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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Poésies, 1900· II Tableaux parisiens et paysages

A Montmajour

Paul Arène· 56 vers

A Mlle J. Charcot.

Mignonne, vous rappelez-vous,A l’heure où pleurent les colombesPrès d’une chapelle au toit rouxCe coin de terre plein de tombes ?

Sépulcres pareils à des nidsQu’une dévotion naïveAvait autour des murs bénitsCreusés là dans la roche vive,

Pour que les heureux morts serrésSous le linceul blanc comme neige,Dormissent mieux, étant plus prèsDu saint qui sauve et qui protège.

Mais les corps ayant disparuEt, sur les rocs jadis arides,Des herbes folles ayant crûDans les tombes à moitié vides,

Ces lourds et rudes monumentsD’une foi qui n’est plus la mienne,Prenaient, mignonne, par moments,Une grâce vraiment païenne.

De tous leurs jardinets montaientDes frissons et des senteurs douces,Les rebords frustes en étaientBrodés de lichens et de mousse,

Et Virgile aurait cru s’asseoirAux élyséennes prairies,A voir pencher dans l’air du soirTant d’asphodèles défleuries.

Deux tombes s’ouvraient dans les fleurs ;L’une grande, l’autre petiteEt comme en font les fossoyeursPour les enfants partis trop vite.

Alors il me vint un désir,Car c’était une de ces heuresOù l’on souhaiterait mourir,N’en espérant pas de meilleures :

— « Il ferait bon s’étendre iciSans prière et sans patenôtreDans ce tombeau que j’ai choisi !Mais pour qui donc fut creusé l’autre.

L’autre, ce lit d’enfanteletQu’envahissent les herbes folles ? »Or, quelqu’un qui vous ressemblaitMe répondit par ces paroles :

— « L’autre, hélas ! est pour un amourQui dura, mourant au bel âge,De l’aurore à la fin d’un jour !N’en demandez pas davantage. »

Dans le minuscule cercueil,Symbole d’existence brève,Souriants et la larme à l’œil,Nous ensevelîmes mon rêve.

Et, tranquille, je me disais :Qu’il dorme sous les asphodèles !Les amours irréalisésSont encore les seuls fidèles.

56 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Paul Arène, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1900· numérisation gallica.bnf.fr· Sources