À l’amie perdue, 1896· III Dans les monts
II. « Dans les vastes forêts de sapins et de hêtres »
Dans les vastes forêts de sapins et de hêtresQui recouvrent les flancs et les faîtes des monts,Les hêtres aux troncs gris ressentent les saisons,Qui parent tour à tour et fatiguent les êtres ;
Quand les vents printaniers des sommets sont les maîtres,Leur bois noueux éclate en claires feuillaisons ;Puis leur robe tombée empourpre les gazons,Et, les pieds dans le sang, ils ont l’air de grands prêtres.
Cependant les sapins, que ne put émouvoirLe Printemps, conservant leur pareille verdureForment seuls la forêt sous la longue froidure.
Ainsi dans mon amour verdit parfois l’espoir,Mais c’est un sentiment d’un plus sombre pouvoirPar lequel il existe et par lequel il dure.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après À l’amie perdue, Paris, Librairie Hachette et Cie, Paris, 1920· numérisation wikisource.org· Sources