À l’amie perdue, 1896· VIII Le deuil
XI. « Le hameau n’est qu’un tas sombre dans la falaise »
Le hameau n’est qu’un tas sombre dans la falaise ;L’océan, sur la grève où flotte une lueur,Exhale un long soupir qui monte et qui s’apaise,Comme un être oppressé d’un éternel malaise ;
Ce rythme tout puissant pénètre dans mon cœur,Et d’un si grave poids sur ma détresse pèseQu’il me semble à présent que ma faible douleurNe soit plus qu’une voix en un immense chœur
Où montent la souffrance et l’angoisse du monde,Et que mon propre ennui, de lui-même oublieux,Dans ces vastes chagrins se mêle et se confonde.
Mais tout à coup se rompt l’accord mystérieux,Et mon âme se sent aussitôt si profondeQue tout ce bruit s’y perd comme un cri dans les cieux.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après À l’amie perdue, Paris, Librairie Hachette et Cie, Paris, 1920· numérisation wikisource.org· Sources