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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Poésies philosophiques, 1871

XIII. Satan

Louise-Victorine Ackermann· FRAGMENT· strophe unique, alexandrins, 44 vers

Nous voilà donc encore‖ une fois en présence,Lui le tyran divin,‖ moi le vieux révolté.Or je suis la Justice,‖ il n’est que la Puissance ;A qui va, de nous deux,‖ rester l’Humanité ?Ah ! tu comptais sans moi,‖ Divinité funeste,Lorsque tu façonnais‖ le premier couple humain,Et que dans ton Éden,‖ sous ton regard céleste,Tu l’enfermas jadis‖ au sortir de ta main.Je n’eus qu’à le voir là,‖ languissant et stupide,Comme un simple animal‖ errer et végéter,Pour concevoir soudain‖ dans mon âme intrépideL’audacieux dessein‖ de te le disputer.Quoi ! je l’aurais laissée,‖ au sein de la nature,Sans espoir à jamais‖ s’engourdir en ce lieu ?Je l’aimais trop déjà,‖ la faible créature,Et je ne pouvais pas‖ l’abandonner à Dieu.Contre ta volonté,‖ c’est moi qui l’ai fait naître,Le désir de savoir‖ en cet être ébauché ;Puisque pour s’achever,‖ pour penser, pour connaître,Il fallait qu’il péchât,‖ eh bien ! il a péché.Il le prit de ma main,‖ ce fruit de délivrance,Qu’il n’eût osé tout seul‖ ni cueillir ni goûter :Sortir du fond obscur‖ d’une étroite ignorance,Ce n’était point déchoir,‖ non, non ! c’était monter.Le premier pas est fait,‖ l’ascension commence ;Ton Paradis, tu peux‖ le fermer à ton gré ;Quand tu l’eusses rouvert‖ en un jour de clémence,Le noble fugitif‖ n’y fût jamais rentré.Ah ! plutôt le désert,‖ plutôt la roche humide,Que ce jardin de fleurs‖ et d’azur couronné !C’en est fait pour toujours‖ du pauvre Adam timide ;Voici qu’un nouvel être‖ a surgi : l’Homme est né !L’Homme, mon œuvre, à moi,‖ car j’y mis tout moi-même :Il ne saurait tromper‖ mes vœux ni mon dessein.Défiant ton courroux,‖ par un effort suprêmeJ’éveillai la raison‖ qui dormait en son sein.Cet éclair faible encor,‖ cette lueur premièreQue deviendra le jour,‖ c’est de moi qu’il ta tient.Nous avons tous les deux‖ créé notre lumière,Oui, mais mon Fiat lux‖ l’emporte sur le tien !Il a du premier coup‖ levé bien d’autres voilesQue ceux du vieux chaos‖ où se jouait ta main.Toi, tu n’as que ton ciel‖ pour semer tes étoiles ;Pour lancer mon soleil,‖ moi, j’ai l’esprit humain !

Versification

Forme
Strophe unique
Rimes
11[abab]
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Mots à la rime
a présence / Puissance féminine, classiqueb révolté / l’Humanité masculine, classiquea funeste / céleste féminine, classiqueb humain / main masculine, classiquea stupide / intrépide féminine, classiqueb végéter / disputer masculine, classiquea nature / créature féminine, classiqueb lieu / Dieu masculine, classiquea naître / connaître féminine, classiqueb ébauché / péché masculine, classiquea délivrance / ignorance féminine, classiqueb goûter / monter masculine, classiquea commence / clémence féminine, classiqueb gré / rentré masculine, classiquea humide / timide féminine, classiqueb couronné / né masculine, classiquea moi-même / suprême féminine, classiqueb dessein / sein masculine, classiquea première / lumière féminine, classiqueb tient / tien masculine, non classiquea voiles / étoiles féminine, classiqueb main / humain masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.8· écart moyen à la rime classique 0.2

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

44 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres de L. Ackermann, Alphonse Lemerre, éditeur, 1885· numérisation poesies.net· Sources