Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

tenir dans le Littré

1 article· 430 citations· rimes· synonymes· conjugaison

tenir v. a. (te-nir)

  1. 1Avoir à la main ou entre les mains.

    • L'autre [enfant] sortit aussitôt [du sein de sa mère], et il tenait de sa main le pied de son frère ; c'est pourquoi il fut nommé Jacob Saci, Bible, Genèse, XXV, 25
    • Ne tiens-je pas une lanterne en main ? Molière, Amph. I, 2
    • En vain Monsieur, en vain le roi même tenait Madame serrée par de si étroits embrassements Bossuet, Duch. d'Orl.
    • Où me cacher ? fuyons dans la nuit infernale ; Mais que dis-je ? mon père y tient l'urne fatale Racine, Phèdre, IV, 6
    • Ce qu'on ne s'imaginerait pas, il [La Fontaine] faisait ses délices de Platon et de Plutarque ; j'ai tenu les exemplaires qu'il en avait D'OLIVET, Hist. Acad. t. II, p. 340, dans POUGENS
    • Il [Charles XII] tenait lui-même sa jambe avec les deux mains, regardant les incisions qu'on lui faisait, comme si l'opération eût été faite sur un autre Voltaire, Charles XII, 4
    • Que diable aussi, l'on tient ce qu'on tient Beaumarchais, Barb. de Sév. I, 3
  2. 2Tenir quelqu'un, le retenir, contenir, soutenir. Tenir quelqu'un par le bras, par le corps. Tenir un enfant par la lisière.

    • Fig. Tenir quelqu'un par les lisières, le gouverner comme un enfant.

    • Tenir par la main, prendre avec sa main la main, le bras de quelqu'un. Elle tenait son enfant par la main.

    • Tenir quelqu'un à la gorge, voy. GORGE.

    • Fig. Tenir quelqu'un au cul et aux chausses, voy. CHAUSSES.

    • Fig. Tenir quelqu'un le bec dans l'eau, voy. BEC.

    • Fig. Tenir quelqu'un, quelque chose dans sa manche, voy. MANCHE 2, n° 1.

    • Fig.

      • Tenir quelqu'un de court, ne pas laisser de liberté L'évêque de Chartres n'aimait pas les jésuites, les tenait de court et bas Saint-Simon, 78, 13
    • Fig. Tenir de près, surveiller avec soin.

      • J'ai élevé votre sœur, je suis sans inquiétude, je l'ai tenue de si près Mme de Genlis, Théât. d'éduc. la Cloison, sc. 8
    • Il faut le tenir à quatre, se dit d'un fou, d'un furieux qui ne peut être contenu que par les efforts de plusieurs hommes réunis.

    • Fig. Il faut le tenir à quatre, se dit d'un homme emporté dont il est difficile d'empêcher les violences.

    • Fig. Se faire tenir à quatre, faire le difficile dans une affaire, dans un accommodement. Fig. Ne pas se faire tenir, être tout disposé à.

    • Fig. Je tiens mon homme, je le tiens, je l'ai amené dans le piége, il ne peut plus m'échapper.

    • Tenir un enfant sur les fonts, ou, simplement, tenir un enfant, le présenter au baptême, en être le parrain ou la marraine.

      • Le Dauphin [Charles VIII] fut tenu sur les fonts par Charles de Bourbon, archevêque de Lyon, et par Jeanne de France, duchesse de Bourbon Duclos, Œuv. t. II, p. 416
      • Le directeur de la douane s'avisa de me prier de lui tenir un enfant J.-J. Rousseau, Conf. v.
    • Fig. Tenir quelqu'un sur les fonts, voy. FONTS.

    • Fig. Tenir quelqu'un sur le tapis, voy. TAPIS.

  3. 3Terme de manége. Tenir un cheval, le maintenir dans les différents exercices auxquels on le soumet. Tenir un cheval en bride, en talons.

    • Fig. Tenir quelqu'un en bride, l'assujettir, l'arrêter, le conduire malgré lui.

    • Tenir un cheval dans la main, en être toujours le maître.

    • Tenir la main, tirer la bride.

    • Tenir les hanches, faire marcher par des pas de côté, en sorte que la jambe de dehors chevauche sur celle de dedans.

    • Tenir les chevaux au filet, les attacher avec un filet dans la bouche pour les empêcher de manger.

    • Fig. Tenir quelqu'un au filet, voy. FILET, n° 2.

    • Tenir la bride haute, tenir la bride de manière à empêcher le cheval de se livrer à son ardeur.

    • Fig.

    • Terme de courses. Tenir la corde, faire courir son cheval le plus près possible de la corde qui détermine l'hippodrome, ce qui est un avantage, et fig. avoir l'avantage, être supérieur.

      • Pour me servir d'une comparaison de jockey, mon rival avait l'avance et tenait la corde CH. DE BERNARD, Un acte de vertu, § VI
  4. 4Posséder, occuper. Tenir un pays en souveraineté. Tenir une terre en fief.

    • Ces autres peuples des Indes qui tiennent un pays vaste et inhabité Vaugelas, Q. C. 539
    • Elle marche comme un général à la tète d'une armée royale, pour traverser des provinces que des rebelles tenaient presque toutes Bossuet, Reine d'Anglet.
    • Nos seigneurs les castors tenant le CanadaSe piquent d'être un peuple libre LA MOTTE, Fabl. III, 6
    • Sextus Pompée tenait la Sicile et la Sardaigne Montesquieu, Rom. 13
    • L'Église y trouvait cet avantage, que ceux qui avaient reçu de ces biens [pris sur elle] ne les tenaient plus que d'une manière précaire Montesquieu, Esp. XXXI, 11
    • Ce fut alors que saint Pierre vint établir son siége à Rome, après l'avoir tenu sept ans à Antioche CONDILL., Hist. anc. XV, 5
    • Cet officier, ce commandant tient telle ville, telle place de guerre pour le service de tel prince, il y commande, il la garde pour les intérêts de ce prince.

    • Cela se dit surtout en temps de troubles, de droits contestés. Il se jeta dans la place, et la tint pour le roi.

    • Tenir une terre par ses mains, la faire valoir soi-même, au lieu de l'affermer.

    • Tenir une terre à foi et hommage de quelqu'un, posséder une terre qui relève de quelqu'un.

    • Absolument. Tenir de quelqu'un à cause de quelque terre. Il tenait de tel seigneur.

  5. 5Occuper, remplir, en parlant de l'espace. Il tient en voiture la place de deux personnes. L'armée tenait deux lieues de pays. Ces tableaux tiennent trop de place. Les épisodes tiennent la moitié de ce poëme.

    • Il tient le milieu en se promenant avec ses égaux La Bruyère, VI
  6. 6Tenir une maison, un appartement, occuper une maison, un appartement, y loger.

    • Tenir le lit, tenir la chambre, demeurer dans son lit, dans sa chambre.

    • Terme de pratique. Tenir prison, demeurer en prison.

  7. 7Occuper militairement.

    • Il destina les gros navires à tenir le fleuve, et à tomber avec impétuosité sur les ennemis Fléchier, Hist. de Théodose, III, 64
  8. 8Terme de marine. Tenir la mer, rester à la mer, en naviguant sans relâche.

    • Nous passâmes deux mois à tenir la mer Mém. Villette-Mursai, dans JAL
    • Mylord Herbert a attaqué M. de Gabaret, qui tenait la haute mer avec une partie de notre flotte Mme de Sévigné, 25 mai 1689
    • Tenir la mer, être maître de la mer.

      • Les Romains tenant la mer, il n'était plus possible d'envoyer ni vivres, ni secours aux armées de Sicile Rollin, Hist. anc. Œuv. t. I, p. 340, dans POUGENS
      • Il restait aux Suédois une armée navale avec laquelle ils tenaient la mer Voltaire, Russie, II, 5
    • Tenir la côte, la ranger de près.

    • Tenir le large, naviguer à une certaine distance de la côte.

    • Tenir le plus près, naviguer au plus près du vent.

    • On disait autrefois : tenir au plus près.

      • Ils [les ennemis] tenaient au plus près du vent, pour tâcher de nous le regagner Mém. de Villette, dans JAL
    • Tenir le vent, synonyme de tenir le plus près.

      • Les Français ont presque tout fait [à une bataille navale contre les Hollandais], y ayant eu cinquante vaisseaux anglais qui n'ont fait que tenir le vent PELLISSON, Lett. hist. t. I, p. 198
      • En partant de l'Ascension, je tins le vent pour ranger les côtes du cap Vert d'aussi près qu'il me serait possible BOUGAINVILLE, Voy. t. II, p. 407
    • Tenir la cape, c'est rester à la cape pendant un certain temps.

    • Tenir un objet, un autre bâtiment par son travers, le laisser sur le côté.

    • Tenir deux objets l'un par l'autre, apercevoir deux objets sur une même ligne.

    • Tenir un bâtiment, n'être point gagné de vitesse par lui.

    • Tenir sous son pavillon, tenir ralliés autour du vaisseau que l'on commande et sur lequel est arbore le signe distinctif de son commandement, les navires que l'on escorte, le convol que l'on est chargé de protéger.

    • Tiens bon ! tiens bon, là ! commandement à des hommes qui agissent sur un cordage, sur un cabestan, etc. de suspendre leurs efforts, ou, selon les cas, d'amarrer le cordage dont il s'agit sans en rien lâcher.

  9. 9Avoir dans sa composition.

    • En général, les mines de plomb tiennent presque toutes une petite quantité d'argent Buffon, Min. t. v, p. 255
    • Les mines de cuivre tenant argent sont bien plus communes que celles qui contiennent de l'or Buffon, ib. p. 72
  10. 10Contenir, renfermer, ou être susceptible de contenir, de renfermer. Cette salle tient mille personnes. Cette bibliothèque tient mille volumes.

    • Tenir pour pouvoir soutenir est fort nouveau en notre langue ; on ne le voit point dans les anciens auteurs ; et en effet on ne trouve point tenir en cette manière dans le Dictionnaire de Nicod Vaugelas, Nouv. Rem Observ. de M.***, p. 95, dans POUGENS
    • Ce baril, ce seau tient bien le vin, l'eau, le vin, l'eau qu'on y met ne s'enfuit point.

      • Un mastic avec lequel j'ai fait enduire, il y a trente-six ans, un assez grand bassin au jardin du roi, qui depuis a toujours tenu l'eau Buffon, Min. t. III, p. 14
    • Fig. et familièrement. Tenir beaucoup de vin, boire beaucoup sans devenir ivre.

  11. 11Occuper certains lieux, exercer certains métiers, certaines professions pour l'utilité ou la commodité du public. Tenir boutique. Tenir pension. Tenir une auberge. Tenir une académie d'équitation.

    • On eût dit presque qu'il imitait les anciens gymnosophistes qui menaient leurs disciples dans les déserts où ils tenaient leur école Fontenelle, Tournefort.
    • Tenir école, être à la tête d'une école, enseigner.

    • Fig.

      • Rousseau [Jean-Baptiste].... écrivit que j'étais venu en Hollande prêcher contre la religion, que j'avais tenu école de déïsme chez M. 'SGravesende Voltaire, Lett. en vers et en prose, 52
    • Tenir des marchandises, avoir un assortiment de certaines marchandises, en vendre.

      • Tenez-vous de la mercerie ? Madame sera contente, je l'espère : vous aussi, mesdames ; je tiens de tout et à bon compte PICARD, Manie de briller, II, 13
  12. 12Tenir maison, voy. MAISON, n° 15.

  13. 13Mettre, garder en quelque lieu. Il tient son argent en son cabinet. Il faut tenir cela à la cave, dans le garde-manger. On le tient en prison.

    • Qu'on la tienne en lieu sûr, en attendant sa mère Corneille, Héracl. IV, 2
    • Il faut tenir la couveuse [faisane] dans un endroit éloigné du bruit et un peu enterré, afin qu'elle y soit plus à l'abri des inégalités de la température et des impressions du tonnerre Buffon, Ois. t. IV, p. 83
    • Cet homme tient sa femme à la campagne, dans un couvent, il l'oblige de demeurer à la campagne, dans un couvent.

      • Depuis deux ans mon oncle me tient éloigné du monde, dans ce triste château PONT DE VESLE, Somnamb. SC. I
    • Il tient son fils dans un collége, au collége, il l'a mis au collége, afin qu'il étudie.

    • Tenir des écoliers en pension, les avoir en pension chez soi.

    • Tenir quelqu'un chez soi, le loger chez soi, lui donner sa table.

    • Tenir quelqu'un, l'avoir près de soi, sous sa main.

    • Ce prince tient un ambassadeur, un résident auprès de tel prince, dans telle cour, il entretient un ambassadeur, un résident, etc.

    • Tenir une garnison dans une ville, y entretenir une garnison. Tenir garnison dans une ville, y être en garnison.

    • On dit en un sens analogue : tenir des troupes en un lieu.

      • Tous les lieux où il [Louis XIV] est obligé de tenir des troupes PELLISSON, Lett. hist. t. II, p. 8
  14. 14Avoir autorité sur certaines choses.

  15. 15Faire qu'une personne ou une chose demeure dans un certain état, dans une certaine situation. Il nous a tenus debout pendant deux heures. Tenir les esprits en suspens. Tenir quelqu'un en échec.

    • Qui.... Tinrent fidèlement mon enseigne debout Régnier, Épît. I
    • Mais une juste peur tient son âme effrayée Corneille, Cinna, II, 1
    • Tenez toujours divisés les méchants La Fontaine, Fabl. VII, 8
    • Henriette me tient sous son aimable empire Molière, Fem. sav. I, 4
    • Je vous ai mandé tout ce que je savais pour vos jambes ; si vous ne les tenez chaudement, vous ne serez jamais soulagée Mme de Sévigné, 382
    • C'était le dessein d'avancer dans cette étude de sagesse, qui la tenait si attachée à la lecture de l'histoire, qu'on appelle avec raison la sage conseillère des princes Bossuet, Duch. d'Orl.
    • Pendant que la nature nous tient si bas, que peut faire la fortune pour nous élever ? Bossuet, ib.
    • Dieu promet de tenir son peuple dans une durable et parfaite tranquillité Bossuet, Hist. II, 5
    • Philisbourg qui tint si longtemps le Rhin captif sous nos lois Bossuet, Louis de Bourbon.
    • Ces lieux sombres et retirés où la honte tient tant de langueurs et de nécessités cachées Fléchier, Aiguillon.
    • Mais de nos saints autels qu'elle tienne éloignéeD'un ramas d'étrangers l'indiscrète fureur Racine, Ath. v, 2
    • Ne point boire trop frais, ni de vin que fort trempé ; du reste vous tenir l'esprit toujours gai Racine, Lett. à Boileau, 24 mai 1687
    • L'art que j'avais de tenir toujours les hommes dans quelque nouvelle espérance Fénelon, Dial. des morts mod. Richelieu, Mazarin.
    • Je viens vous tenir un cheval tout prêt, en cas de semblable malheur, afin qu'on ne vous coupe pas la tête Hamilton, Gramm. 5
    • Afin que l'idée de la présence de Dieu aux pensées les plus secrètes de l'âme obligeât les hommes à tenir leur cœur, non moins que leurs mains, dans une grande pureté Rollin, Hist. anc. XXVI, 1re part. ch. 1
    • Quelqu'un de ces génies supérieurs qui sont faits pour gouverner les esprits médiocres, et les tenir toujours dans la situation dont on a besoin Lesage, Turcar. I, 10
    • Pour tenir les grands princes toujours faibles, ils [les Romains] ne voulaient pas qu'ils reçussent dans leur alliance ceux à qui ils avaient accordé la leur Montesquieu, Rom. 6
    • Les églises se partageaient entre les héritiers ; et, quand elles étaient tenues d'une manière indécente, les évêques n'avaient d'autre ressource que d'en retirer les reliques Montesquieu, Espr. XXXI, 11
    • J'ai tenu, pendant quarante-huit heures, sept milliers de fonte en fusion dans mon fourneau Buffon, Min. t. IV, p. 131
    • Vous avez tenu vos amis en peine J.-J. Rousseau, Ém. v.
    • Il ne faut ni tenir la main fermée ni l'ouvrir tout à la fois ; il faut ouvrir les doigts l'un après l'autre ; la vérité s'en échappe peu à peu, sans faire courir aucun risque à ceux qui la tiennent et qui la laissent échapper D'Alembert, Œuv. t. IV, p. 88
    • Adieu, mon cher maître : le ciel vous tienne en joie ! D'Alembert, Lett. à Voltaire, 9 janvier 1773
    • Bien tenir, mal tenir sa maison, la bien, la mal administrer.

    • Il tient bien sa classe, il y maintient la discipline ; il ne sait pas tenir une classe, il ne sait pas y maintenir la discipline.

    • Cette place de guerre tient le pays en respect, tient le pays en crainte, tout le pays est sous la domination de cette place.

    • Ce corps de troupes a tenu les ennemis en respect, il était tellement posté que les ennemis n'ont pu faire aucune entreprise.

    • Cet emploi tient en sujétion, il ne laisse pas de temps libre.

    • Tenez cela secret, gardez le silence là-dessus.

      • On convint de tenir l'affaire secrète Marivaux, Marianne, 3e part.
      • Les Chaldéens tenaient leur science secrète pour se faire plus respecter des peuples Voltaire, Dict. phil. Ciel matériel.
    • Familièrement. Il nous a tenu le cas secret, il a affecté de n'en point parler, il en a fait mystère.

    • Tenir en exercice, en haleine, exercer souvent.

    • Tenir une chose en état, en bon état, la maintenir, l'entretenir.

  16. 16Il se dit de l'ordre où sont placés les hommes et les choses, soit effectivement, soit dans l'opinion. Les livres reliés tiennent le premier rang de ces tablettes. Des bois tiennent le haut du coteau.

    • Tenir le haut bout, le haut du pavé, occuper le plus haut rang.

    • Tenir sa place, figurer avec honneur.

      • Soyez persuadé que, par mon goût, vous seriez tout le beau premier à la fête [le mariage de Mlle de Sévigné] ; bon Dieu, que vous y tiendriez bien votre place ! Mme de Sévigné, Lett. à Bussy, 7 janv. 1669
      • Par son savoir et ses lumières tenant bien sa place au milieu d'eux J.-J. Rousseau, Confess. VIII
    • On dit de même familièrement : tenir bien son coin.

    • Tenir bien son rang, sa place, son poste, occuper dignement l'emploi où l'on est.

  17. 17Terme de musique. Tenir sa partie, la chanter ou la jouer.

    • Fig. et familièrement. Tenir bien sa partie, bien remplir les fonctions dont on est chargé.

    • Tenir l'orgue.

      • M. Chauvot, l'habile organiste, tenait le grand orgue Journ. offic. 19 mars 1870, p. 492, 6e col.
  18. 18Remplir une fonction. Quand le chancelier tenait le sceau.

    • Au théâtre, tenir un rôle, le remplir.

      • Les autres rôles sont honnêtement tenus, mais pas davantage FR. SARCEY, Opin. nat. du 20 mai 1867
  19. 19Réunir en séance une assemblée, une compagnie. Tenir audience. C'est dans cette salle que l'Académie tient ses séances. Tenir les plaids. C'est tel président qui tient cette année la chambre des vacations.

    • Le lion tint conseil, et dit : mes chers amis.... LA FONT, Fabl. VII, 1
    • L'écrit portait Qu'un mois durant le roi tiendrait Cour plénière.... LA FONT, ib. VII, 7
    • Il [l'empereur Rodolphe] aimait beaucoup mieux s'instruire avec le fameux Ticho-Brahé que tenir les états de Hongrie et de Bohême Voltaire, Mœurs, 178
    • Irène.... parla elle-même dans le concile [2e de Nicée] ; c'est le seul qui ait été tenu par une femme Voltaire, Dict. phil. Conciles.
    • Le roi tient actuellement son lit de justice pour cette belle affaire du parlement et du clergé D'Alembert, Lett. à Voltaire, 13 déc. 1756
    • Tenir chapelle, voy. CHAPELLE.

    • Les gens tenant le parlement, se disait, sous l'ancienne monarchie, des membres du parlement.

    • Par plaisanterie.

      • Si j'avais un conseil à donner aux gens tenant la comédie... Voltaire, Lett. Damilaville, 29 avr. 1765
  20. 20Arrêter, fixer. On ne peut le tenir. Il est fort léger ; on ne sait comment le tenir.

  21. 21Réprimer, empêcher de.

    • Madame la Dauphine ne put tenir plus longtemps les éclats de rire Mme de Sévigné, 502
    • J'ai peine, en le voyant, à tenir ma colère Regnard, le Distr. v, 7
    • Si vous me promettiez de tenir votre langue, je vous conterais.... mais non ; car vous iriez tout dire Paul-Louis Courier, 2e lett. particulière.
  22. 22Tenir quelqu'un, être maître de son esprit, de son cœur.

    • Je suis si attachée à vous, et vous me tenez par tant d'endroits, que je sens plus que les autres la peine de la séparation Mme de Sévigné, 279
    • Je donnais des plaisirs aux gens débauchés et de la dévotion aux dévots pour les tenir tous Fénelon, Dial. des morts mod. Henri III, la Duch. de Montpensier.
  23. 23Donner une occupation durant quelque temps. Cette lecture m'a tenu longtemps. J'ai eu une visite qui m'a tenu une heure. Cet avocat a tenu toute l'audience. Je ne vous tiendrai guère. Il nous a tenus deux heures à ne rien faire.

  24. 24Suivre, aller dans, en parlant d'une route, d'une voie. Je l'ai rencontré, il tenait le chemin de Lyon.

    • Ces marchands faisaient leur route, tenant à peu près le quarantième degré de latitude nord Montesquieu, Esp. XXI, 16
    • Fig.

      • Il faudra tenir la voie qu'ont tenue tous vos pères [il faudra mourir] Massillon, Avent, Mort du péch.
    • Fig. Tenir un chemin, une route, agir dans une certaine direction.

    • Fig. La conduite à tenir en tel cas, la façon dont il faut s'y comporter.

    • Tenir une bonne ou une mauvaise conduite, se conduire bien ou mal. Tenir le milieu dans une affaire, prendre un tempérament, un expédient entre deux choses opposées, entre deux extrémités.

      • Le milieu entre l'ampoulé et le familier est difficile à tenir Voltaire, Comm. Corn. rem. Héracl. I, 1
    • Fig. Tenir le parti de quelqu'un, être de son parti.

    • Terme de vénerie. Tenir la voie, suivre bien la voie. Tenir les abois, se dit lorsque l'animal s'arrête au milieu des chiens qui crient dessus.

  25. 25Observer comme règle.

  26. 26Exécuter, effectuer, en parlant de ce qui est promis.

  27. 27Persister dans.

    • Nous nous jurâmes amitié, je la tiendrai toute ma vie à sa famille avec tendresse et reconnaissance Retz, Mém. t. III, liv. IV, p. 36, dans POUGENS
    • Elle m'a répondu, tenant son quant-à-moi :Va, va, je fais état de lui comme de toi Molière, le Dép. IV, 2
    • Vous tenez votre gravité.... démontez votre sérieux Mme de Sévigné, à Bussy, 9 juin 1669
    • Le roi, tout accoutumé qu'il était à représenter, eut peine à tenir son sérieux COMTE DE CAYLUS, Féeries, Œuv. t. VIII, p. 238, dans POUGENS
    • Tenir sa colère, persister dans sa colère (locution qui a vieilli).

      • Les femmes aiment la vengeance ; mais elles ne tiennent pas toujours leur colère Hamilton, Gramm. 9
    • Tenir sa morgue, affecter d'avoir une mine fière et dédaigneuse.

    • Tenir rigueur à quelqu'un, repousser les avances qu'il fait pour se réconcilier, ou continuer de lui refuser quelque chose.

    • En musique, cet instrument tient l'accord, ne tient pas l'accord, il ne reste pas longtemps accordé. On dit aussi neutralement : il tient, il ne tient pas d'accord.

  28. 28Il se dit des affections, des passions, des maladies du corps et de l'esprit, qui s'emparent de quelqu'un.

    • La fièvre et la goutte m'ont tenu longtemps, chacune à leur tour, et je n'en suis pas encore tout à fait dehors Voiture, Lett. 170
    • Quelle mauvaise humeur te tient ? Molière, Bourg. gent. III, 10
    • Voilà sa folie qui le tient Molière, Méd. malgré lui, I, 6
    • Dieu vous envoie des secours.... qui devraient bien vous empêcher de vous pendre, si cette envie vous tenait encore Mme de Sévigné, 490
    • Pour les douleurs, elles tiennent l'âme et le corps ; la vue de Dieu les fait souffrir avec patience.... mais elle ne les adoucit pas Mme de Sévigné, 4 mai 1672
    • Qu'a-t-il ? qu'est-ce qui le tient ? quel sujet, quelle raison a-t-il d'agir ainsi ?

    • On dit de même : je ne sais ce qui le tient.

  29. 29Tenir de, être redevable à.

    • Ceux dont ou de qui je tiens la vie, mon père et ma mère.

    • Ne tenir rien de quelqu'un, ne lui avoir aucune obligation, ne pas dépendre de lui.

    • Tenir une femme de la main de quelqu'un, la recevoir conduite, présentée par lui.

      • Il épouse, dit-il, Hermione demain ; Il veut, pour m'honorer, la tenir de ma main Racine, Andr. III, 1
    • Tenir un domestique de la main de quelqu'un, avoir un domestique par l'entremise de quelqu'un.

    • Tenir une chose de race, de naissance, apporter en naissant une chose qui s'est transmise par le sang des ancêtres. Ils sont tous braves, lans cette maison, ils tiennent cela de race.

    • Absolument. Tenir de race, avoir les habitudes, les mœurs communes à une famille.

      • Tenir quelque chose de son père et de sa mère, leur ressembler en cette chose.

        • Il voit une jeune personne qui lui veut du bien (car il tient cela de vous, d'être aimé de toutes les femmes) Molière, Fourber. I, 6
        • Je vous avertis, ma très chère, que vous n'aimez point à lire, et que votre fils tient cela de vous Mme de Sévigné, 608
        • Elle [la chienne mulet d'un chien et d'une louve] tenait du chien par sa queue qui était courte et émoussée, au lieu que le mâle tenait sa queue de la louve Buffon, Quadr. t. XII, p. 246
    • Absolument. Tenir de son père, de sa mère, leur ressembler soit de figure, soit de caractère.

      • Il a de qui tenir, se dit d'un enfant qui ressemble en quelque chose à son père ou à sa mère.

        • Il a de qui tenir, répondit un autre bourgeois qu'il appelait son compère CAILLÈRES, Bon et mauv. us. Convers. I
      • Fig. Tenir quelque chose de, participer en quelque chose à la nature de.

        • Comme une étincelle a quelque chose de semblable au soleil, et une goutte d'eau tient quelque chose du vaste océan Voltaire, Dial. 23
  30. 30Tenir de, avoir appris de quelqu'un, en parlant d'une nouvelle, d'un récit, d'un fait.

  31. 31Réputer, croire.

    • Tenir à, regarder comme.

    • Tenir pour, même sens. Je me le tiens pour dit, il n'est pas besoin que vous m'en avertissiez davantage.

      • Les jugements de ceux que j'ai tenus pour mes amis Descartes, Méth. VI, 5
      • On les tient pour sorciers dont l'enfer est le maître Corneille, Poly. IV, 6
      • Saint Basile tenait ces écrits pour ariens Pascal, Prov. XVII
      • Il tenait pour maxime qu'un habile capitaine peut bien être vaincu, mais qu'il ne lui est pas permis d'être surpris Bossuet, Louis de Bourbon.
      • Si je n'ai mis douze brodeurs après [un habit], qui n'ont fait que travailler jour et nuit, tenez-moi pour un infâme Hamilton, Gramm. 7
      • L'antiquité tenait pour axiome que rien n'est rien, que de rien ne vient rien Voltaire, le Pauvre diable.
      • Je tiens pour impossible que les grandes monarchies de l'Europe aient encore longtemps à durer J.-J. Rousseau, Ém. III
      • Son cousin ne se le tint pas pour dit Hamilton, Gramm. 9
    • Tenez-vous pour dit, soyez assuré que, ou souvenez-vous que.

    • Tenir comme, réputer pour, traiter comme.

    • Tenir en estime, estimer.

  32. 32Professer, être partisan de.

    • Mais je suis généreux, et tiens cette maxime Que... Malherbe, IV, 6
    • C'est une opinion orthodoxe ; tous les thomistes la tiennent Pascal, Prov. I
    • Vous et ceux qui tiennent cette doctrine Pascal, ib. XII
    • Jean, évêque de Jérusalem, accusé de tenir les huit propositions d'Origène Pascal, ib. XVIII
    • Leur but principal est de savoir au vrai les opinions qu'ils ont tenues, sans se mettre beaucoup en peine de ce qu'il en faut tenir Malebranche, Rech. vér. II, II, 4
  33. 33Tenir des discours, un langage, parler d'une certaine manière.

    • Ce sont les discours que vous teniez, avant que nous eussions parlé à votre femme HAUTER., Crisp. méd. I, 4
    • Ah ! monsieur, sur mon compte on tient bien des propos DESTOUCH., Hom. sing. I, 4
    • Deux amis, par exemple, qui ne se sont pas vus depuis longtemps, se rencontrent : l'attention qu'ils donnent à la surprise et à la joie qu'ils ressentent, leur fait naître aussitôt le langage qu'ils doivent se tenir Condillac, Art de pens. I, 5
    • On m'a prêté des discours que je n'ai jamais tenus, et que je n'aurais rien gagné à tenir D'Alembert, Lett. à Voltaire, 8 déc. 1763
    • Molière a dit : tenir des paroles.

  34. 34Être chargé de gérer la caisse, de faire les écritures des livres, chez un banquier, chez un négociant. Tenir la caisse chez un banquier, chez un receveur. Tenir les livres chez un banquier.

    • On dit de même : tenir un registre, des registres.

    • Tenir registre de quelque chose, inscrire quelque chose dans le livre, dans le registre.

    • Tenir note de quelque chose, en prendre note pour s'en souvenir.

      • Je vous dois déjà quelques ports de lettres ; ayez la bonté de tenir une note de tout cela jusqu'au printemps J.-J. Rousseau, Lett. à Moultou, 13 nov. 1762
    • Fig. Cet homme tient registre de tout, il remarque tout exactement, et il s'en souvient.

    • Tenir compte d'une somme à quelqu'un, lui passer cette somme en compte.

    • Fig. Je vous tiendrai compte de cela, je chercherai les occasions de reconnaître les obligations que je vous ai.

    • Fig. Tenir compte, ne pas tenir compte de quelqu'un, de quelque chose, voy. COMPTE, n° 6.

  35. 35Soutenir, en parlant d'un pari. Tenir une gageure.

    • Tenir vingt francs, parier vingt francs.

    • Je n'en voudrais pas tenir vingt écus, je ne donnerais pas la chose dont il s'agit pour vingt écus.

      • En quelle impatience Suis-je de voir mon frère, et lui conter sa chance !... Je n'en voudrais pas tenir vingt bons écus Molière, Éc. des mar. III, 2
    • Absolument. Vous pariez cent francs, je tiens.

      • Terme de jeux. Tenir jeu à quelqu'un, continuer à jouer contre lui tant qu'il veut.

      • Dans les jeux de renvi, comme dans ceux où la mise n'est pas réglée, accepter un renvi, y aller de tout l'argent dont un autre y va. Vous y allez de cinq francs, je les tiens, je tiens tout.

    • Absolument. Vous y allez de tant, je tiens.

    • Absolument. Au trictrac, tenir, n'être pas forcé par le dé de rompre son plein, ou continuer à jouer sans lever les dames.

      • Tenir le jeu, à la paume, être du côté de la grille, pour recevoir et jouer le service.

  36. 36Fig. Tenir tête à, voy. TÊTE.

  37. 37Saisir intellectuellement. Je tiens le mot de l'énigme, le sens de ce passage, la solution du problème.

  38. 38Faire tenir, faire en sorte que certaines choses soient remises, transmettre.

    • Je vous envoie un livre de Mlle de Gournay, qu'elle m'a donné pour vous le faire tenir Voiture, Lett. 126
    • Ce pauvre garçon était attaché à M. Fouquet, il a été convaincu d'avoir servi à faire tenir une de ses lettres à sa femme Mme de Sévigné, 1
    • Je vous conseille de faire tenir un petit compliment par d'Hacqueville à Mme de la Fayette sur cette abbaye Mme de Sévigné, 238
    • Je ne doute point des difficultés de trouver de l'argent et de le faire tenir Mme de Maintenon, Lett. à Mme des Ursins, 4 juillet 1706
    • Bon ! il y a dix ans qu'il est séparé de sa femme, à qui il fait tenir une pension à Valognes, afin de l'empêcher de venir à Paris Lesage, Turcaret, IV, 2
    • Ils n'avaient point de fusils à baïonnette ; même quand on leur en fit tenir de Londres, la plupart des Corses ne purent s'en servir Voltaire, Louis XV, 40
    • On ne recevait plus de nouvelles de la Suède, et on ne pouvait y en faire tenir Voltaire, Charles XII, 4
  39. 39V. n. Être attaché à.

    • Damoclès nageait dans la joie [à la table de Denis].... il aperçoit malheureusement, en levant les yeux, la pointe d'une épée suspendue sur sa tête, et qui ne tenait au plancher qu'avec un crin de cheval Rollin, Hist. anc. Œuv. t. v, p. 236, dans POUGENS
    • Fig. Ne tenir qu'à un fil, à un filet, être près de se détacher. Sa vie ne tient qu'à un fil.

      • Pour moi, je reçois d'étranges secousses, et mon cœur ne tient plus qu'à un filet Molière, Préc. 12
    • Fig. Ses pieds ne tiennent pas à terre, il ne tient pas à terre, se dit d'un enfant, d'un jeune homme vif et toujours en mouvement, ou d'une personne qui marche, qui danse fort légèrement.

    • Tenir ensemble, être joints l'un à l'autre.

      • Vous me dites des merveilles de votre santé, c'est-à-dire que vous êtes belle, car votre beauté et votre santé tiennent ensemble Mme de Sévigné, à Mme de Grignan, 14 juillet 1680
      • Il paraît qu'autrefois l'île de la Grande-Bretagne faisait partie du continent, et que l'Angleterre tenait à la France Buffon, Hist. nat. preuv. th. terr. Œuv. t. II, p. 419
      • Le 26 octobre 1701, il est né à Tzoni, en Hongrie, deux filles qui tenaient ensemble par les reins ; elles ont vécu vingt et un ans Buffon, Suppl. à l'hist. nat. Œuv. t. XI, p. 411
  40. 40Être difficile à ôter, à arracher, à déplacer. On ne saurait arracher ce clou, il tient trop. L'emplâtre tenait fortement à la peau. Ces pierres tiennent fortement.

    • Mais il n'a pas prévu Que je saurais souffler de sorte Qu'il n'est bouton qui tienne.... La Fontaine, Fabl. VI, 3
    • Cela tient comme poix, cela tient très fortement.

    • On dit aussi : cela tient comme teigne.

    • Cette porte tient, on a peine à l'ouvrir.

    • Fig. Il n'est..., il n'y a qui tienne, quelque résistance que la chose oppose.

      • Il n'est ordre qui tienne ; Je prie, et ce doit être assez... Thomas Corneille, l'Inconnu, v, divert. sc. 1
      • Il n'est pas à la mode. - Il n'est mode qui tienne MONTFLEURY, Femme juge et part. III, 2
      • Si, par un long abus du pouvoir, le despotisme s'établissait à un certain point [en Europe], il n'y aurait pas de mœurs ni de climat qui tinssent, et dans cette belle partie du monde la nature humaine souffrirait, au moins pour un temps, les insultes qu'on lui fait dans les trois autres Montesquieu, Espr. VIII, 8
  41. 41Ne tenir à rien, ne tenir à guères, se dit d'une situation fort précaire.

    • Je crois que vous savez que Mademoiselle a chassé Guilloire ; le pauvre Segrais ne tient à guères Mme de Sévigné, 31
    • Il est certain que soit cela, soit autre chose aurait enfin renversé cette fortune qui ne tenait plus à rien Mme de Sévigné, 392
    • Ma condition présente ne tenait à rien Marivaux, Marianne, 5e part.
    • La conduite du général [des jésuites] était d'autant plus maladroite, qu'il savait que le crédit de son ordre ne tenait presque plus à rien Voltaire, Hist. parl. 67
    • Ne tenir à guères, avoir peu de force, en parlant de sentiments.

      • Ma colère ne tient à guère, et ma tendresse pour vous deux [M. et Mme de Grignan] tient à beaucoup Mme de Sévigné, 11 mars 1671
    • Ne tenir à rien, être sur le point de se faire.

      • Cet aveu ne tient plus à rien, nous le ferons peut-être demain, peut-être ce soir Marivaux, Marianne, 10e part.
    • Me voilà prêt à partir, je ne tiens à rien, rien ne m'arrête, rien ne m'en empêche.

    • On dit à peu près dans le même sens : Je vous payerai quand vous voudrez, votre argent ne tient à rien.

  42. 42Fig. Tenir au cœur, se dit des personnes que l'on affectionne, auxquelles on porte un vif intérêt.

    • J'embrasse les Grignan ; l'aîné me tient bien tendrement au cœur Mme de Sévigné, 170
    • M. l'abbé de Langeron et M. du Puis ne lui tiennent guère moins au cœur que M. de Cambrai Mme de Maintenon, Lett. au cardin. de Noailles, 7 août 1698
  43. 43Fig. Être attaché par des liens moraux. Il tient à ce parti-là par des raisons de famille. En termes de dévotion, il ne tient plus à la terre, il est détaché des choses du monde.

    • Pour moi, je ne tiens plus à vous par aucun attachement du monde Molière, Don Juan, IV, 9
    • Un homme de bien ne sera pas étonné dans les approches de la mort ; son âme ne tient presque plus à rien, elle est déjà comme détachée de ce corps mortel Bossuet, 2e sermon, Purific. 2
    • Il n'y a rien à quoi l'on ne tienne, quoiqu'on ne le sente pas toujours ; de même qu'on ne sent pas toujours que son âme est unie, je ne dis pas à son bras et à sa main, mais à son cœur et à son cerveau Malebranche, Rech. vér. IV, 13
    • Les rois aiment que l'on tienne à leur personne, et ils se défient avec raison de leur dignité Fontenelle, Dangeau.
    • Il ne tenait à rien par son goût, et se livrait à tout par celui des autres Duclos, Œuv. t. VIII, p. 108
    • Tout est occasion de chute à qui ne tient plus à rien J.-J. Rousseau, Hél. VI, 6
    • M. Damilaville a de l'amitié pour moi, et il sait l'intérêt que je prends à M. de Saint-Géni et à tout ce qui vous tient par le fil le plus léger Diderot, Lett. à Mlle Voland, 3 nov. 1760
    • Angélique : Vous croyez que je suis nièce de la baronne ? - Sainville : Comment ? - Angélique : Il n'en est rien, je ne tiens à personne LA CHAUSSÉE, Gouvern. II, 8
    • Le plus grand des malheurs est celui de ne tenir à rien et d'être isolé Mme de Genlis, Vœux témér. t. III, p. 135, dans POUGENS
    • Un chrétien qui achève son sacrifice, qui fait le dernier effort, afin de rompre tous les liens de la chair et du sang, et ne tient plus à la terre Bossuet, le Tellier.
  44. 44Fig. Être pris par une opinion, une affection, une passion. Tenir à son opinion. Il tient à l'argent.

    • Mais, hélas ! qu'on tient à la vie,Quand on tient si fort à l'amour ! Racine, Théb. v, 1
    • Lié par l'amitié, jamais par les choses, et tenant plus à mes sentiments qu'à mes intérêts J.-J. Rousseau, Lett. à l'archev. de Par.
    • On tient à ses propres résolutions par ce sentiment de liberté qui résiste à celles des autres Marmontel, Cont. mor. Fem. com. peu.
  45. 45Fig. Avoir des rapports, des relations de famille ou autres.

    • Et puisqu'il tient encore à nous, comme il l'avoue, par ma belle-fille.... Mme de Sévigné, 570
    • Que ceux qui achètent soient comme ne possédant pas, et qu'ils cessent de s'imaginer que ce qui tient si peu à eux soit véritablement en leur puissance Bossuet, Méd. sur l'Év. dern. sem. du Sauv. 40e jour.
    • Par la loi du corps, je tiens à ce monde qui passe ; par l'espérance et par la foi, je tiens à Dieu qui ne passe point Fléchier, Dauphine.
    • Je tiens, par le bonheur de ma naissance, à un grand nom [Corneille] qui, dans la plus noble espèce des productions de l'esprit, efface tous les autres noms, à un nom que vous respectez vous-mêmes Fontenelle, Disc. récept.
    • Il [l'athée] ne regarde les hommes que comme les tristes fruits d'un assemblage bizarre et fortuit, auquel il ne tient que par des liens passagers Massillon, Carême, Vérité de la relig.
    • Nous tenons tous à un certain monde qui nous environne Massillon, Carême, Resp. hum.
    • Le parlement, dont les familles, tenant à toutes les familles de Paris, formaient aisément la voix publique Voltaire, Hist. parl. 67
    • Pourvu que je ne parle en mes écrits.... de personne qui tienne à quelque chose, je puis tout imprimer librement, sous l'inspection de deux ou trois censeurs Beaumarchais, Mar. Fig. v, 3
  46. 46Fig. Avoir pour but, désirer. Je tiens à vous convaincre.

  47. 47Être contigu. Son parc tient à la forêt. Sa maison tient au presbytère.

    • Le czar.... voulait savoir quelle était sa situation à l'égard de l'Amérique, si elle tient à la Tartarie, ou si la mer de Septentrion donnait un passage dans ce grand continent, ce qui lui aurait encore ouvert le nouveau monde Fontenelle, Pierre Ier.
  48. 48Fig. Résulter, provenir de. Ces événements tiennent à des causes inconnues.

    • Avez-vous de la peine à concevoir que les bonnes qualités d'un homme tiennent à d'autres qui sont mauvaises, et qu'il serait dangereux de le guérir de ses défauts ? Fontenelle, Dial. 1, Morts mod.
    • Cette corruption était d'autant plus dangereuse, qu'elle était plus ancienne, et tenait plus, en quelque sorte, à l'abus des mœurs qu'à l'abus des lois Montesquieu, Esp. XXXI, 2
    • Je dirai que la chaleur de J. J. Rousseau me paraît tenir plus aux sens qu'à l'âme D'Alembert, Œuv. t v, p. 377
    • Dépendre de.

    • Impersonnellement. Il se dit des obstacles, des considérations qui empêchent une chose de se faire. À quoi tient-il ? de quoi dépend-il ? Il ne tient pas à moi, il ne dépend pas de moi S'il n'exige qu'une visite de ma part, qu'à cela ne tienne.

      • Il ne tient pas à une personne que telle chose ne se fasse, signifie quelquefois, non-seulement qu'elle n'y apporte aucun obstacle, mais même qu'elle y contribuera de tout son pouvoir.

        • Il ne tint pas aux empereurs que Jésus-Christ même, dont ils persécutaient les disciples, n'eût des autels parmi les Romains Bossuet, Hist. II, 12
        • Je sais seulement, et toute l'Europe le sait comme moi, qu'il ne tient pas à Votre Majesté que l'humanité ne respire enfin après tant de malheurs D'Alembert, Lett. au roi de Pr. 22 déc. 1762
  49. 49Avoir de la ressemblance, participer.

  50. 50En parlant d'un corps délibérant, d'une compagnie, être assemblé. L'Assemblée nationale tient tous les jours. L'Académie française tient les jeudis.

    • En parlant des foires, des marchés, des spectacles, avoir lieu. Les théâtres tiennent. Le marché tient tous les mercredis et samedis.

  51. 51Persister, se maintenir dans le même état. La neige tient. La frisure ne tient pas.

    • Les nouvelles de cette année ne tiennent pas d'un ordinaire à l'autre Mme de Sévigné, 18 févr. 1671
    • Cet instrument ne tient pas d'accord, voy. au n° 27.

    • Cette couleur ne tient pas, elle n'est pas solide.

    • Le temps ne tiendra pas, ne restera pas longtemps comme il est.

  52. 52Subsister sans aucun changement ni altération, en parlant d'un traité, d'une convention, d'un marché.

    • Mais si le pacte tient.... Rotrou, Antig. II, 4
    • Je t'ai promis ma fortune et ma nièce ; c'est notre traité, et il tient Diderot, Père de famille, III, 6
  53. 53Se maintenir dans une situation.

    • Je n'ai rien appris des démarches de l'empereur ; apparemment elles seront lentes, et nous pourrons tenir ici longtemps, si nous attendons la fin PELLISSON, Lett. hist. t. I, p. 389
    • Voltaire, de retour de Berlin, d'où il avait fait chasser le malheureux d'Arnaud, et où il n'avait pu tenir lui-même Marmontel, Mém. v.
    • Continuer les affaires. On est persuadé que cette maison ne tiendra pas.

  54. 54Tenir pour, se ranger du côté de, donner son assentiment à.

  55. 55Résister, tant au propre qu'au figuré.

    • Ni grilles, ni verrous ne tiennent contre moi Corneille, Méd. IV, 6
    • Sa confiance n'a jamais tenu un quart d'heure contre sa peur Retz, Mém. t. II, liv. III, p. 445, dans POUGENS
    • Ce qu'il y a de constant, c'est qu'en se retirant au château, le comte de Nassau pouvait encore tenir six jours au moins PELLISSON, Lett. hist. t. II, p. 319
    • Déjà l'armée est assez fortePour faire corps et battre aux champs ;La voilà tantôt qui menaceGouverneurs de petite place,Et leur dit qu'ils seront pendus,Si de tenir ils ont l'audace La Fontaine, Coupe.
    • Quelque ressentiment qu'un outrage nous cause,Tient-il contre un remords d'un cœur bien enflammé ? Molière, Amph. II, 6
    • Enfin je ne comprends pas la noirceur de ces vapeurs, de tenir contre tant de bonnes choses Mme de Sévigné, 565
    • La mort du roi d'Angleterre n'a pu tenir contre la jeunesse avide des plaisirs du carnaval Mme de Sévigné, 28 févr. 1685
    • Ceux-ci [les Brutiens et les Samnites].... furent forcés à subir le joug des Romains ; Tarente les suivit de près ; les peuples voisins ne tinrent pas ; ainsi tous les anciens peuples d'Italie furent subjugués Bossuet, Hist. I, 8
    • Les ouvrages des Égyptiens étaient faits pour tenir contre le temps Bossuet, ib. III, 3
    • Les mœurs corrompues de la nation les entraînaient bientôt dans les plaisirs, contre lesquels nulle éducation ne peut tenir Bossuet, ib. III, 5
    • L'idolâtrie même sentait dans notre religion une force victorieuse contre laquelle les faux dieux ne pouvaient tenir Bossuet, ib. II, 12
    • Je ne m'en défends point : mes pleurs, belle Ériphile,Ne tiendraient pas longtemps contre les soins d'Achille Racine, Iphig. II, 3
    • La place [Jérusalem] tint trois mois entiers, et aurait encore tenu autant, et peut-être obligé les Romains à abandonner leur entreprise, sans la rigueur superstitieuse avec laquelle les assiégés observaient le sabbat Rollin, Hist. anc. Œuv. t. IX, p. 466, dans POUGENS
    • Tienne qui voudra contre de si grandes extrémités [les misères du peuple], je ne veux être, si je le puis, ni malheureux ni heureux : je me jette et me réfugie dans la médiocrité La Bruyère, VI
    • Il faut avouer ma faiblesse ; je n'ai pu tenir contre le pâté de perdrix dont vous m'annoncez l'agréable arrivée par votre lettre CHAUL., Autre réponse à M. l'abbé C.
    • Si elle s'avise de laisser tomber quelques feintes larmes, en conscience, croyez-vous tenir un seul moment devant elle ? BRUEYS, Muet, I, 4
    • La statue de sel [la femme de Lot changée en sel] ne pouvait pas tenir à la pluie Voltaire, Quest. de Zapata, 18
    • Peu de cœurs comme vous tiennent contre l'absence Voltaire, Tancr. I, 6
    • Les seuls champions qui pussent tenir devant les chevaliers de France, étaient les chevaliers d'Angleterre Chateaubriand, Génie, IV, V, 4
    • Terme de guerre. Les ennemis ne tiennent pas, ils n'attendent pas qu'on aille à eux, et ils se retirent.

    • Tenir bon, tenir ferme, résister, se défendre.

    • Tenir bon, tenir ferme, ne pas céder aux instances, aux offres, etc. Tenez bon, et vous aurez cette terre pour le prix que vous offrez.

    • Cet homme ne tient point contre la raillerie, contre la plaisanterie, dès qu'on le raille, qu'on le plaisante, il s'embarrasse, il se décontenance.

  56. 56Terme de chasse. Les perdrix ne tiennent pas, elles partent sans qu'on puisse en approcher.

    • La marouette, comme tous les râles, tient si fort devant les chiens, que souvent le chasseur peut la saisir avec la main, ou l'abattre avec un bâton Buffon, Ois. t. v, p. 244
    • Une bête tient aux chiens, quand elle est sur ses fins et qu'elle se défend contre eux.

  57. 57Terme de marine. Tenir à la mer, tenir contre les vagues, se dit d'un bâtiment qui supporte une grosse mer.

    • En hiver, le port de Cochin est inabordable, et il ne peut en sortir aucun vaisseau, parce que les vents y soufflent avec une telle impétuosité, que les bâtiments ne peuvent pas tenir à la mer Buffon, Hist. nat. preuv. th. terr. Œuv. t. II, p. 252
    • Tenir au vent, naviguer avec le vent presque contraire.

    • Tenir sous voiles, avoir toutes les voiles appareillées et être prêt à faire route.

    • Tenir en travers, naviguer en présentant le côté à la lame.

    • Tenir sur ses ancres, c'est n'être pas arraché de la place qu'on occupe ni par les efforts du vent, ni par les chocs violents des lames.

    • Tenir, en parlant d'une ancre, rester immobile à la place où elle s'est attachée.

    • Tenir bon, c'est à la fois tenir ferme, et cesser de haler sur un cordage qu'on tire.

  58. 58Ne pas tenir à, contre, être irrité, impatienté de.

    • Quelle sécheresse de conversation ! on n'y dure point, on n'y tient pas MOR., Préc. 5
    • Aratus, qui était plein de probité et d'honneur, ne put tenir contre une injustice si criante, et s'en plaignit hautement Rollin, Hist. anc. Œuv. t. VIII, p. 111, dans POUGENS
    • Je hais si fort les pédants, j'ai tant d'horreur pour les hypocrites, je me mets si fort en colère contre les fanatiques, que je ne pourrais jamais tenir à Paris plus de deux mois Voltaire, Lett. Mme du Deffant, 15 janv. 1761
    • On se lasse à la longue d'être brûlé ; il n'y a patience de saint qui puisse y tenir Voltaire, Facéties, Pot pourri.
    • Le moyen de tenir à ces répliques-là ? BOISSY, Deh. tromp. II, 4
    • Cet ami si modéré et si philosophe pour supporter les maux d'autrui, se vit peu de temps après, pour quelque sottise qu'il fit, le sujet d'une mauvaise épigramme ; sa philosophie n'y tint pas D'Alembert, Éloges, Mariv.
  59. 59En tenir, avoir reçu des coups, du plomb ou autre chose. Avez-vous atteint cette perdrix ? je crois qu'elle en tient.

  60. 60Être contenu. Tous vos meubles ne pourront tenir dans cet appartement.

    • Dieu merci, nous avons l'hôtel de Carnavalet ; c'est une affaire admirable ; nous y tiendrons tous Mme de Sévigné, 365
    • Il [Huet] prétendait que tout ce qui fut jamais écrit depuis que le monde est monde, pourrait tenir dans neuf ou dix in-folio, si chaque chose n'avait été dite qu'une fois ; il en exceptait les détails de l'histoire D'OLIVET, Hist. de l'Acad. t. II, p. 278, dans POUGENS
    • Ses démonstrations anatomiques [de M. Hunauld] lui attirèrent un si grand concours d'étudiants, qu'ils ne pouvaient tenir dans l'amphithéâtre où elles se faisaient, tout spacieux qu'il est MAIRAN, Éloges, Hunauld.
    • Environ cent hommes tenaient dans ces bâtiments [les barques e Louis le Débonnaire] Voltaire, Mœurs, 25
  61. 61Se tenir, v. réfl. Se prendre, s'attacher à quelque chose. Se tenir à une branche.

    • Si elle [l'âme] n'avait pas oublié Dieu, si elle avait toujours songé qu'elle est son image, elle se serait tenue à lui comme au seul appui de son être Bossuet, la Vallière.
    • Se tenir à cheval, être à cheval.

      • Le duc d'Anjou et le duc de Guise lui aidèrent à monter à cheval, où elle se tenait avec une grâce admirable LA FAY., Princesse Montpensier, Œuv. t. II, p. 300, dans POUGENS.
      • Montons vite à cheval, quoique je ne puisse me tenir que sur une fesse Voltaire, Cand. 9
    • Se tenir bien à cheval, y être ferme et de bonne grâce.

    • Dans le sens opposé, s'y tenir mal.

  62. 62Se tenir l'un l'autre. Se tenir par la main ; se tenir bras dessus, bras dessous.

    • Vous êtes, ô vallon, la retraite suprême, Où nous avons pleuré, nous tenant par la main Victor Hugo, Rayons et ombres, 34
    • Fig. Se tenir par la main, être d'intelligence, se secourir l'un l'autre.

      • Le parti des sages ne laisse pas d'être considérable.... je vous le répète, mes frères, si vous vous tenez tous par la main, vous donnerez la loi Voltaire, Lett. Helvétius, 12 déc. 1760
    • Fig.

      • La dis grâce et la faveur se tiennent par la main Mme de Maintenon, Lett. à M. d'Aubigné, 10 août, t. I, p. 123, dans POUGENS.
      • Les beaux-arts, qui se tiennent comme par la main et qui d'ordinaire périssent et renaissent ensemble Voltaire, Mœurs, 82
      • Toutes les sciences sont sœurs, a dit un ancien ; elles se tiennent toutes comme par la main CAMBACÉRÈS, Instit. Mém. sc. mor. et pol. t. III, p. 9
    • Fig. Être dans une dépendance réciproque, en parlant de choses.

      • Toutes les choses de la nature se tiennent et se prouvent les unes les autres Malebranche, Rech vér. IV, 2
      • Le vrai, le bon et le beau se tiennent de bien près Diderot, Essai sur la peint. ch. 6
      • Tout se tient dans la nature et dans la politique Raynal, Hist. phil. IX, 27
  63. 63Fig. Se tenir ou s'en tenir à une chose, ne vouloir, ne faire rien de plus, se borner à.

    • Chacun le dit, et chacun s'en tint là La Fontaine, Fauc.
    • Je puis fermer les yeux sur vos flammes secrètes,Tant que vous vous tiendrez aux muets interprètes Molière, Fem sav. I, 4
    • Philinte : Et pour votre procès, dont vous pouvez vous plaindre, Il vous est en justice aisé d'y revenir, Et contre cet arrêt.... - Alceste : Non, je veux m'y tenir Molière, Mis. v, 1
    • Nous ne nous tenons jamais au temps présent Pascal, Pens. III, 5, éd. HAVET
    • Tenez-vous-en là, mon père, si vous m'en croyez Pascal, Prov. IV
    • C'est ainsi qu'on raisonne [voir en tout la main de Dieu] quand on lève les yeux ; mais ordinairement on s'en tient aux pauvres petites causes secondes Mme de Sévigné, 25 mai 1680
    • La reine d'Espagne se tient au traité des Pyrénées, qui est de ne point accabler ses alliés Mme de Sévigné, 26 févr. 1672
    • Tenons-nous-en à croire fermement que personne n'est heureux Mme de Sévigné, 15 juin 1680
    • Je m'en tiens à ma première maxime : quand on a affaire à un homme aussi violent et aussi brouillon que vous l'étiez, assassiner est le plus sûr Fénelon, Dial. des morts mod. (Charles VII, Jean duc de Bourgogne).
    • Qui change une fois, peut bien ne pas s'en tenir là LAMOTTE, Minutolo, sc. 2
    • La philosophie, sire, respecte qui elle doit, estime qui elle peut, et s'en tient là D'Alembert, Lett. au roi de Pr. 29 avril 1763
    • Savoir à quoi s'en tenir, n'être nullement incertain.

      • L'Angleterre a tant changé qu'elle ne sait plus elle-même à quoi s'en tenir Bossuet, Reine d'Angl.
      • Moyennant l'embarras où je vais jeter le marquis, il faudra bien qu'il parle ; et je veux savoir à quoi m en tenir Marivaux, le Legs, sc. 1
    • À certains jeux de cartes. Je m'y tiens, je suis content des cartes que j'ai ; je n'en demande pas d'autres. Vous y tenez-vous, ou voulez-vous d'autres cartes ?

    • S'en tenir à son mot, s'arrêter, se fixer à ce qu'on a annoncé d'abord.

    • S'en tenir à son mot, en parlant d'un marchand, ne vouloir rien rabattre du prix fixé tout d'abord.

    • Se tenir à peu de chose, se tenir à peu, ne pas conclure une affaire, bien qu'il s'agisse de peu de chose pour qu'on soit d'accord. Ils se tiennent tous deux à peu de chose. Il se tient à vingt francs sur un marché de mille francs.

    • On dit dans le même sens : Se tenir à rien, se tenir à très peu de chose.

  64. 64Être, demeurer dans un certain lieu. Le chamois se tient sur les montagnes.

    • La mère de Jésus et la sœur de sa mère, Marie, femme de Cléophas, Marie Madeleine, se tenaient auprès de sa croix Saci, Bible, Év. St Jean, XIX, 25
    • Je ne prends aucune part dans ses affaires ; qu'elle se tienne de son côté et moi du mien Bourdaloue, 12e dim. après la Pentec. Dominic. t. III, p. 287
    • Je suis né, disait-il, dans une ville fort petite ; et, pour l'empêcher de devenir encore plus petite, j'aime à m'y tenir Rollin, Hist. anc. XXV, ch. II, I, 2
    • Elle ne se tenait chez elle que pour passer sa vie dans une oisiveté contemplative Marivaux, Pays. parv. 4e part.
    • Les hommes ne sont pas bons à grand'chose ; fripons ou sots, voilà pour les trois quarts ; et, pour l'autre quart, il se tient chez soi Voltaire, Écoss. II, 5
    • Il est une race de rossignols beaucoup plus gros que les autres, laquelle se tient et niche dans les charmilles Buffon, Ois. t. IX, p. 163
    • Et vous aussi, monsieur de Montmorency, tenez-vous quelques moments dans cette pièce-ci COLLÉ, Part. de chasse de Henri IV, I, 6
    • Il avait reconnu le roi, qui, en traversant la cour, lui ordonna de lui faire éviter les antichambres où se tenaient les domestiques Mme de Genlis, Mlle de la Fayette, p. 225, dans POUGENS
    • Fig. Se tenir à sa place, rester, comme il convient, dans la situation qu'on occupe.

      • Il ignore quelle est la place des autres ; mais il sent la sienne et s'y tient J.-J. Rousseau, Ém. III
    • Un tel se tient six mois à la campagne, et six mois à la ville, il passe six mois à la campagne et six mois à la ville.

    • S'il est bien, qu'il s'y tienne, se dit, par dépit, d'un homme dont on entend vanter le bonheur.

    • Quand on est bien, il faut s'y tenir, il ne faut pas changer légèrement, pour peu qu'on se trouve passablement dans son état.

    • On dit de même : êtes-vous bien, tenez-vous-y.

    • On dit aussi et mieux : tiens-t'y.

      • Un seul serment suffit à la vie d'un homme ; tu en as déjà prêté un ; tiens-t'y CH. DE BERNARD, Gentilh. campag. II, 28
  65. 65Être, demeurer dans une certaine situation. Se tenir à ne rien faire. Se tenir debout, à genoux. Il se tient toujours propre. Se tenir à l'écart.

    • Se tenir bien, se tenir mal, avoir un bon, un mauvais maintien.

      • Voilà qui va le mieux du monde, et vous vous tenez à merveille [un peintre, à la personne dont il fait le portrait] Molière, Sicil. 12
      • Je ressemblais assez à une aimable petite fille, toute fraîche sortie d'une éducation de village, et qui se tient mal, mais dont les grâces encore captives ne demandent qu'à se montrer Marivaux, Marianne, 1re part.
      • Sa taille eût été grande et belle, si elle se fût mieux tenue J.-J. Rousseau, Confess. VIII
    • Il ne sait comment se tenir, il ne sait quelle attitude prendre.

    • Tenez-vous en repos, se dit à une personne qui importune par des gestes incommodes ou trop libres.

    • Fig. Tenez-vous en repos, soyez sans inquiétude.

      • Pour nous, qui n'approfondissons pas tant les choses, tenons-nous en repos sur le tout : voulons-nous être plus savants que nos maîtres ? Pascal, Prov. III
      • Eh ! ma sœur, lui dit l'autre, tenez-vous en repos ; et vous, monsieur, ajouta-t-elle en m'adressant la parole, allez-vous-en, je vous prie Marivaux, Pays. parv. 5e part.
    • Fig. Se tenir les bras croisés, rester à ne rien faire quand il faudrait travailler

    • Absolument. Se tenir, rester debout. Je voudrais bien me pouvoir dire à moi-même que je suis quelque chose, un grand homme.

      • .. mais qui m'a dit que je me tiendrais, si j'étais plus haut ? Bossuet, Disc. vie cachée.
      • Se tenir, signifie aussi demeurer tranquille.

        • Le petit doigt de tatan lui dira que tu n'as jamais voulu te tenir pendant qu'on te frisait, et que tu as fait enrager la coiffeuse Mme de Genlis, Théâtre d'éduc. Lingère, I, 6
      • Familièrement. Vous n'avez qu'à vous bien tenir, se dit par forme d'avertissement ou de menace à une personne qui a quelque mauvaise affaire. Vous l'avez offensé, il est vindicatif, vous n'avez qu'à vous bien tenir.

        • Tu me parais une bonne pièce de ménage ; et le drôle qui t'aura n'aura qu'à se bien tenir LEGRAND, Philanthrope, sc. 14
      • On dit de même : Tenez-vous bien, prenez garde, prenez les moyens de vous défendre.

  66. 66Il se dit de certaines dispositions morales ou intellectuelles.

  67. 67Avoir lieu, en parlant d'assemblées, de réunions. La foire se tient tous les ans ici. Le marché se tiendra demain.

    • L'histoire courut si bien que, dès le lendemain, chacun sut dans le voisinage que le sabbat se tenait chez M. Noiret J.-J. Rousseau, Conf. VI
    • L'assemblée commence de très grand matin, elle se tient au théâtre de Bacchus, ou dans le marché public, ou dans une grande enceinte voisine de la citadelle, et nommée Pnyx BARTHÉLEMY, Anach. ch. 14
    • Il s'est tenu ici une assemblée générale BARTHÉLEMY, ib. ch. 82
  68. 68Se tenir, se contenir, retenir quelque mouvement de passion.

    • Se tenir de, s'empêcher de.

      • À peine se purent-ils tenir de pleurer. Vaugelas, Q. C. 298
      • Je veux bien que vous sachiez, car je ne me saurais tenir de vous apprendre toujours quelque chose.... Voiture, Lett. 193
      • Elle [Mme de Sévigné] est brusque et ne se peut tenir de dire ce qu'elle croit joli, quoique assez souvent ce soient des choses un peu gaillardes TALLEMANT DES RÉAUX, Historiettes, Sévigny et sa femme
      • Acante ne se peut tenir de réciter certains couplets de poésie La Fontaine, Psyché, I, p. 13
      • Monsieur, je vous demande pardon ; mais vous êtes si plaisant, que je ne saurais me tenir de rire Molière, Bourg. gent. III, 2
      • Je ris incognito d'abord que je le vois ;Je ne puis m'en tenir, quelque effort que je fasse BOURSAULT, Fables d'Es. I, 1
    • Il se dit avec que et le subjonctif.

    • Fig. et familièrement. Se tenir à quatre, faire un grand effort sur soi-même pour ne pas éclater, pour ne pas se mettre en colère.

  69. 69Terme de marine. Se tenir au vent d'un navire ou d'un point quelconque, gouverner et manœuvrer de manière à se maintenir dans la position du vent, relativement à ce navire ou à ce point.

    • Se tenir en travers, présenter le côté à la lame ou au vent, ou prendre la panne.

    • Se tenir à la cape, se mettre et rester à la cape.

  70. 70Se réputer, se croire.

  71. 71Être dit, prononcé. Les discours qui se sont tenus en cette occasion. Il s'est tenu beaucoup de propos sur son compte.

  72. 72Être accompli, en parlant d'une promesse, d'un vœu. Mon vœu doit se tenir.

  73. 73En termes de théâtre, tenir l'affiche, se dit d'un auteur qui a du succès et dont les pièces reparaissent souvent sur l'affiche.

    • M. Victorien Sardou est un de ces élus ; voici maintenant dix-sept ans bien comptés qu'il tient l'affiche, comme on dit dans le familier langage des coulisses É. MONTAIGUT, Rev. des Deux-Mondes, 1er mars 1877, p. 200

Remarque

1. Quand il tient impersonnel est suivi de que, il veut le subjonctif : Il tient à moi que cela se fasse, que cela ne se fasse pas. Il ne tiendra qu'à lui que le différend se juge par une bataille. 2. Il tient, dans une phrase négative ou interrogative, veut ne après le que : Il ne tint pas à eux que la ville ne fût démolie. Voltaire, dans son Commentaire, dit, à tort, que le second ne est fautif ; mais ce ne peut être supprimé ; on trouve un exemple de cette suppression dans Voiture (voy. le n° 48).

Proverbes

Un tiens vaut mieux que deux tu l'auras, la possession d'un bien présent est préférable à la promesse d'un bien plus considérable. Quand on est bien, on ne s'y peut tenir, le désir du changement fait qu'on s'ennuie de tout. Il vaut mieux tenir que querir, proverbe altéré souvent en : il vaut mieux tenir que courir, c'est-à-dire la possession actuelle vaut mieux que la peine d'aller chercher. Serrez la main, et dites que vous ne tenez rien, se dit à quelqu'un de qui on se moque, en faisant semblant de lui vouloir donner une chose qu'on ne lui donne pas. Promettre et tenir sont deux, souvent on manque à ce qu'on a promis. Il fait bon aller à pied quand on tient son cheval par la bride. Autant pèche celui qui tient le sac que celui qui met dedans, ou autant vaut celui qui tient le veau que celui qui l'écorche, les complices d'un crime sont aussi punissables que l'auteur.

Étymologie

Berry, tiendre, tienre, tinre ; wallon, tini, tuni, tîr, têr ; prov. tener, tenir ; catal. tenir ; espagn tener ; port. ter ; ital. tenere ; du lat. tenere.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander