaye
Mme de Sévigné, 238Je ne doute point des difficultés de trouver de l'argent et de le faire tenir
Mme de Maintenon, Lett. à Mme des Ursins, 4 juillet 1706Bon ! il y a dix ans qu'il est séparé de sa femme, à qui il fait tenir une pension à Valognes, afin de l'empêcher de venir à Paris
Lesage, Turcaret, IV, 2Ils n'avaient point de fusils à baïonnette ; même quand on leur en fit tenir de Londres, la plupart des Corses ne purent s'en servir
Voltaire, Louis XV, 40On ne recevait plus de nouvelles de la Suède, et on ne pouvait y en faire tenir
Voltaire, Charles XII, 4
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39V. n. Être attaché à.
Damoclès nageait dans la joie [à la table de Denis].... il aperçoit malheureusement, en levant les yeux, la pointe d'une épée suspendue sur sa tête, et qui ne tenait au plancher qu'avec un crin de cheval
Rollin, Hist. anc. Œuv. t. v, p. 236, dans POUGENS
-
Fig. Ne tenir qu'à un fil, à un filet, être près de se détacher. Sa vie ne tient qu'à un fil.
Pour moi, je reçois d'étranges secousses, et mon cœur ne tient plus qu'à un filet
Molière, Préc. 12
-
Fig. Ses pieds ne tiennent pas à terre, il ne tient pas à terre, se dit d'un enfant, d'un jeune homme vif et toujours en mouvement, ou d'une personne qui marche, qui danse fort légèrement.
-
Tenir ensemble, être joints l'un à l'autre.
Vous me dites des merveilles de votre santé, c'est-à-dire que vous êtes belle, car votre beauté et votre santé tiennent ensemble
Mme de Sévigné, à Mme de Grignan, 14 juillet 1680Il paraît qu'autrefois l'île de la Grande-Bretagne faisait partie du continent, et que l'Angleterre tenait à la France
Buffon, Hist. nat. preuv. th. terr. Œuv. t. II, p. 419Le 26 octobre 1701, il est né à Tzoni, en Hongrie, deux filles qui tenaient ensemble par les reins ; elles ont vécu vingt et un ans
Buffon, Suppl. à l'hist. nat. Œuv. t. XI, p. 411
-
40Être difficile à ôter, à arracher, à déplacer. On ne saurait arracher ce clou, il tient trop. L'emplâtre tenait fortement à la peau. Ces pierres tiennent fortement.
Mais il n'a pas prévu Que je saurais souffler de sorte Qu'il n'est bouton qui tienne....
La Fontaine, Fabl. VI, 3
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Cela tient comme poix, cela tient très fortement.
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On dit aussi : cela tient comme teigne.
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Cette porte tient, on a peine à l'ouvrir.
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Fig. Il n'est..., il n'y a qui tienne, quelque résistance que la chose oppose.
Il n'est ordre qui tienne ; Je prie, et ce doit être assez...
Thomas Corneille, l'Inconnu, v, divert. sc. 1- Il n'est pas à la mode. - Il n'est mode qui tienne MONTFLEURY, Femme juge et part. III, 2
Si, par un long abus du pouvoir, le despotisme s'établissait à un certain point [en Europe], il n'y aurait pas de mœurs ni de climat qui tinssent, et dans cette belle partie du monde la nature humaine souffrirait, au moins pour un temps, les insultes qu'on lui fait dans les trois autres
Montesquieu, Espr. VIII, 8
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41Ne tenir à rien, ne tenir à guères, se dit d'une situation fort précaire.
Je crois que vous savez que Mademoiselle a chassé Guilloire ; le pauvre Segrais ne tient à guères
Mme de Sévigné, 31Il est certain que soit cela, soit autre chose aurait enfin renversé cette fortune qui ne tenait plus à rien
Mme de Sévigné, 392Ma condition présente ne tenait à rien
Marivaux, Marianne, 5e part.La conduite du général [des jésuites] était d'autant plus maladroite, qu'il savait que le crédit de son ordre ne tenait presque plus à rien
Voltaire, Hist. parl. 67
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Ne tenir à guères, avoir peu de force, en parlant de sentiments.
Ma colère ne tient à guère, et ma tendresse pour vous deux [M. et Mme de Grignan] tient à beaucoup
Mme de Sévigné, 11 mars 1671
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Ne tenir à rien, être sur le point de se faire.
Cet aveu ne tient plus à rien, nous le ferons peut-être demain, peut-être ce soir
Marivaux, Marianne, 10e part.
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Me voilà prêt à partir, je ne tiens à rien, rien ne m'arrête, rien ne m'en empêche.
-
On dit à peu près dans le même sens : Je vous payerai quand vous voudrez, votre argent ne tient à rien.
-
42Fig. Tenir au cœur, se dit des personnes que l'on affectionne, auxquelles on porte un vif intérêt.
J'embrasse les Grignan ; l'aîné me tient bien tendrement au cœur
Mme de Sévigné, 170M. l'abbé de Langeron et M. du Puis ne lui tiennent guère moins au cœur que M. de Cambrai
Mme de Maintenon, Lett. au cardin. de Noailles, 7 août 1698
-
Il se dit des choses auxquelles on s'intéresse vivement.
- Cela te tient donc bien au cœur ? Molière, Princ. d'Él. v, 2
Toutes ces choses me tiennent fort au cœur
Mme de Sévigné, 546- Diantre ! l'amour vous tient au cœur de bon matin Racine, Plaid. I, 5
- Cette acquisition vous tient-elle bien au cœur ? LAMOTTE, Magnifique, I, 4
-
Se dit aussi, dans un sens défavorable, de ce qui inquiète.
Argante : Ah ! maudite galère ! - Scapin, à part : Cette galère lui tient au cœur
Molière, Fourb. II, 11
-
Cette injure lui tient au cœur, il en a du ressentiment.
-
43Fig. Être attaché par des liens moraux. Il tient à ce parti-là par des raisons de famille. En termes de dévotion, il ne tient plus à la terre, il est détaché des choses du monde.
Pour moi, je ne tiens plus à vous par aucun attachement du monde
Molière, Don Juan, IV, 9Un homme de bien ne sera pas étonné dans les approches de la mort ; son âme ne tient presque plus à rien, elle est déjà comme détachée de ce corps mortel
Bossuet, 2e sermon, Purific. 2Il n'y a rien à quoi l'on ne tienne, quoiqu'on ne le sente pas toujours ; de même qu'on ne sent pas toujours que son âme est unie, je ne dis pas à son bras et à sa main, mais à son cœur et à son cerveau
Malebranche, Rech. vér. IV, 13Les rois aiment que l'on tienne à leur personne, et ils se défient avec raison de leur dignité
Fontenelle, Dangeau.Il ne tenait à rien par son goût, et se livrait à tout par celui des autres
Duclos, Œuv. t. VIII, p. 108Tout est occasion de chute à qui ne tient plus à rien
J.-J. Rousseau, Hél. VI, 6M. Damilaville a de l'amitié pour moi, et il sait l'intérêt que je prends à M. de Saint-Géni et à tout ce qui vous tient par le fil le plus léger
Diderot, Lett. à Mlle Voland, 3 nov. 1760Angélique : Vous croyez que je suis nièce de la baronne ? - Sainville : Comment ? - Angélique : Il n'en est rien, je ne tiens à personne
LA CHAUSSÉE, Gouvern. II, 8Le plus grand des malheurs est celui de ne tenir à rien et d'être isolé
Mme de Genlis, Vœux témér. t. III, p. 135, dans POUGENSUn chrétien qui achève son sacrifice, qui fait le dernier effort, afin de rompre tous les liens de la chair et du sang, et ne tient plus à la terre
Bossuet, le Tellier.
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44Fig. Être pris par une opinion, une affection, une passion. Tenir à son opinion. Il tient à l'argent.
- Mais, hélas ! qu'on tient à la vie,Quand on tient si fort à l'amour ! Racine, Théb. v, 1
Lié par l'amitié, jamais par les choses, et tenant plus à mes sentiments qu'à mes intérêts
J.-J. Rousseau, Lett. à l'archev. de Par.On tient à ses propres résolutions par ce sentiment de liberté qui résiste à celles des autres
Marmontel, Cont. mor. Fem. com. peu.
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45Fig. Avoir des rapports, des relations de famille ou autres.
Et puisqu'il tient encore à nous, comme il l'avoue, par ma belle-fille....
Mme de Sévigné, 570Que ceux qui achètent soient comme ne possédant pas, et qu'ils cessent de s'imaginer que ce qui tient si peu à eux soit véritablement en leur puissance
Bossuet, Méd. sur l'Év. dern. sem. du Sauv. 40e jour.Par la loi du corps, je tiens à ce monde qui passe ; par l'espérance et par la foi, je tiens à Dieu qui ne passe point
Fléchier, Dauphine.Je tiens, par le bonheur de ma naissance, à un grand nom [Corneille] qui, dans la plus noble espèce des productions de l'esprit, efface tous les autres noms, à un nom que vous respectez vous-mêmes
Fontenelle, Disc. récept.Il [l'athée] ne regarde les hommes que comme les tristes fruits d'un assemblage bizarre et fortuit, auquel il ne tient que par des liens passagers
Massillon, Carême, Vérité de la relig.Nous tenons tous à un certain monde qui nous environne
Massillon, Carême, Resp. hum.Le parlement, dont les familles, tenant à toutes les familles de Paris, formaient aisément la voix publique
Voltaire, Hist. parl. 67Pourvu que je ne parle en mes écrits.... de personne qui tienne à quelque chose, je puis tout imprimer librement, sous l'inspection de deux ou trois censeurs
Beaumarchais, Mar. Fig. v, 3
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46Fig. Avoir pour but, désirer. Je tiens à vous convaincre.
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47Être contigu. Son parc tient à la forêt. Sa maison tient au presbytère.
Le czar.... voulait savoir quelle était sa situation à l'égard de l'Amérique, si elle tient à la Tartarie, ou si la mer de Septentrion donnait un passage dans ce grand continent, ce qui lui aurait encore ouvert le nouveau monde
Fontenelle, Pierre Ier.
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48Fig. Résulter, provenir de. Ces événements tiennent à des causes inconnues.
Avez-vous de la peine à concevoir que les bonnes qualités d'un homme tiennent à d'autres qui sont mauvaises, et qu'il serait dangereux de le guérir de ses défauts ?
Fontenelle, Dial. 1, Morts mod.Cette corruption était d'autant plus dangereuse, qu'elle était plus ancienne, et tenait plus, en quelque sorte, à l'abus des mœurs qu'à l'abus des lois
Montesquieu, Esp. XXXI, 2Je dirai que la chaleur de J. J. Rousseau me paraît tenir plus aux sens qu'à l'âme
D'Alembert, Œuv. t v, p. 377
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Dépendre de.
Enfin Dieu soit loué et remercié mille et mille fois, puisque ma chère comtesse se porte bien ! ma vie tient à cette santé
Mme de Sévigné, 23 févr. 1676- À quoi tiennent, mon Dieu ! les vertus politiques ?Combien doivent leur faute à leur sort rigoureux,Et combien semblent purs, qui ne furent qu'heureux ! Victor Hugo, Cromwell, I, 1
-
Impersonnellement. Il se dit des obstacles, des considérations qui empêchent une chose de se faire. À quoi tient-il ? de quoi dépend-il ? Il ne tient pas à moi, il ne dépend pas de moi S'il n'exige qu'une visite de ma part, qu'à cela ne tienne.
Je désire avec tant de passion que vous ayez tout ce que vous méritez, que, s'il ne tenait qu'à cela que vous eussiez un royaume, sans mentir je crois que j'y consentirais
Voiture, Lett. 46- À moi ne tiendra pas que la beauté que j'aimeNe me quitte bientôt pour un autre moi-même Corneille, Place roy. I, 4
- Il ne tiendra qu'à vous, beau sire,D'être aussi gras que moi, lui repartit le chien La Fontaine, Fabl. I, 5
Vous auriez pu sans peine y puiser [à une somme d'argent] à toute heure. - à toute heure ! bons dieux ! ne tient-il qu'à cela ? L'argent vient-il comme il s'en va ?
La Fontaine, ib. IV, 20- Enfin, si dans ces vers je ne plais et n'instruis,Il ne tient pas à moi ; c'est toujours quelque chose La Fontaine, ib. v, 1
Nous vous trouvons errants, dispersés et plus faibles que nous ; il ne tiendrait qu'à nous de vous égorger
Fénelon, Tél. x.À quoi tient-il donc.... que la vérité ne triomphe dans votre cœur ?
Massillon, Carême, Évidence de la loi.C'est une justice à rendre au jeune prince ; il a tenu à peu de chose qu'il ne fût maître de l'Angleterre
A. DUVAL, Édouard en Écosse, III, 6
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Il ne tient pas à une personne que telle chose ne se fasse, signifie quelquefois, non-seulement qu'elle n'y apporte aucun obstacle, mais même qu'elle y contribuera de tout son pouvoir.
Il ne tint pas aux empereurs que Jésus-Christ même, dont ils persécutaient les disciples, n'eût des autels parmi les Romains
Bossuet, Hist. II, 12Je sais seulement, et toute l'Europe le sait comme moi, qu'il ne tient pas à Votre Majesté que l'humanité ne respire enfin après tant de malheurs
D'Alembert, Lett. au roi de Pr. 22 déc. 1762
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49Avoir de la ressemblance, participer.
- Pour être bon poëte, il faut tenir des fous Régnier, Sat. IV
Le voyage de Blois qui tient plus du roman que de l'histoire
Guez de Balzac, 2e hist.- Mais votre fermeté tient un peu du barbare Corneille, Hor. II, 3
- Quelle sœur ! cette sœur ne tient guère de vous HAUTEROCHE, Bourg. de qual. III, 7
- Je tiens de feu ma femme ; et je me sens, comme elle,Pour les désirs d'autrui beaucoup d'humanité Molière, Mélic. I, 4
Sa fermeté [de Corbinelli] tient un peu du barbare
Mme de Sévigné, 10 sept. 1681Un coup imprévu qui tenait du miracle délivra la princesse des mains des rebelles
Bossuet, Duch. d'Orléans.Laissons ces circonstances, qui tiennent encore un peu du monde, et passons de ces vertus civiles aux vertus chrétiennes qu'elle a pratiquées
Fléchier, Mme de Montaus.L'esprit, la galanterie, la magnificence, quand il [M. le Prince, fils du grand Condé] était amoureux, réparaient en lui une figure qui tenait plus du gnome que de l'homme
Mme DE CAYLUS, Souvenirs, p. 102, dans POUGENSIl y aura toujours, dans notre nation, de ces âmes qui tiendront du Goth et du Vandale ; je ne connais pour vrais Français que ceux qui aiment les arts et les encouragent
Voltaire, Mél. litt. A un premier commis.- L'art le plus innocent tient de la perfidie Voltaire, Zaïre, IV, 2
-
50En parlant d'un corps délibérant, d'une compagnie, être assemblé. L'Assemblée nationale tient tous les jours. L'Académie française tient les jeudis.
-
En parlant des foires, des marchés, des spectacles, avoir lieu. Les théâtres tiennent. Le marché tient tous les mercredis et samedis.
-
-
51Persister, se maintenir dans le même état. La neige tient. La frisure ne tient pas.
Les nouvelles de cette année ne tiennent pas d'un ordinaire à l'autre
Mme de Sévigné, 18 févr. 1671
-
Cet instrument ne tient pas d'accord, voy. au n° 27.
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Cette couleur ne tient pas, elle n'est pas solide.
-
Le temps ne tiendra pas, ne restera pas longtemps comme il est.
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52Subsister sans aucun changement ni altération, en parlant d'un traité, d'une convention, d'un marché.
Mais si le pacte tient....
Rotrou, Antig. II, 4Je t'ai promis ma fortune et ma nièce ; c'est notre traité, et il tient
Diderot, Père de famille, III, 6
-
53Se maintenir dans une situation.
Je n'ai rien appris des démarches de l'empereur ; apparemment elles seront lentes, et nous pourrons tenir ici longtemps, si nous attendons la fin
PELLISSON, Lett. hist. t. I, p. 389Voltaire, de retour de Berlin, d'où il avait fait chasser le malheureux d'Arnaud, et où il n'avait pu tenir lui-même
Marmontel, Mém. v.
-
Continuer les affaires. On est persuadé que cette maison ne tiendra pas.
-
54Tenir pour, se ranger du côté de, donner son assentiment à.
Aristie.... à qui.... Je rapporte avec joie et ma main et ma foi ; Je ne dis rien du cœur, il tint toujours pour elle
Corneille, Sert. v, 7- Mais, madame, mon sens ne s'est point démenti,Et je ne puis tenir pour un mauvais parti Rotrou, Antig. I, 4
- Il tient pour l'injustice, et moi pour la raison Rotrou, ib. II, 2
M. l'évêque de Chartres tient pour les vœux absolus ; il est le seul de son sentiment
Mme de Maintenon, Lett. à Mme de Saint-Géran, 2 juillet 1686Ce qu'il [le prince d'Orange devenu roi d'Angleterre] devait appréhender, c'était le ressentiment de plusieurs rois qu'il outrage en la personne d'un seul roi ; mais ils tiennent pour lui
La Bruyère, XIICeux qui tenaient encore pour le plein de Descartes, pour les prétendus effets de la matière subtile
Voltaire, Phil. Newt. III, 1Les médecins qui tenaient pour les anciens intentèrent un procès à ceux qui démontraient la circulation du sang
Voltaire, Singul. nat. 19- Devant ma tonne on ne viendra point dire :Pour qui tiens-tu, toi qui ne tiens à rien ? Béranger, Nouv. Diog.
-
55Résister, tant au propre qu'au figuré.
- Ni grilles, ni verrous ne tiennent contre moi Corneille, Méd. IV, 6
Sa confiance n'a jamais tenu un quart d'heure contre sa peur
Retz, Mém. t. II, liv. III, p. 445, dans POUGENSCe qu'il y a de constant, c'est qu'en se retirant au château, le comte de Nassau pouvait encore tenir six jours au moins
PELLISSON, Lett. hist. t. II, p. 319- Déjà l'armée est assez fortePour faire corps et battre aux champs ;La voilà tantôt qui menaceGouverneurs de petite place,Et leur dit qu'ils seront pendus,Si de tenir ils ont l'audace La Fontaine, Coupe.
- Quelque ressentiment qu'un outrage nous cause,Tient-il contre un remords d'un cœur bien enflammé ? Molière, Amph. II, 6
Enfin je ne comprends pas la noirceur de ces vapeurs, de tenir contre tant de bonnes choses
Mme de Sévigné, 565La mort du roi d'Angleterre n'a pu tenir contre la jeunesse avide des plaisirs du carnaval
Mme de Sévigné, 28 févr. 1685Ceux-ci [les Brutiens et les Samnites].... furent forcés à subir le joug des Romains ; Tarente les suivit de près ; les peuples voisins ne tinrent pas ; ainsi tous les anciens peuples d'Italie furent subjugués
Bossuet, Hist. I, 8Les ouvrages des Égyptiens étaient faits pour tenir contre le temps
Bossuet, ib. III, 3Les mœurs corrompues de la nation les entraînaient bientôt dans les plaisirs, contre lesquels nulle éducation ne peut tenir
Bossuet, ib. III, 5L'idolâtrie même sentait dans notre religion une force victorieuse contre laquelle les faux dieux ne pouvaient tenir
Bossuet, ib. II, 12- Je ne m'en défends point : mes pleurs, belle Ériphile,Ne tiendraient pas longtemps contre les soins d'Achille Racine, Iphig. II, 3
La place [Jérusalem] tint trois mois entiers, et aurait encore tenu autant, et peut-être obligé les Romains à abandonner leur entreprise, sans la rigueur superstitieuse avec laquelle les assiégés observaient le sabbat
Rollin, Hist. anc. Œuv. t. IX, p. 466, dans POUGENSTienne qui voudra contre de si grandes extrémités [les misères du peuple], je ne veux être, si je le puis, ni malheureux ni heureux : je me jette et me réfugie dans la médiocrité
La Bruyère, VIIl faut avouer ma faiblesse ; je n'ai pu tenir contre le pâté de perdrix dont vous m'annoncez l'agréable arrivée par votre lettre
CHAUL., Autre réponse à M. l'abbé C.Si elle s'avise de laisser tomber quelques feintes larmes, en conscience, croyez-vous tenir un seul moment devant elle ?
BRUEYS, Muet, I, 4La statue de sel [la femme de Lot changée en sel] ne pouvait pas tenir à la pluie
Voltaire, Quest. de Zapata, 18- Peu de cœurs comme vous tiennent contre l'absence Voltaire, Tancr. I, 6
Les seuls champions qui pussent tenir devant les chevaliers de France, étaient les chevaliers d'Angleterre
Chateaubriand, Génie, IV, V, 4
-
Terme de guerre. Les ennemis ne tiennent pas, ils n'attendent pas qu'on aille à eux, et ils se retirent.
-
Tenir bon, tenir ferme, résister, se défendre.
- Si je n'eusse point fui pour la mort de Pélie,Si j'eusse tenu bon dedans la Thessalie Corneille, Médée, I, 5
- L'arbre tient bon ; le roseau plie La Fontaine, Fabl. I, 22
Il ne reste plus désormais sinon que vous teniez ferme parmi ses ruines [de l'État]
Bossuet, Reine d'Anglet.Tantôt, sur les rives de Loire, suivi d'un petit nombre d'officiers et de domestiques, il court à la défense d'un pont, et tient ferme contre une armée....
Fléchier, Turenne.Sa suite [de Charles XII] commençait à désespérer ; lui seul tint ferme, et ne parut pas abattu un moment
Voltaire, Charles XII, 5
-
Tenir bon, tenir ferme, ne pas céder aux instances, aux offres, etc. Tenez bon, et vous aurez cette terre pour le prix que vous offrez.
- Gros-René à Éraste :N'ayez pas le dernier. - Marinette à Lucile :Tenez bon jusqu'au bout Molière, le Dép. IV, 3
-
Cet homme ne tient point contre la raillerie, contre la plaisanterie, dès qu'on le raille, qu'on le plaisante, il s'embarrasse, il se décontenance.
-
56Terme de chasse. Les perdrix ne tiennent pas, elles partent sans qu'on puisse en approcher.
La marouette, comme tous les râles, tient si fort devant les chiens, que souvent le chasseur peut la saisir avec la main, ou l'abattre avec un bâton
Buffon, Ois. t. v, p. 244
-
Une bête tient aux chiens, quand elle est sur ses fins et qu'elle se défend contre eux.
-
57Terme de marine. Tenir à la mer, tenir contre les vagues, se dit d'un bâtiment qui supporte une grosse mer.
En hiver, le port de Cochin est inabordable, et il ne peut en sortir aucun vaisseau, parce que les vents y soufflent avec une telle impétuosité, que les bâtiments ne peuvent pas tenir à la mer
Buffon, Hist. nat. preuv. th. terr. Œuv. t. II, p. 252
-
Tenir au vent, naviguer avec le vent presque contraire.
-
Tenir sous voiles, avoir toutes les voiles appareillées et être prêt à faire route.
-
Tenir en travers, naviguer en présentant le côté à la lame.
-
Tenir sur ses ancres, c'est n'être pas arraché de la place qu'on occupe ni par les efforts du vent, ni par les chocs violents des lames.
-
Tenir, en parlant d'une ancre, rester immobile à la place où elle s'est attachée.
-
Tenir bon, c'est à la fois tenir ferme, et cesser de haler sur un cordage qu'on tire.
-
58Ne pas tenir à, contre, être irrité, impatienté de.
Quelle sécheresse de conversation ! on n'y dure point, on n'y tient pas
MOR., Préc. 5Aratus, qui était plein de probité et d'honneur, ne put tenir contre une injustice si criante, et s'en plaignit hautement
Rollin, Hist. anc. Œuv. t. VIII, p. 111, dans POUGENSJe hais si fort les pédants, j'ai tant d'horreur pour les hypocrites, je me mets si fort en colère contre les fanatiques, que je ne pourrais jamais tenir à Paris plus de deux mois
Voltaire, Lett. Mme du Deffant, 15 janv. 1761On se lasse à la longue d'être brûlé ; il n'y a patience de saint qui puisse y tenir
Voltaire, Facéties, Pot pourri.- Le moyen de tenir à ces répliques-là ? BOISSY, Deh. tromp. II, 4
Cet ami si modéré et si philosophe pour supporter les maux d'autrui, se vit peu de temps après, pour quelque sottise qu'il fit, le sujet d'une mauvaise épigramme ; sa philosophie n'y tint pas
D'Alembert, Éloges, Mariv.
-
Ne pouvoir plus y tenir, être hors de soi.
- Je n'y puis plus tenir, j'enrage ; et mon desseinEst de rompre en visière à tout le genre humain Molière, Mis. I, 1
Julie : Mais la décence. - Le Marquis : Encore ! on n'y peut plus tenir, Et ce terme est ignoble à faire évanouir
LA NOUE, Coquette corr. III, 5
-
On dit de même : C'est à n'y pas tenir. La compagnie est trop mauvaise, c'est à n'y pas tenir.
-
59En tenir, avoir reçu des coups, du plomb ou autre chose. Avez-vous atteint cette perdrix ? je crois qu'elle en tient.
-
À la campagne, quand on mène la vache au taureau, on dit qu'elle en tient, quand l'opération réussit.
-
Fig. En tenir, éprouver quelque chose de fâcheux, de désagréable ; être trompé, dupé.
Vous en tenez, monsieur
Corneille, le Ment. v, 6- Voyant qu'il nous prenait pour d'autres,Et que nous étions Phrygiens,Il s'écria : j'en tiens ! j'en tiens Scarron, Virg. III
- Tant pis pour vous : c'est justement le cas,Vous en tenez, ma commère, ma mie La Fontaine, Serv.
En quelle impatience Suis-je de voir mon frère et lui conter sa chance ! Il en tient le bon homme avec tout son phébus
Molière, Éc. des mar. III, 2
-
Croire quelque bourde.
- Que dis-tu de l'histoire, et de mon artifice ?Le bonhomme en tient-il ? m'en suis-je bien tiré ? Corneille, le Ment. II, 6
-
Être fou.
Il en tient un peu là ; sa présence d'esprit à chaque instant du jour me charme et me ravit
Regnard, le Distr. II, 5
-
Être ivre. Il a bu plus que de raison, il en tient.
-
Aimer d'amour.
Tircis : Tu crois donc que j'en tiens ? - Cloris : Fort avant
Corneille, Mél. II, 4- C'est-à-dire, son cœur en tient déjà pour moi ? Thomas Corneille, Comt. d'Org. I, 2
Mon cher maître, dis-je à don Christoval, vous êtes bien épris de dona Anna ; la dame, de son côté, en tient aussi apparemment
Lesage, Est. Gonz. 23Laquais, me regarde-t-elle ? - Oui da, monsieur. - Elle en tient
la Comédie des chansons, I, 3
-
-
60Être contenu. Tous vos meubles ne pourront tenir dans cet appartement.
Dieu merci, nous avons l'hôtel de Carnavalet ; c'est une affaire admirable ; nous y tiendrons tous
Mme de Sévigné, 365Il [Huet] prétendait que tout ce qui fut jamais écrit depuis que le monde est monde, pourrait tenir dans neuf ou dix in-folio, si chaque chose n'avait été dite qu'une fois ; il en exceptait les détails de l'histoire
D'OLIVET, Hist. de l'Acad. t. II, p. 278, dans POUGENSSes démonstrations anatomiques [de M. Hunauld] lui attirèrent un si grand concours d'étudiants, qu'ils ne pouvaient tenir dans l'amphithéâtre où elles se faisaient, tout spacieux qu'il est
MAIRAN, Éloges, Hunauld.Environ cent hommes tenaient dans ces bâtiments [les barques e Louis le Débonnaire]
Voltaire, Mœurs, 25
-
Populairement. Je n'en ai non plus qu'il en pourrait tenir dans l'œil, dans mon œil, je n'en ai point du tout.
-
Impersonnellement. Il tient tant de veltes dans le baril.
-
Fig.
-
-
61Se tenir, v. réfl. Se prendre, s'attacher à quelque chose. Se tenir à une branche.
Si elle [l'âme] n'avait pas oublié Dieu, si elle avait toujours songé qu'elle est son image, elle se serait tenue à lui comme au seul appui de son être
Bossuet, la Vallière.
-
Se tenir à cheval, être à cheval.
Le duc d'Anjou et le duc de Guise lui aidèrent à monter à cheval, où elle se tenait avec une grâce admirable
LA FAY., Princesse Montpensier, Œuv. t. II, p. 300, dans POUGENS.Montons vite à cheval, quoique je ne puisse me tenir que sur une fesse
Voltaire, Cand. 9
-
Se tenir bien à cheval, y être ferme et de bonne grâce.
-
Dans le sens opposé, s'y tenir mal.
-
62Se tenir l'un l'autre. Se tenir par la main ; se tenir bras dessus, bras dessous.
Vous êtes, ô vallon, la retraite suprême, Où nous avons pleuré, nous tenant par la main
Victor Hugo, Rayons et ombres, 34
-
Fig. Se tenir par la main, être d'intelligence, se secourir l'un l'autre.
Le parti des sages ne laisse pas d'être considérable.... je vous le répète, mes frères, si vous vous tenez tous par la main, vous donnerez la loi
Voltaire, Lett. Helvétius, 12 déc. 1760
-
Fig.
La dis grâce et la faveur se tiennent par la main
Mme de Maintenon, Lett. à M. d'Aubigné, 10 août, t. I, p. 123, dans POUGENS.Les beaux-arts, qui se tiennent comme par la main et qui d'ordinaire périssent et renaissent ensemble
Voltaire, Mœurs, 82Toutes les sciences sont sœurs, a dit un ancien ; elles se tiennent toutes comme par la main
CAMBACÉRÈS, Instit. Mém. sc. mor. et pol. t. III, p. 9
-
Fig. Être dans une dépendance réciproque, en parlant de choses.
Toutes les choses de la nature se tiennent et se prouvent les unes les autres
Malebranche, Rech vér. IV, 2Le vrai, le bon et le beau se tiennent de bien près
Diderot, Essai sur la peint. ch. 6Tout se tient dans la nature et dans la politique
Raynal, Hist. phil. IX, 27
-
63Fig. Se tenir ou s'en tenir à une chose, ne vouloir, ne faire rien de plus, se borner à.
- Chacun le dit, et chacun s'en tint là La Fontaine, Fauc.
- Je puis fermer les yeux sur vos flammes secrètes,Tant que vous vous tiendrez aux muets interprètes Molière, Fem sav. I, 4
Philinte : Et pour votre procès, dont vous pouvez vous plaindre, Il vous est en justice aisé d'y revenir, Et contre cet arrêt.... - Alceste : Non, je veux m'y tenir
Molière, Mis. v, 1Nous ne nous tenons jamais au temps présent
Pascal, Pens. III, 5, éd. HAVETTenez-vous-en là, mon père, si vous m'en croyez
Pascal, Prov. IVC'est ainsi qu'on raisonne [voir en tout la main de Dieu] quand on lève les yeux ; mais ordinairement on s'en tient aux pauvres petites causes secondes
Mme de Sévigné, 25 mai 1680La reine d'Espagne se tient au traité des Pyrénées, qui est de ne point accabler ses alliés
Mme de Sévigné, 26 févr. 1672Tenons-nous-en à croire fermement que personne n'est heureux
Mme de Sévigné, 15 juin 1680Je m'en tiens à ma première maxime : quand on a affaire à un homme aussi violent et aussi brouillon que vous l'étiez, assassiner est le plus sûr
Fénelon, Dial. des morts mod. (Charles VII, Jean duc de Bourgogne).Qui change une fois, peut bien ne pas s'en tenir là
LAMOTTE, Minutolo, sc. 2La philosophie, sire, respecte qui elle doit, estime qui elle peut, et s'en tient là
D'Alembert, Lett. au roi de Pr. 29 avril 1763
-
Savoir à quoi s'en tenir, n'être nullement incertain.
L'Angleterre a tant changé qu'elle ne sait plus elle-même à quoi s'en tenir
Bossuet, Reine d'Angl.Moyennant l'embarras où je vais jeter le marquis, il faudra bien qu'il parle ; et je veux savoir à quoi m en tenir
Marivaux, le Legs, sc. 1
-
À certains jeux de cartes. Je m'y tiens, je suis content des cartes que j'ai ; je n'en demande pas d'autres. Vous y tenez-vous, ou voulez-vous d'autres cartes ?
-
S'en tenir à son mot, s'arrêter, se fixer à ce qu'on a annoncé d'abord.
-
S'en tenir à son mot, en parlant d'un marchand, ne vouloir rien rabattre du prix fixé tout d'abord.
-
Se tenir à peu de chose, se tenir à peu, ne pas conclure une affaire, bien qu'il s'agisse de peu de chose pour qu'on soit d'accord. Ils se tiennent tous deux à peu de chose. Il se tient à vingt francs sur un marché de mille francs.
-
On dit dans le même sens : Se tenir à rien, se tenir à très peu de chose.
-
64Être, demeurer dans un certain lieu. Le chamois se tient sur les montagnes.
La mère de Jésus et la sœur de sa mère, Marie, femme de Cléophas, Marie Madeleine, se tenaient auprès de sa croix
Saci, Bible, Év. St Jean, XIX, 25Je ne prends aucune part dans ses affaires ; qu'elle se tienne de son côté et moi du mien
Bourdaloue, 12e dim. après la Pentec. Dominic. t. III, p. 287Je suis né, disait-il, dans une ville fort petite ; et, pour l'empêcher de devenir encore plus petite, j'aime à m'y tenir
Rollin, Hist. anc. XXV, ch. II, I, 2Elle ne se tenait chez elle que pour passer sa vie dans une oisiveté contemplative
Marivaux, Pays. parv. 4e part.Les hommes ne sont pas bons à grand'chose ; fripons ou sots, voilà pour les trois quarts ; et, pour l'autre quart, il se tient chez soi
Voltaire, Écoss. II, 5Il est une race de rossignols beaucoup plus gros que les autres, laquelle se tient et niche dans les charmilles
Buffon, Ois. t. IX, p. 163Et vous aussi, monsieur de Montmorency, tenez-vous quelques moments dans cette pièce-ci
COLLÉ, Part. de chasse de Henri IV, I, 6Il avait reconnu le roi, qui, en traversant la cour, lui ordonna de lui faire éviter les antichambres où se tenaient les domestiques
Mme de Genlis, Mlle de la Fayette, p. 225, dans POUGENS
-
Fig. Se tenir à sa place, rester, comme il convient, dans la situation qu'on occupe.
Il ignore quelle est la place des autres ; mais il sent la sienne et s'y tient
J.-J. Rousseau, Ém. III
-
Un tel se tient six mois à la campagne, et six mois à la ville, il passe six mois à la campagne et six mois à la ville.
-
S'il est bien, qu'il s'y tienne, se dit, par dépit, d'un homme dont on entend vanter le bonheur.
-
Quand on est bien, il faut s'y tenir, il ne faut pas changer légèrement, pour peu qu'on se trouve passablement dans son état.
-
On dit de même : êtes-vous bien, tenez-vous-y.
- Te voilà bien, cadet, tiens-y-toi Thomas Corneille, Comte d'Org. v, 9
-
On dit aussi et mieux : tiens-t'y.
Un seul serment suffit à la vie d'un homme ; tu en as déjà prêté un ; tiens-t'y
CH. DE BERNARD, Gentilh. campag. II, 28
-
65Être, demeurer dans une certaine situation. Se tenir à ne rien faire. Se tenir debout, à genoux. Il se tient toujours propre. Se tenir à l'écart.
Se tenant assise en votre maison, elle pleurera son père et sa mère un mois durant
Saci, Bible, Deutéron. XXI, 13- Nous n'avons point voulu, de peur du personnage,Risquer à nous tenir ensemble davantage Molière, Éc. des femmes, IV, 6
À chaque attaque [de la mort] il se tient prêt, et il attend le moment de sa délivrance
Bossuet, le Tellier.Allons, mademoiselle, tenez-vous droite
PICARD, Cousin de tout le monde, sc. 4
-
Se tenir bien, se tenir mal, avoir un bon, un mauvais maintien.
Voilà qui va le mieux du monde, et vous vous tenez à merveille [un peintre, à la personne dont il fait le portrait]
Molière, Sicil. 12Je ressemblais assez à une aimable petite fille, toute fraîche sortie d'une éducation de village, et qui se tient mal, mais dont les grâces encore captives ne demandent qu'à se montrer
Marivaux, Marianne, 1re part.Sa taille eût été grande et belle, si elle se fût mieux tenue
J.-J. Rousseau, Confess. VIII
-
Il ne sait comment se tenir, il ne sait quelle attitude prendre.
-
Tenez-vous en repos, se dit à une personne qui importune par des gestes incommodes ou trop libres.
-
Fig. Tenez-vous en repos, soyez sans inquiétude.
Pour nous, qui n'approfondissons pas tant les choses, tenons-nous en repos sur le tout : voulons-nous être plus savants que nos maîtres ?
Pascal, Prov. IIIEh ! ma sœur, lui dit l'autre, tenez-vous en repos ; et vous, monsieur, ajouta-t-elle en m'adressant la parole, allez-vous-en, je vous prie
Marivaux, Pays. parv. 5e part.
-
Fig. Se tenir les bras croisés, rester à ne rien faire quand il faudrait travailler
-
Absolument. Se tenir, rester debout. Je voudrais bien me pouvoir dire à moi-même que je suis quelque chose, un grand homme.
.. mais qui m'a dit que je me tiendrais, si j'étais plus haut ?
Bossuet, Disc. vie cachée.
-
Se tenir, signifie aussi demeurer tranquille.
Le petit doigt de tatan lui dira que tu n'as jamais voulu te tenir pendant qu'on te frisait, et que tu as fait enrager la coiffeuse
Mme de Genlis, Théâtre d'éduc. Lingère, I, 6
-
Familièrement. Vous n'avez qu'à vous bien tenir, se dit par forme d'avertissement ou de menace à une personne qui a quelque mauvaise affaire. Vous l'avez offensé, il est vindicatif, vous n'avez qu'à vous bien tenir.
Tu me parais une bonne pièce de ménage ; et le drôle qui t'aura n'aura qu'à se bien tenir
LEGRAND, Philanthrope, sc. 14
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On dit de même : Tenez-vous bien, prenez garde, prenez les moyens de vous défendre.
-
66Il se dit de certaines dispositions morales ou intellectuelles.
Tenez-vous gaillard ; pour moi je me trouve depuis quinze jours plus mal que je n'ai jamais fait
Scarron, Lett. Œuv. t. I, p. 194Quand nous avons quelque différend, ma sœur et moi, si je fais la froide et l'indifférente, elle me recherche ; si elle se tient sur son quant-à-moi, je vas au-devant
La Fontaine, Pysché, II, p. 140- Mais, puisque sur le fier vous vous tenez si bien,Je garde ma nouvelle, et ne veux dire rien Molière, Mélic. I, 3
- Mais je les vois, monsieur, qui passent par ici ;Tenez-vous ferme au moins Molière, Dép. IV, 2
Dans les fortunes médiocres l'ambition encore tremblante se tient si cachée qu'à peine se connait-elle elle-même
Bossuet, le Tellier.On sent qu'il se tient presque à regret dans les détails où son sujet l'entraîne, et que son esprit prend son vol dès qu'il le peut, et s'élève aux vues générales
Fontenelle, Leibnitz.- Le seul remède à ses caprices,C'est de s'y tenir préparé J.-B. Rousseau, Odes, II, 4
Mon esprit s'est toujours tenu dans l'indépendance
Montesquieu, Lett. pers. 161
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67Avoir lieu, en parlant d'assemblées, de réunions. La foire se tient tous les ans ici. Le marché se tiendra demain.
L'histoire courut si bien que, dès le lendemain, chacun sut dans le voisinage que le sabbat se tenait chez M. Noiret
J.-J. Rousseau, Conf. VIL'assemblée commence de très grand matin, elle se tient au théâtre de Bacchus, ou dans le marché public, ou dans une grande enceinte voisine de la citadelle, et nommée Pnyx
BARTHÉLEMY, Anach. ch. 14Il s'est tenu ici une assemblée générale
BARTHÉLEMY, ib. ch. 82
-
68Se tenir, se contenir, retenir quelque mouvement de passion.
- J'ai peine à me tenir, et la main me démange Molière, Tart. v, 4
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Se tenir de, s'empêcher de.
À peine se purent-ils tenir de pleurer.
Vaugelas, Q. C. 298Je veux bien que vous sachiez, car je ne me saurais tenir de vous apprendre toujours quelque chose....
Voiture, Lett. 193Elle [Mme de Sévigné] est brusque et ne se peut tenir de dire ce qu'elle croit joli, quoique assez souvent ce soient des choses un peu gaillardes
TALLEMANT DES RÉAUX, Historiettes, Sévigny et sa femmeAcante ne se peut tenir de réciter certains couplets de poésie
La Fontaine, Psyché, I, p. 13Monsieur, je vous demande pardon ; mais vous êtes si plaisant, que je ne saurais me tenir de rire
Molière, Bourg. gent. III, 2- Je ris incognito d'abord que je le vois ;Je ne puis m'en tenir, quelque effort que je fasse BOURSAULT, Fables d'Es. I, 1
-
Il se dit avec que et le subjonctif.
-
Fig. et familièrement. Se tenir à quatre, faire un grand effort sur soi-même pour ne pas éclater, pour ne pas se mettre en colère.
-
69Terme de marine. Se tenir au vent d'un navire ou d'un point quelconque, gouverner et manœuvrer de manière à se maintenir dans la position du vent, relativement à ce navire ou à ce point.
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Se tenir en travers, présenter le côté à la lame ou au vent, ou prendre la panne.
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Se tenir à la cape, se mettre et rester à la cape.
-
-
70Se réputer, se croire.
- Ils sont morts, mais pour Albe, et s'en tiennent heureux Corneille, Hor. v, 3
- L'arbre tombant, ils seront dévorés ;Qu'ils s'en tiennent pour assurés La Fontaine, Fabl. III, 6
Cet attachement dont la délicatesse de mon cœur se tenait offensée
Molière, Festin, I, 2- Et malgré nos malheurs je me tiens trop heureuxD'avoir paré le coup qui vous perdait tous deux Racine, Mithr. v, 4
J'ai fait mon profit de cette ode [du roi, sur la patience, à M. de Keiserling].... le remède opère sur moi tout aussi bien que sur votre goutteux ; car je me tiens tout aussi philosophe que lui
Voltaire, Lett. au pr. roy de Pr. 8 mars 1738Je vous avoue que je me tiendrais bien malheureux, si je mourais avant d'avoir vu....
Voltaire, Lett. au pr. roy. de Pr. nov 1736Puisque la fière et redoutable maison d'Autriche a la modestie de se tenir pour battue
D'Alembert, Lett. au roi de Pr. 22 déc. 1762
-
71Être dit, prononcé. Les discours qui se sont tenus en cette occasion. Il s'est tenu beaucoup de propos sur son compte.
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72Être accompli, en parlant d'une promesse, d'un vœu. Mon vœu doit se tenir.
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73En termes de théâtre, tenir l'affiche, se dit d'un auteur qui a du succès et dont les pièces reparaissent souvent sur l'affiche.
M. Victorien Sardou est un de ces élus ; voici maintenant dix-sept ans bien comptés qu'il tient l'affiche, comme on dit dans le familier langage des coulisses
É. MONTAIGUT, Rev. des Deux-Mondes, 1er mars 1877, p. 200
Remarque
1. Quand il tient impersonnel est suivi de que, il veut le subjonctif : Il tient à moi que cela se fasse, que cela ne se fasse pas. Il ne tiendra qu'à lui que le différend se juge par une bataille. 2. Il tient, dans une phrase négative ou interrogative, veut ne après le que : Il ne tint pas à eux que la ville ne fût démolie. Voltaire, dans son Commentaire, dit, à tort, que le second ne est fautif ; mais ce ne peut être supprimé ; on trouve un exemple de cette suppression dans Voiture (voy. le n° 48).
Proverbes
Un tiens vaut mieux que deux tu l'auras
, la possession d'un bien présent est préférable à la promesse d'un bien plus considérable. Quand on est bien, on ne s'y peut tenir
, le désir du changement fait qu'on s'ennuie de tout. Il vaut mieux tenir que querir
, proverbe altéré souvent en : il vaut mieux tenir que courir
, c'est-à-dire la possession actuelle vaut mieux que la peine d'aller chercher. Serrez la main, et dites que vous ne tenez rien
, se dit à quelqu'un de qui on se moque, en faisant semblant de lui vouloir donner une chose qu'on ne lui donne pas. Promettre et tenir sont deux
, souvent on manque à ce qu'on a promis. Il fait bon aller à pied quand on tient son cheval par la bride
. Autant pèche celui qui tient le sac que celui qui met dedans
, ou autant vaut celui qui tient le veau que celui qui l'écorche
, les complices d'un crime sont aussi punissables que l'auteur.
Étymologie
Berry, tiendre, tienre, tinre ; wallon, tini, tuni, tîr, têr ; prov. tener, tenir ; catal. tenir ; espagn tener ; port. ter ; ital. tenere ; du lat. tenere.