1vivré, ée adj. (vi-vré, vrée)
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Terme de blason. Se dit de pièces disposées comme la vivre, c'est-à-dire, formant une ligne tortueuse.
Étymologie
Vivre 3.
Terme de blason. Se dit de pièces disposées comme la vivre, c'est-à-dire, formant une ligne tortueuse.
Vivre 3.
1Être en vie. Les oiseaux vivent dans l'air, et les poissons dans l'eau. Les chênes vivent fort longtemps.
Il n'y a rien qui exhorte tant à savoir bien mourir, que de n'avoir point de plaisir à vivreVoiture, Lett. 71
Je dis toujours que, si je pouvais vivre seulement deux cents ans, je deviendrais la plus admirable personne du mondeMme de Sévigné, Lett. à Bussy, 27 juin 1679
La dernière heure [pour un vieillard] n'en sera pas moins insupportable, et l'habitude de vivre ne fera qu'en accroître le désirBossuet, le Tellier.
Cette expression : elle ne vit plus, ne lui ôtait que la vie, et ne lui donnait pas les laideurs de la mortMarivaux, Marianne, 7e part.
Il me semble que je vous avais conseillé de vivre, uniquement pour faire enrager ceux qui vous payent des rentes viagèresVoltaire, Lett. Mme du Deffant, 23 avr. 1754
Une raison pour vivre, est d'avoir vécu ; cela est évident dans les sept premières années de la vie, où le nombre des jours que l'on doit espérer va toujours en augmentantBuffon, Prob. de la vie, t. x, p. 244
Plus on vit, plus on aime à vivre, même sans jouir de rienJ.-J. Rousseau, Hél. VI, 11
Âme, personne qui vive, avec une négation, personne.
Faire vivre, prolonger l'existence. Le régime rigoureux qu'il suit, le fait vivre. Le médecin a fait vivre ce malade dont la poitrine est menacée.
Fig.
Vous y devez [dans la langue] avoir une souveraine puissance, et faire vivre ou mourir les paroles comme il vous plaîtVoiture, Lett. 53
Dans le style élevé. Il a vécu, il est mort.
Fig. J'ai vécu, ma vie est finie, touche à son terme.
C'en est fait, madame, et j'ai vécuRacine, Mithr. v, 5
Il n'a que trop vécu, se dit d'une personne qu'on menace de faire mourir.
Vis, vivez, se dit à une personne à qui l'on fait grâce de la vie.
Par exagération. Ne pas vivre, être dans des inquiétudes continuelles qui troublent la vie.
Mme votre mère ne vivait pas, et nous vous trouvions bien plus en danger que pendant la petite véroleMme de Maintenon, Lett. au duc de Noailles, 29 mai 1706
On dit dans le même sens : ce n'est pas vivre. Il est toujours malade, ce n'est pas vivre.
Vivons-nous, chrétiens, vivons-nous ? cet âge que nous comptons et où tout ce que nous comptons n'est plus à nous, est-ce une vie !Bossuet, Mar.-Thér.
2Dieu vit de toute éternité, vit dans les siècles des siècles, vit par lui-même, se dit pour exprimer la vie de Dieu infinie, éternelle, indépendante.
Les bienheureux vivront éternellement avec Dieu dans la gloire, ils jouiront de la vue de Dieu pendant l'éternité.
En termes de dévotion, il se dit par rapport à la disposition de l'âme qui est en état de grâce. Un pécheur converti vit de la vie de grâce, vit d'une vie nouvelle.
Représentez-vous un véritable juste qui vit de la foiMassillon, Carême, Vérité de la relig.
3Passer sa vie en un certain temps. Ceux qui ont vécu avant l'ère chrétienne. Joinville a vécu dans le XIIIe siècle, et est mort au commencement du XIVe.
Il se dit aussi par rapport au gouvernement, aux usages, aux lois du pays où l'on demeure. Les lois, les coutumes sous lesquelles nous vivons.
En termes de galanterie, vivre sous les lois d'une femme.
4Passer sa vie.
Si c'est un aveuglement surnaturel de vivre sans chercher ce qu'on est, c'en est un terrible de vivre mal en croyant DieuPascal, Pens. XXIV, 57 bis, édit. HAVET.
Est-on dans les grandes places pour se reposer et pour vivre ?Bossuet, le Tellier.
Jouissons de la vie ; ne nous refusons aucun plaisir ; le temps est court, hâtons-nous de vivre, parce que nous mourrons demain, et tout mourra avec nousMassillon, Carême, Doutes.
Pour exécuter de grandes choses, il faut vivre comme si on ne devait jamais mourirVAUVENARGUES, Réflex. et max. 142
Il résultait de ses observations [de Montesquieu] que l'Allemagne est faite pour y voyager, l'Italie pour y séjourner, l'Angleterre pour y penser et la France pour y vivreD'Alembert, Élog. Montesq.
D'une façon emphatique et absolument. Employer sa vie.
Nous ne vivons jamais, mais nous espérons de vivre ; et, nous disposant toujours à être heureux, il est inévitable que nous ne le soyons jamaisPascal, Pens. III, 5
Quand il n'en faudrait retrancher [de la vie] ni l'enfance où l'homme ne se connaît pas, ni les maladies où l'on ne vit point....Bossuet, le Tellier.
La pensée de la mort nous trompe ; car elle nous fait oublier de vivreVAUVENARGUES, Réfl. et max. 143
La plupart des hommes meurent sans avoir vécu ; vous vivez beaucoup, puisque vous pensez beaucoupVoltaire, Lett. d'Uzès, 4 déc. 1751
L'homme qui a le plus vécu n'est pas celui qui a compté le plus d'années, mais celui qui a le plus senti la vie ; tel s'est fait enterrer à cent ans, qui mourut dès sa naissanceJ.-J. Rousseau, Ém. I
Vivre ce n'est pas respirer, c'est agir ; c'est faire usage de nos organes, de nos sens, de nos facultés, de toutes les parties de nous-mêmes qui nous donnent le sentiment de notre existenceJ.-J. Rousseau, ib.
Ceux qui.... N'ont connu qu'une oisive et morne indifférence.... Ils n'ont fait qu'exister, l'amant seul a vécuAndré Chénier, Élég. XXVI
Avoir trop vécu, s'être livré à des excès dans sa jeunesse.
Ceux qui ne meurent jamais que parce qu'ils ont trop vécuMme DE PUISIEUX, Ridic. à la mode, p. 161, dans POUGENS
5Vivre pour, consacrer sa vie à. Ne vivre que pour servir Dieu, que pour son pays, que pour l'étude.
Ce cœur qui n'a jamais vécu que pour son épouxBossuet, Reine d'Anglet.
Gnathon ne vit que pour soi, et tous les hommes ensemble sont à son égard comme s'ils n'étaient pasLa Bruyère, XI
Que je le voie, plein de mépris pour moi, ne vivant plus que pour ma rivaleFénelon, Tél. VII
On a dit dans le même sens : ne vivre qu'à.
6Vivre avec une femme, avoir avec elle des rapports conjugaux.
Pour éviter la fornication, que chaque homme vive avec sa femme, et chaque femme avec son mariSaci, Bible, St Paul, 1re ép. aux Cor. VII, 2
En un sens défavorable. Vivre en état de concubinage. Elle vit avec un jeune homme.
La surprise avec laquelle j'appris par lui que personne ne doutait dans le monde que je n'eusse vécu avec Mme d'Épinay, comme Grimm y vivait maintenant, ne peut être égalée que par celle qu'il eut lui-même en apprenant combien ce bruit était fauxJ.-J. Rousseau, Conf. x.
On épouse une femme, on vit avec une autre, l'on n'aime que soiSAURIN, Mœurs du temps, 5
Vivre avec le public, vivre dans la prostitution.
Cette Rosten, qui vit avec le public, fille d'un acteurMIRAB., Lett. orig. t. IV, p. 167
7Il se construit avec certains noms de temps et d'une manière qui pourrait faire croire qu'il a un régime direct ; mais il n'en est rien : c'est une ellipse de pendant, durant.
Le regret qu'ont les hommes du mauvais emploi du temps qu'ils ont déjà vécu, ne les conduit pas toujours à faire de celui qui leur reste à vivre, un meilleur usageLa Bruyère, XI
L'homme, qui est trente ans à croître, vit quatre-vingt-dix ou cent ans ; le chien, qui ne croît que pendant deux ou trois ans, ne vit aussi que dix ou douze ansBuffon, Hist. nat. hom. t. IV, p. 354
Nous trouverons dans la table qu'à l'âge de 25 ans on n'a vécu que le quart de sa vie, qu'à l'âge de 38 ans on n'en a vécu que la moitié, et que ce n'est qu'à l'âge de 56 ans qu'on a vécu les trois quarts de sa vieBuffon, Hist. nat. hom. t. IV, p. 424
Ah ! si l'on peut vivre mille ans en un quart d'heure, à quoi bon compter tristement tous les jours qu'on aura vécu ?J.-J. Rousseau, Hél. I, 10
Similis, courtisan de Trajan, ayant, sans aucun mécontentement personnel, quitté la cour et tous ses emplois pour aller vivre paisiblement à la campagne, fit mettre ces mots sur sa tombe : J'ai demeuré soixante-seize ans sur la terre, et j'en ai vécu septJ.-J. Rousseau, Lett. à M. de Malesherbes, 3
8Se nourrir. Les animaux qui vivent de proie. Il fait cher vivre dans cette ville. Il a fait meilleur vivre cette année que l'année dernière où les récoltes avaient souffert.
Jean était vêtu de poil de chameau ; il avait une ceinture de cuir autour des reins, et vivait de sauterelles et de miel sauvageSaci, Bible, Évang. St Marc, I, 6
Le roi a très bien dormi ; il a grand'faim, et est bien las de ne vivre que de bouillonsDANGEAU, I, 420, 23 nov. 1686
Sa nourriture était simple ; il vivait comme les soldats, pour leur donner l'exemple de la sobriété et de la patienceFénelon, Tél. XVII
Les Tartares de l'Asie et les Patagons de l'Amérique vivent également de la chair de leurs chevauxBuffon, Suppl. à l'hist. nat. t. XI, p. 130
Il [Sommanocodom] vivait avec un grain de riz par jour ; il arracha un de ses yeux pour le donner à un pauvre auquel il n'avait rien à donnerRaynal, Hist. phil. IV, 13
Familièrement. Il vit de rien, il mange très peu, il dépense très peu pour sa nourriture.
Fig.
Je me renferme avec eux, et je vis de sentiments, de douleurs, et de chagrinsMme de Maintenon, Lett. à l'abbé Gobelin, 1674, t. II, p. 11
La riche fiction est le charme des vers ; Nous vivons du mensongeL. RAC., Relig. ch. IV
Vivre de régime, suivre un régime, vivre avec beaucoup de règle pour cause de santé.
Vivre à table d'hôte, manger habituellement à une table commune où chacun paye tant par repas.
Ils vivent en commun, se dit de plusieurs personnes qui n'ont qu'une table tenue à frais communs.
9Vivre sur soi-même, se dit d'une personne d'embonpoint, qui mange peu, et qui semble se sustenter de sa propre substance.
Fig.
Nous sommes dans un profond silence.... dans un entier éloignement de toute sorte de nouvelles, et vivant enfin sur nos réflexionsMme de Sévigné, 12 mai 1680
Fig. Vivre de sa réputation, vivre sur sa réputation, garder son crédit, son influence non par ce qu'on fait, mais par le souvenir de ce qu'on a fait.
Nous vivons [nous Français] encore un peu de notre ancienne réputation littéraire ; mais cette vie précaire ne durera pas longtempsD'Alembert, Lett. au roi de Pr. 20 nov. 1772
10Se procurer les moyens de vivre, de se soutenir. Vivre de son travail. Vivre de ses revenus.
Apprenez que tout flatteur Vit aux dépens de celui qui l'écouteLa Fontaine, Fabl. I, 2
Il est juste que ceux qui servent à l'autel vivent de l'autelPascal, Prov. VI
Au lieu que ce devrait être de l'argent pour vivre, c'est de l'argent pour avoir vécuMme de Sévigné, 339
Ces malheureux [les gredins du Parnasse] cherchent à penser pour vivre, et moi je n'ai vécu que pour penserVoltaire, Lett. Panckoucke, 13 févr. 1769
La basse littérature cherche toujours à tout empoisonner ; elle ne vit que de ce métierVoltaire, Lett. Lebrun, 9 décemb. 1760
Il faut bien que je vive, disait l'abbé Desfontaines à un ministre d'Etat ; le ministre eut beau lui dire qu'il n'en voyait pas la nécessité ; Desfontaines vécutVoltaire, Lett. Albergati, 23 déc. 1760
Avoir de quoi vivre, posséder un revenu suffisant pour la manière dont on vit.
Non, morbleu, il n'y aura plus moyen de vivre avec moi ; car je n'aurai bientôt plus de quoi vivreDancourt, Maison de camp. sc. 14
En mauvaise part, vivre d'industrie, vivre par des moyens peu honorables.
Vivre de ménage, vivre avec économie, et fig. par plaisanterie, vendre ses meubles pour subsister.
Martine : Un homme.... qui me vend pièce à pièce tout ce qui est dans le logis ! - Sganarelle : C'est vivre de ménageMolière, Méd. m. lui, I, 1
Vivre au jour le jour, au jour la journée, vivre avec ce qu'on gagne chaque jour.
Fig. Vivre au jour le jour, vivre sans prévoyance, sans s'inquiéter du lendemain.
Fig. Il vit de la grâce de Dieu, se dit d'un homme à qui on ne connaît aucune ressource pour subsister. Il se dit aussi d'un homme qui mange très peu, et à peine assez pour se soutenir.
Fig. Vivre d'espérance, vivre dans l'attente de quelque bien, et se soutenir par cette attente.
11Terme d'administration militaire. Se procurer les aliments nécessaires à une armée.
Il [le marquis de Resnel] prétend qu'on n'a pas de quoi vivre une campagne, si l'on n'a en divers magasins de quoi en vivre deuxPELLISSON, Lett. hist. t. II, p. 204
Ce jour-là même, il [Napoléon] interpella hautement un administrateur par ces mots remarquables : Pour vous, monsieur, songez à nous faire vivre ici [Vitepsk] ; car, ajouta-t-il à haute voix, nous ne ferons pas la folie de Charles XIISégur, Hist. de Nap. v, 1
Nos longs et lourds convois auraient appesanti notre marche ; il était plus à propos de vivre du paysSégur, ib. III, 2
Vivre à discrétion, se dit des soldats qui se font traiter à leur gré par les habitants du pays envahi.
12Se dit par rapport à la dépense que l'on fait, à l'état que l'on tient. Vivre splendidement, honorablement, noblement, grandement, largement. Vivre en prince, en grand seigneur. Vivre misérablement, mesquinement, petitement.
Vivre noblement, vivre d'une façon qui ne déroge en rien à la noblesse (locution qui vieillit).
Que dites-vous tous les jours vous-mêmes de ceux qui lui ressemblent ? un tel vit noblement ; il mange son bien avec honneurMassillon, Carême, Mauv. riche.
Vivre noblement, vivre en gentilhomme, vivre sans rien faire.
Chacun d'eux résolut de vivre en gentilhomme, Sans rien faireLa Fontaine, Fabl. III, 2
13Mener une certaine existence, un genre de vie quelconque. Vivre dans le célibat, dans le mariage. Vivre dans la joie, dans la tristesse. Il vit content.
Les prêtres et les religieux, zélés et infatigables pasteurs de ce troupeau affligé, qui vivaient en Angleterre pauvres, errants, travestisBossuet, Reine d'Anglet.
Je vis dans une retraite profonde auprès de la dame la plus estimable du siècle présent, et avec les livres du siècle passéVoltaire, Lett. au pr. roy. de Pr. 27 mai 1737
Les hommes éclairés, qui sont en grand nombre, gémissent tout bas en Italie ; le reste vit dans les plaisirs et l'ignorance ; le bas peuple, dans la superstitionVoltaire, Mœurs, 140
Vivre paix et aise, passer sa vie tranquillement dans l'abondance (locution vieillie).
Il faut laisser chacun vivre à sa mode, que chacun règle sa vie comme il l'entend.
On dit de même : Chacun vit à sa mode.
14Être en contact, en commerce habituel.
Ah ! mon enfant, qu'il est aisé de vivre avec moi !Mme de Sévigné, 6 nov. 1680
La condition des comédiens était infâme chez les Romains, et honorable chez les Grecs ; qu'est-elle chez nous ? on pense d'eux comme les Romains, et on vit avec eux comme les GrecsLa Bruyère, XII
Il [Charlemagne] aimait à vivre avec les gens de sa courMontesquieu, Esp. XXXI, 18
Le maréchal de Vivonne, connu par son esprit et par son amitié pour Despréaux, allait souvent chez Molière, et vivait avec lui comme Lelius avec TérenceVoltaire, Vie de Molière.
Pythagore, qui régnait sur tout le corps [de ses disciples] avec la tendresse d'un père, mais avec l'autorité d'un monarque, vivait avec eux comme avec ses amis ; il les soignait dans leurs maladies, et les consolait dans leurs peinesBarthélemy, Anach. ch. 75
Vivre avec les vivants, se conformer aux mœurs, aux usages.
Il faut solliciter, il faut se familiariser, il faut vivre avec les vivantsMme de Sévigné, 555
Quand je fais autrement, ce n'est pas ma faute ; je sais bien qu'il faut vivre avec les vivantsCARMONTELLE, Prov. les Braconniers, sc. 2
Vivre avec soi-même, vivre dans la retraite, sans communication avec le monde.
Il faut être bien avec ceux avec qui l'on vit, et bien avec soi quand on vit avec soiFontenelle, Ressons.
Vivre bien, vivre mal avec quelqu'un, être en bonne, en mauvaise intelligence avec lui.
Quoiqu'elle vécût parfaitement bien avec lui, il n'était pas entièrement heureuxLA FAY., Princ. Clèves, Œuv. compl. t. II, p. 34, dans POUGENS.
Vivre bien avec quelqu'un, signifie aussi se comporter à son égard convenablement, décemment, ne pas manquer aux égards de convenance.
Je désire, madame, dit le roi, que vous viviez bien avec Mme de MontespanMme de Genlis, Mme de Maintenon, t. I, p. 32, dans POUGENS
La Fare [amant de Mme de la Sablière] était l'ami du marquis de la Sablière, qui vécut toujours bien avec sa femmeMme de Genlis, ib. t. I, p. 151
On dit dans le sens contraire : vivre mal avec quelqu'un. Ce jeune homme vit mal avec ses parents.
Cet homme est aisé, commode à vivre, il est d'un commerce facile, on vit facilement avec lui.
Dans le sens contraire : C'est un homme difficile à vivre.
On ne saurait vivre avec cet homme, il est d'une humeur à laquelle on ne saurait s'accommoder.
15Se conduire d'une certaine manière par rapport aux mœurs, à la religion. Vivre saintement. Vivre mal.
Votre fille ne vit pas comme il faut qu'une femme viveMolière, G. Dandin, I, 4
Les conditions les plus aisées à vivre selon le monde sont les plus difficiles à vivre selon Dieu, et au contrairePascal, Pens. XXIV, 27
Je ne vous rapporterai que l'exemple d'une femme qui, pratiquant tous les jours la dévotion des images de la Vierge, vécut toute sa vie en péché mortel.... et qui ne laissa pas d'être sauvée par le mérite de cette dévotionPascal, Prov. IX
C'est avoir envie de vivre chrétiennement avec la fortune, que de lui pardonner la conduite qu'elle a eue avec vousMme de Sévigné, à Bussy, 26 août 1688
Je vis enfin comment meurt un chrétien qui a bien vécuFléchier, Duc de Montaus.
Je ne suis pas peureuse de mon naturel : qui vit bien ne craint rienMarivaux, Pays. parv. 3e part.
Nous ne commençons à vivre moralement que quand nous commençons à ordonner nos pensées, à les tourner vers un certain avenir, et à prendre une espèce de consistanceBuffon, Hist. nat. hom. t. IV, p. 424
16Se conformer aux usages du monde.
Ils [les faux dévots] sont trop politiques pour cela, et savent trop bien vivre pour découvrir le fond de leur âmeMolière, Tart. Préface
Nous fûmes ensuite chez Mme Colbert, qui est extrêmement civile, et sait très bien vivreMme de Sévigné, 12 janv. 1674
Il est vrai que ces messieurs, qui savaient mieux vivre que lui [Ménage], raccommodaient tout, faisant signe qu'ils se garderaient bien d'accepter les offres qu'on leur faisaitAnti-Menagiana, p. 66
Oh ! monsieur, il sait trop bien vivre pour en user si familièrement avec vousLesage, Crispin rival de son maître, 7
Il faut prendre le parti de la vérité ; mais faut-il blesser pour cela l'humanité ? faut-il renoncer à savoir vivre, parce qu'on se flatte de savoir écrire ?Voltaire, Mél. litt. sur la satire.
Congédie honnêtement cet homme estimable et grossier, qui sait donner et qui ne sait pas vivreVoltaire, Écoss. II, 5
Je le verrai, madame, je sais vivre, et l'on peut se fier à moi sur l'article des procédésMarmontel, Contes mor. Quatre flacons.
Apprendre à vivre, enseigner comment il faut se conformer aux usages du monde.
Tu es un gentilhomme français si zélé pour la politesse de ton pays, que tu es venu exprès à Londres pour l'y enseigner publiquement, et pour apprendre à vivre à toute l'AngleterreBOISSY, Français à Lond. I
Familièrement. Je lui apprendrai à vivre, je lui apprendrai à agir plus convenablement ; je le corrigerai, je le punirai de sa faute.
Et qu'enfin, si quelqu'un parlait mal de Teutatès, il lui apprendrait à vivreVoltaire, Zadig, 12
Apprendre à vivre, acquérir la connaissance des usages du monde.
Le savoir-vivre, voy. SAVOIR-VIVRE.
17Fig. Avoir une seconde vie, demeurer dans le souvenir, dans l'affection, en parlant des personnes.
Il [Alexandre] vit dans la bouche de tous les hommes, sans que sa gloire soit effacée ou diminuée depuis tant de sièclesBossuet, la Vallière.
Ô prince, le digne sujet de nos louanges et de nos regrets, vous vivrez éternellement dans ma mémoireBossuet, Louis de Bourbon.
Quel homme d'État osera se répondre de vivre dans l'histoire, quand on voit des médailles de plusieurs rois dont les noms ne se trouvent dans aucun historien ?Duclos, Consid. mœurs, 5
Combien d'années Caton a-t-il vécu ? Caton vit encore, il s'adresse à nous, il s'adresse à nos neveux, il a laissé le modèle impérissable de l'homme vertueuxSÉNÈQUE, dans DIDER. Claude et Nér. II, 34
Il se dit des choses dans le même sens.
Ce cantique portera contre eux un témoignage, qui vivra dans la bouche de leurs enfants sans qu'il puisse jamais être effacéSaci, Bible, Deutéron. XXXI, 21
Cet ouvrage vivra, il passera à la postérité.
Les mauvais ouvrages ne vivent pas longtemps, ils tombent bientôt dans l'oubli.
18Vive, vivent, expression qu'on emploie pour indiquer qu'on souhaite longue vie et prospérité à quelqu'un.
Vive le roi ! Il s'élève un grand bruit, et mille cris confus Ne laissent discerner que Vive Héraclius !Corneille, Héracl. v, 7
Le temps vient, dit le Seigneur, qu'on ne dira plus à l'avenir : Vive le Seigneur, qui a tiré les enfants d'Israël de l'Égypte ; mais Vive le Seigneur, qui a tiré les enfants d'Israël de la terre d'aquilonSaci, Bible, Jérémie, XVI, 15
Au moment où il arriva à l'Académie, il trouva plus de deux mille personnes dans la cour du Louvre, qui criaient en battant des mains : Vive M. de Voltaire !D'Alembert, Lett. au roi de Pr. 1 juil. 1778
Les soldats prenaient le pas de course ; les tambours battaient la charge ; l'air retentissait des cris mille et mille fois répétés : En avant ! en avant ! Vive la république !GÉNÉRAL FOY, Guerre de la Péninsule, I
Par extension. Vive le roi, cri de ralliement des royalistes.
On dit de même : Vivent les braves !
Vive le vainqueur, disent leurs habitants à l'exemple des Italiens, passant et repassant d'un joug à l'autre dans une seule campagneRaynal, Hist. phil. XIV, 48
Il se dit familièrement pour marquer qu'on estime quelqu'un, qu'on fait grand cas de quelque chose.
Vive le vin ! Vivent les sots pour donner de l'esprit !La Fontaine, Comm. l'espr.
Vivent les provinces pour les manières ; on se pique à Paris d'un petit air aisé, qui est la grossièreté mêmeDestouches, Fausse Agnès, I, 7
Où je ne vois pas de profit, je veux au moins du plaisir ; et vive la joie !Beaumarchais, Barb. de Sév. III, 5
Substantivement. Un vive-la-joie, un homme joyeux, sans souci.
Vive Dieu ! sorte d'affirmation tirée de l'Écriture sainte.
Vive Dieu ! ah ! j'ai pitié de votre aveuglement : je veux ôter de dessus votre dos ce fardeau qui vous accable, et mettre devant vos yeux cette vérité qui vous éclaireBossuet, Sermons, Vaines excus. des péch. 2
Si je les rencontre demain, vive Dieu ! ils verront ce qui leur arriveraLesage, Gil Blas, v, 1
19Qui vive ? voy. QUI-VIVE.
Vivre se conjugue avec l'auxiliaire avoir.
20Il s'emploie quelquefois activement, avec le mot vie ou un nom de temps pour régime.
Cette distance infinie que vos crimes avaient mise entre le Seigneur et vous, et que des siècles de pénitence, quand vous les auriez vécus, n'auraient pu remplir eux-mêmesMassillon, Confér. Jubilé.
Beaucoup n'auront vécu leur vie chétive....É. LITTRÉ, Revue de la philosophie positive, t. IV, p. 319
20Le vivre, l'état d'être en vie.
En sorte que [suivant les casuistes] le simple vivre est plus malaisé que le bien vivre [la bonne conduite]Pascal, Prov. IX
Manière de vivre.
On est nourri, vêtu, logé bien mieux qu'on ne l'était, et les mœurs s'améliorent avec le vivre physiquePaul-Louis Courier, Lett. VI
Donner aux soldats pour le bien vivre, se disait d'une certaine somme qu'on donnait aux soldats dans les garnisons, pour les obliger à ne rien exiger de leurs hôtes au delà de ce que prescrivaient les ordonnances.
22Vivre s'est dit pour usage du monde.
Oh ! madame, M. le chevalier sait trop bien son vivreDancourt, le Chevalier à la mode, III, 6
23Le long vivre, l'action de vivre longtemps.
C'est un malheur du trop long vivreChateaubriand, Mém. d'outre-tombe, éd. de Bruxelles, t. VI, M. Thiers.
1. Il faut dire : les années qu'il a vécu, et non qu'il a vécues. En effet années n'est pas complément direct de vivre ; mais il faut entendre les années pendant lesquelles il a vécu. Ainsi vivre un long temps, c'est vivre pendant longtemps. 2. Dans le XVIIe siècle, l'usage et les grammairiens n'étaient pas fixés sur la forme du prétérit : je vécus ou je véquis, et de l'imparfait du subjonctif : je vécusse ou je véquisse. Aujourd'hui on ne dit plus que : je vécus, je vécusse. 3. À la première personne du présent de l'indicatif, Malherbe a dit : je vi au lieu de je vis. C'est un archaïsme ; dans l'ancien français les premières personnes de ce temps, aux verbes où l's n'est point au radical, ne prenaient point d's. Cet archaïsme doit être admis quand la rime l'exige.
On ne sait qui meurt ni qui vit
, il faut mettre ses affaires, sa conscience en ordre, pour être préparé à la mort. Qui vit à compte, il vit à honte
. Qui plus vit, plus a à souffrir
. Qui a honte de manger, a honte de vivre
. Assez jeûne qui pauvrement vit
. Item il faut vivre
, la nécessité de pourvoir à sa subsistance fait faire bien des choses qu'on ne ferait pas autrement et qu'on doit excuser. S'il vit, il aura de l'âge
, se dit pour exprimer qu'un enfant, un jeune homme avec l'âge acquerra de l'expérience. Il faut que tout le monde vive
, il faut permettre à chacun de pourvoir à son existence, à ses goûts. Le prêtre vit de l'autel
, se dit quand on veut faire entendre que chacun vit de son métier. Cet enfant a trop d'esprit, il ne vivra pas
, se dit pour se moquer des enfants trop précoces, d'après cette opinion que la précocité est un danger.
Prov. viure, vieure ; catal. viurer ; esp. vivir ; portug. viver ; ital. vivere ; du latin vivere ; comparez le grec βίος, vie ; le gaél. beo, vivant ; kimry, byw, vivant ; sanscr. jiv, vivre. Le wallon dit viké ; au XIIe siècle on trouve une forme viscat.
1Nourriture.
Cent fleuves épars Qui dispersaient le vivre aux gens de toutes partsRégnier, Épît. I
La loi, qui n'accorde que le simple vivre aux banqueroutiers, et non pas de quoi subsister avec honneurPascal, Prov. XI
Une chose folle, et qui découvre bien notre petitesse, c'est l'assujettissement aux modes, quand on l'étend à ce qui concerne le goût, le vivre, la santé et la conscienceLa Bruyère, XIII
La solitude lui a préparé [à l'oiseau] le vivre et le couvertChateaubriand, Génie, I, v, 7
2Au plur. Toutes les choses qui servent à la nourriture. Les vivres sont fort chers, et le vin est hors de prix.
On donnait à ces sauvages des bonnets rouges, des grains de verre, des épingles, des couteaux, des sonnettes, et ils donnaient de l'or et des vivresRaynal, Hist. phil. VI, 6
Ces vivres consistaient en un gros pain de seigle, un petit fromage, un morceau de lard et deux ou trois livres de bœuf ; ma mère y avait ajouté une douzaine de pommesMarmontel, Mém. 1
Il [l'empereur] sentait bien qu'il ne pouvait ôter ni reprocher à ses soldats ce fruit de tant de travaux [butin qu'ils emportaient de Moscou dans des chariots] ; d'ailleurs les vivres cachaient le butin ; et lui qui ne pouvait pas donner aux siens les subsistances qu'il leur devait...Ségur, Hist. de Nap. IX, 1
Quand l'armée passa ce fleuve [Vistule], elle reçut l'ordre de prendre, sans s'arrêter, pour vingt-cinq jours de vivres, mais de ne s'en servir qu'au delà du NiémenSégur, ib. III, 2
Couper les vivres, intercepter les approvisionnements d'une armée, d'une ville, etc.
Memnon voulait qu'on leur disputât [aux Grecs] tous les passages, qu'on leur coupât les vivresBossuet, Hist. III, 5
Fig. Couper les vivres, supprimer l'envoi d'une pension alimentaire.
3En termes de marine, provision des choses nécessaires à la nourriture de l'équipage d'un navire ou des équipages d'une flotte.
Vivres de campagne, les vivres composés de viandes salées ou en daube, de légumes secs et de biscuit.
4Entreprise de la fourniture du pain et de la viande pour les armées. Faire fortune dans les vivres. L'administration des vivres. Les vivres-pain. Les vivres-viande.
Vivre 1.
Terme de blason. Serpent tortueux.
Le même que guivre (voy. ce mot).
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander