À l’amie perdue, 1896· II Au bord des flots bleus
XI. « Je lui fis le récit que j’avais entendu »
Je lui fis le récit que j’avais entendu :Qu’autrefois deux amants, dont l’altière tendresse,Lasse de vivre au bord d’un amour défendu,Se fit du désespoir la suprême sagesse,
Étaient venus goûter dans ce jardin sacréQuelques mois d’un bonheur qui contenait leurs vies ;Et l’ayant par avance, eux-mêmes, mesuré,Plutôt que de survivre aux délices ravies,
Étaient morts satisfaits dans les bras l’un de l’autre.Triomphants d’un destin qui ressemblait au nôtreMais elle, se levant dans un étrange émoi,
Mit brusquement sa main tremblante sur ma bouche,Et me dit d’une voix âpre et sombre « Tais-toi ! »Puis resta, tout le soir, taciturne et farouche.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après À l’amie perdue, Paris, Librairie Hachette et Cie, Paris, 1920· numérisation wikisource.org· Sources