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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Alcools, 1913· La chanson du mal-aimé

Les sept épées

Guillaume Apollinaire· octosyllabes, 90 vers

La première est toute d’argentEt son nom tremblant c’est PâlineSa lame un ciel d’hiver neigeantSon destin sanglant gibelineVulcain mourut en la forgeant

La seconde nommée NoubosseEst un bel arc-en-ciel joyeuxLes dieux s’en servent à leurs nocesElle a tué trente Bé-RieuxEt fut douée par Carabosse

La troisième bleu fémininN’en est pas moins un chibriapeAppelé Lul de FalteninEt que porte sur une nappeL’Hermès Ernest devenu nain

La quatrième MalourèneEst un fleuve vert et doréC’est le soir quand les riverainesY baignent leurs corps adorésEt des chants de rameurs s’y trainent

La cinquième Sainte-FabeauC’est la plus belle des quenouillesC’est un cyprès sur un tombeauOù les quatre vents s’agenouillentEt chaque nuit c’est un flambeau

La Sixième métal de gloireC’est l’ami aux si douces mainsDont chaque matin nous sépareAdieu voilà votre cheminLes coqs s’épuisaient en fanfares

Et la septième s’exténueUne femme une rose morteMerci que le dernier venuSur mon amour ferme la porteJe ne vous ai jamais connue

Voie lactée ô sœur lumineuseDes blancs ruisseaux de ChanaanEt des corps blancs des amoureusesNageurs morts suivrons-nous d’ahanTon cours vers d’autres nébuleuses

Les démons du hasard selonLe chant du firmament nous mènentA sons perdus leurs violonsFont danser notre race humaineSur la descente à reculons

Destins destins impénétrablesRois secoués par la folieEt ces grelottantes étoilesDe fausses femmes dans vos litsAux déserts que l’histoire accable

Luitpold le vieux prince régentTuteur de deux royautés follesSanglote-t-il en y songeantQuand vacillent les luciolesMouches dorées de la Saint-Jean

Près d’un château sans châtelaineLa barque aux barcarols chantantsSur un lac blanc et sous l’haleineDes vents qui tremblent au printempsVoguait cygne mourant sirène

Un jour le roi dans l’eau d’argentSe noya puis la bouche ouverteIl s’en revint en surnageantSur la rive dormir inerteFace tournée au ciel changeant

Juin ton soleil ardente lyreBrûle mes doigts endolorisTriste et mélodieux délireJ’erre à travers mon beau ParisSans avoir le cœur d’y mourir

Les dimanches s’y éternisentEt les orgues de BarbarieY sanglotent dans les cours grisesLes fleurs aux balcons de ParisPenchent comme la tour de Pise

Soirs de Paris ivres du ginFlambant de l’électricitéLes tramways feux verts sur l’échineMusiquent au long des portéesDe rails leur folie de machines

Les cafés gonflés de fuméeCrient tout l’amour de leurs tziganesDe tous leurs siphons enrhumésDe leurs garçons vêtus d’un pagneVers toi toi que j’ai tant aimée

Moi qui sais des lais pour les reinesLes complaintes de mes annéesDes hymnes d’esclave aux murènesLa romance du mal aiméEt des chansons pour les sirènes

Versification

Mètre
Octosyllabes

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

90 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Alcools, Paris, Gallimard, 1920· numérisation damienbe.chez.com· Sources