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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Poésies philosophiques, 1871

VI. Le Nuage

Louise-Victorine Ackermann· 15 quatrains, alexandrins et octosyllabes, 60 vers

À Alfred Holmes

I change, but I cannot die.Shelley, the Cloud.

Levez les yeux ! C’est moi‖ qui passe sur vos têtes,Diaphane et léger,‖ libre dans le ciel pur ;L’aile ouverte, attendant‖ le souffle des tempêtes,Je plonge et nage en plein azur.

Comme un mirage errant,‖ je flotte et je voyage.Coloré par l’aurore‖ et le soir tour à tour,Miroir aérien,‖ je reflète au passageLes sourires changeants du jour.

Le soleil me rencontre‖ au bout de sa carrièreCouché sur l’horizon‖ dont j’enflamme le bord ;Dans mes flancs transparents‖ le roi de la lumièreLance en fuyant ses flèches d’or.

Quand la lune, écartant‖ son cortège d’étoiles,Jette un regard pensif‖ sur le monde endormi,Devant son front glacé‖ je fais courir mes voiles,Ou je les soulève à demi.

On croirait voir au loin‖ une flotte qui sombre,Quand, d’un bond furieux‖ fendant l’air ébranlé,L’ouragan sur ma proue‖ inaccessible et sombreS’assied comme un pilote ailé.

Dans les champs de l’éther‖ je livre des batailles ;La ruine et la mort‖ ne sont pour moi qu’un jeu.Je me charge de grêle,‖ et porte en mes entraillesLa foudre et ses hydres de feu.

Sur le sol altéré‖ je m’épanche en ondées.La terre rit ; je tiens‖ sa vie entre mes mains.C’est moi qui gonfle, au sein‖ des terres fécondées,L’épi qui nourrit les humains.

Où j’ai passé, soudain‖ tout verdit, tout pullule ;Le sillon que j’enivre‖ enfante avec ardeur.Je suis onde et je cours,‖ je suis sève et circule,Caché dans la source ou la fleur.

Un fleuve me recueille,‖ il m’emporte, et je couleComme une veine au cœur‖ des continents profonds.Sur les longs pays plats‖ ma nappe se déroule,Ou s’engouffre à travers les monts.

Rien ne m’arrête plus ;‖ dans mon élan rapideJ’obéis au courant,‖ par le désir poussé,Et je vole à mon but‖ comme un grand trait liquideQu’un bras invisible a lancé.

Océan, ô mon père !‖ Ouvre ton sein, j’arrive !Tes flots tumultueux‖ m’ont déjà répondu ;Ils accourent ; mon onde‖ a reculé, craintive,Devant leur accueil éperdu.

En ton lit mugissant‖ ton amour nous rassemble.Autour des noirs écueils‖ ou sur le sable finNous allons, confondus,‖ recommencer ensembleNos fureurs et nos jeux sans fin.

Mais le soleil, baissant‖ vers toi son œil splendide,M’a découvert bientôt‖ dans tes gouffres amers.Son rayon tout puissant‖ baise mon front limpide :J’ai repris le chemin des airs !

Ainsi, jamais d’arrêt.‖ L’immortelle matièreUn seul instant encor‖ n’a pu se reposer.La Nature ne fait,‖ patiente ouvrière,Que dissoudre et recomposer.

Tout se métamorphose‖ entre ses mains actives ;Partout le mouvement‖ incessant et divers,Dans le cercle éternel‖ des formes fugitives,Agitant l’immense univers.

Nice, 1871

Versification

Forme
15 quatrains (quatrains)
Rimes
15(abab)
Mètre
Alexandrins et octosyllabes (45 de 12, 15 de 8)· profil 8, 6+6
Strophes
15 quatrains
Mots à la rime
a têtes / tempêtes féminine, classiqueb pur / azur masculine, classiquea voyage / passage féminine, classiqueb tour / jour masculine, classiquea carrière / lumière féminine, classiqueb bord / d’or masculine, non classiquea d’étoiles / voiles féminine, classiqueb endormi / demi masculine, classiquea sombre féminine, classiqueb ébranlé / ailé masculine, classiquea batailles / entrailles féminine, classiqueb jeu / feu masculine, classiquea ondées / fécondées féminine, classiqueb mains / humains masculine, classiquea pullule / circule féminine, classiqueb ardeur / fleur masculine, classiquea coule / déroule féminine, classiqueb profonds / monts masculine, classiquea rapide / liquide féminine, classiqueb poussé / lancé masculine, classiquea j’arrive / craintive féminine, classiqueb répondu / éperdu masculine, classiquea rassemble / ensemble féminine, classiqueb fin masculine, classiquea splendide / limpide féminine, classiqueb amers / airs masculine, classiquea matière / ouvrière féminine, classiqueb reposer / recomposer masculine, classiquea actives / fugitives féminine, classiqueb divers / univers masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.3· écart moyen à la rime classique 0.2

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

60 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres de L. Ackermann, Alphonse Lemerre, éditeur, 1885· numérisation poesies.net· Sources