Alcools, 1913· La chanson du mal-aimé
« Voie lactée ô sœur lumineuse »
Voie lactée ô sœur lumineuseDes blancs ruisseaux de ChanaanEt des corps blancs des amoureusesNageurs morts suivrons nous d’ahanTon cours vers d’autres nébuleuses
Regret des yeux de la putainEt belle comme une panthèreAmour vos baisers florentinsAvaient une saveur amèreQui a rebuté nos destins
Ses regards laissaient une traîneD’étoiles dans les soirs tremblantsDans ses yeux nageaient les sirènesEt nos baisers mordus sanglantsFaisaient pleurer nos fées marraines
Mais en vérité je l’attendsAvec mon cœur avec mon âmeEt sur le pont des Reviens-t’enSi jamais reviens cette femmeJe lui dirai Je suis content
Mon cœur et ma tête se videntTout le ciel s’écoule par euxO mes tonneaux des DanaïdesComment faire pour être heureuxComme un petit enfant candide
Je ne veux jamais l’oublierMa colombe ma blanche radeO marguerite exfoliéeMon île au loin ma DésiradeMa rose mon giroflier
Les satyres et les pyraustesLes égypans les feux folletsEt les destins damnés ou faustesLa corde au cou comme à CalaisSur ma douleur quel holocauste
Douleur qui doubles les destinsLa licorne et le capricorneMon âme et mon corps incertainsTe fuient ô bûcher divin qu’ornentDes astres des fleurs du matin
Malheur dieu pâle aux yeux d’ivoireTes prêtres fous t’ont-ils paréTes victimes en robe noireOnt-elles vainement pleuréMalheur dieu qu’il ne faut pas croire
Et toi qui me suis en rampantDieu de mes dieux morts en automneTu mesures combien d’empansJ’ai droit que la terre me donneO mon ombre ô mon vieux serpent
Au soleil parce que tu l’aimesJe t’ai menée souviens-t’en bienTénébreuse épouse que j’aimeTu es à moi en n’étant rienO mon ombre en deuil de moi-même
L’hiver est mort tout enneigéOn a brûlé les ruches blanchesDans les jardins et les vergersLes oiseaux chantent sur les branchesLe printemps clair l’Avril léger
Mort d’immortels argyraspidesLa neige aux boucliers d’argentFuit les dendrophores lividesDu printemps cher aux pauvres gensQui resourient les yeux humides
Et moi j’ai le cœur aussi grosQu’un cul de dame damascèneO mon amour je t’aimais tropEt maintenant j’ai trop de peineLes sept épées hors du fourreau
Sept épées de mélancolieSans morfil ô claires douleursSont dans mon cœur et la folieVeut raisonner pour mon malheurComment voulez-vous que j’oublie
Versification
- Forme
- 15 quintils (quintils)
- Rimes
- 15(ababa)
- Mètre
- Octosyllabes
- Strophes
- 15 quintils
- Mots à la rime
- a lumineuse / amoureuses / nébuleuses féminine, non classiqueb Chanaan / d’ahan masculine, classiquea putain / florentins / destins masculine, classiqueb panthère / amère féminine, non classiquea traîne / sirènes / marraines féminine, classiqueb tremblants / sanglants masculine, classiquea l’attends / Reviens-t’en / content masculine, non classiqueb âme / femme féminine, classiquea vident / Danaïdes / candide féminine, classiqueb eux / heureux masculine, non classiquea l’oublier / exfoliée / giroflier masculine, non classiqueb rade / Désirade féminine, classiquea pyraustes / faustes / holocauste féminine, non classiqueb follets / Calais masculine, non classiquea destins / incertains / matin masculine, classiqueb capricorne / qu’ornent féminine, non classiquea d’ivoire / noire / croire féminine, classiqueb paré / pleuré masculine, classiquea rampant / d’empans / serpent masculine, mixteb automne / donne féminine, classiquea l’aimes / j’aime / moi-même féminine, classiqueb bien / rien masculine, non classiquea enneigé / vergers / léger masculine, classiqueb blanches / branches féminine, non classiquea argyraspides / livides / humides féminine, non classiqueb d’argent / gens masculine, classiquea gros / trop / fourreau masculine, classiqueb damascène / peine féminine, classiquea mélancolie / folie / j’oublie féminine, non classiqueb douleurs / malheur masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.4· écart moyen à la rime classique 2.3
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
75 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Alcools, Paris, Gallimard, 1920· numérisation damienbe.chez.com· Sources