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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Le petit-neveu de Grécourt, 1883

Les souliers

Anonyme· CONTE· strophe unique, alexandrins et octosyllabes, 35 vers

De tous ses amoureux,‖ Babet, dans son printemps,Exigeoit, pour le prix‖ de ses faveurs secrètes,Deux paires de souliers :‖ aujourd’hui les grisettesRougiroient d’accepter‖ de si minces présents.Babet s’en contentoit,‖ souliers alloient pleuvants.L’or, quand on est jolie,‖ est fugace, il va vite :On le gagne aisément,‖ on le ménage peu ;Babet l’avoit senti ;‖ souliers restoient au gîte,Ils devenoient ressource.‖ On conçoit qu’à ce jeuFallut bientôt à la commère,Pour loger les souliers,‖ une maison entière.Le cuir haussa de prix :‖ le Prince le taxa,Mainte bourse s’emplit,‖ maint fermier s’engraissa ;Tel est chez nous le train des choses,Toujours les grands effets‖ ont de petites causes.Babet vieillit, le cuir baissa ;Adieu vous dit joli visage,Taille fine, élégant corsage,Enfin adieu tous ses appas !L’âge a beau nous rider,‖ il ne nous change pas.On se travaille en vain,‖ le goût reste le même.Celui de Babet pour l’amour,Bien loin de s’affoiblir,‖ avoit crû chaque jour.Que faire en ce besoin extrême ?Le temps de but à but‖ étoit plus que passé,Il fallut des souliers‖ implorer l’assistance :Grâce à sa sage prévoyance,L’Amant venu nus pieds,‖ s’en retournait chaussé ;Elle habilla par bas‖ les deux tiers de Florence.Sur quoi certain voisin,‖ d’elle un jour s’enquérantDe ce tas de souliers‖ qu’elle alloit répandant,Babet que le métier‖ n’avait point rendu fausse,Lui dit : ‒ « Mon cher ami,‖ l’hiver vit de l’été.» Je rends à mes Amants‖ ce qu’ils m’avoient prêté :» Je les déchaussois, je les chausse. »

Versification

Forme
Strophe unique
Rimes
2[abbaa] 1[abab] 4[aa] 2[abba] 1[abbab]
Mètre
Alexandrins et octosyllabes (25 de 12, 10 de 8)· profil 8, 6+6
Mots à la rime
a printemps / présents / pleuvants masculine, classiqueb secrètes / grisettes féminine, classiquea vite / gîte féminine, classiqueb peu / jeu masculine, classiquea commère / entière féminine, classiquea taxa / s’engraissa masculine, classiquea choses / causes féminine, classiquea baissa / appas / pas masculine, classiqueb visage / corsage féminine, non classiquea même / extrême féminine, classiqueb l’amour / jour masculine, classiquea passé / chaussé masculine, classiqueb l’assistance / prévoyance / Florence féminine, classiquea s’enquérant / répandant masculine, classiquea fausse / chausse féminine, classiqueb l’été / prêté masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 0.3· écart moyen à la rime classique 0.3

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

35 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le petit-neveu de Grécourt ou Étrennes gaillardes, PARIS, Isidore LISEUX, Éditeur, 1883· numérisation Project Gutenberg· Sources