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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Poésies philosophiques, 1871

XVII. L’Homme

Louise-Victorine Ackermann· 10 quatrains, alexandrins et hexasyllabes, 40 vers

À Samuel Pozzi

Jeté par le hasard‖ sur un vieux globe infime,A l’abandon, perdu‖ comme en un océan,Je surnage un moment‖ et flotte à fleur d’abîme,Épave du néant.

Et pourtant, c’est à moi,‖ quand sur des mers sans riveUn naufrage éternel‖ semblait me menacer,Qu’une voix a crié‖ du fond de l’Être : « Arrive !Je t’attends pour penser. » !

L’Inconscience encor‖ sur la nature entièreÉtendait tristement‖ son voile épais et lourd.J’apparus ; aussitôt‖ à travers la matièreL’Esprit se faisait jour.

Secouant ma torpeur‖ et tout étonné d’être,J’ai surmonté mon trouble‖ et mon premier émoi.Plongé dans le grand Tout,‖ j’ai su m’y reconnaître ;Je m’affirme et dis : « Moi ! » !

Bien que la chair impure‖ encor m’assujettisse,Des aveugles instincts‖ j’ai rompu le réseau ;J’ai créé la Pudeur,‖ j’ai conçu la Justice :Mon cœur fut leur berceau.

Seul je m’enquiers des fins‖ et je remonte aux causes.A mes yeux l’univers‖ n’est qu’un spectacle vain.Dussé-je m’abuser,‖ au mirage des chosesJe prête un sens divin.

Je défie à mon gré‖ la mort et la souffrance.Nature impitoyable,‖ en vain tu me démens,Je n’en crois que mes vœux‖ et fais de l’espéranceMême avec mes tourments.

Pour combler le néant,‖ ce gouffre vide et morne,S’il suffit d’aspirer‖ un instant, me voilà !Fi de cet ici-bas !‖ Tout m’y cerne et m’y borne ;Il me faut l’au-delà !

Je veux de l’éternel,‖ moi qui suis l’éphémère.Quand le réel me presse,‖ impérieux, brutal,Pour refuge au besoin‖ n’ai-je pas la chimèreQui s’appelle Idéal ?

Je puis avec orgueil,‖ au sein des nuits profondes,De l’éther étoilé‖ contempler la splendeur.Gardez votre infini,‖ cieux lointains, vastes mondes.J’ai le mien dans mon cœur !

Versification

Forme
10 quatrains (quatrains)
Rimes
10(abab)
Mètre
Alexandrins et hexasyllabes (30 de 12, 10 de 6)· profil 6, 6+6
Strophes
10 quatrains
Mots à la rime
a infime / d’abîme féminine, classiqueb océan / néant masculine, non classiquea rive / Arrive féminine, classiqueb menacer / penser masculine, classiquea entière / matière féminine, classiqueb lourd / jour masculine, non classiquea d’être / reconnaître féminine, classiqueb émoi / Moi masculine, classiquea m’assujettisse / Justice féminine, classiqueb réseau / berceau masculine, classiquea causes / choses féminine, classiqueb vain / divin masculine, classiquea souffrance / l’espérance féminine, classiqueb démens / tourments masculine, classiquea morne / borne féminine, classiqueb voilà / l’au-delà masculine, classiquea l’éphémère / chimère féminine, classiqueb brutal / Idéal masculine, classiquea profondes / mondes féminine, classiqueb splendeur / cœur masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.2· écart moyen à la rime classique 0.5

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

40 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres de L. Ackermann, Alphonse Lemerre, éditeur, 1885· numérisation poesies.net· Sources