Poésies, 1900· IV Chansons
Monologue
ET CHANSON DE POLICHINELLE
Quel vin ! Vit-on jamais escarboucle pareille ?C’est bien simple : Un rayon flâne dans une treilleEt se cache entre les grappes, comme un lézard.Un brave vigneron passe là, par hasard,Sans y songer ; du bout de sa serpe il attrapeLe rayon, et le coupe ensemble avec la grappe.Au panier ! Au panier !… L’homme verse le tout,Raisins mûrs et rayons, dans la cuve qui bout :Rayons et raisins mûrs se mêlent dans la cuve,La cuve qu’on emplit fume comme un Vésuve,Et voilà la raison qui fait que nous voyonsCe diable de vin vieux toujours plein de rayons.
( Il chante.)
Du temps qu’on adorait les merles,Cléopâtre, reine du Nil,Dans le vin grec jetait des perlesGrosses comme des grains de mil.Or, je fais, moi, Polichinelle,Autrement qu’elle :En fait de perles, j’aime mieuxBoire une larme de ma belle,Dans un grand verre de vin vieux !
( Un duel aux lanternes, 1873 Scène XI.)
21 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Paul Arène, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1900· numérisation gallica.bnf.fr· Sources