Poésies, 1900· V Poèmes et fantaisies
Pierrot
SUR LA TOMBE DE THÉOPHILE GAUTIER APPORTE SON HOMMAGE FUNÈBRE
Lorsque la dalle fut scellée,Et lorsque le dernier amiEut quitté la funèbre alléeOù rêve le Maître endormi,
Un rayon neigea sur les planches ;Et Pierrot, drapé d’un rideau,Parut entre les tombes blanches,Blanc et fluet comme un jet d’eau.
Aussi désespérément blêmeQu’aux jours où, posthume et muet,Son fantôme en deuil de lui-mêmeA n’être plus s’habituait.
Il ne parla pas, mais son gesteExprimait un amer souci ;Un bouquet, blanc comme le reste,Tremblait à ses doigts blancs aussi ;
Et son expression mimiqueAvec les poses de rigueurDisait, lamentable et comique,Les tristesses de son grand cœur.
Soudain, étrange phénomène !Dans un masque égoïste et blancSe lut toute l’angoisse humaine,Une larme claire, en tremblant,
Des cils à la fine narineTomba sans secousse, et de làSur le col poudré de farinePour la première fois roula.
Or, dans les cieux, une par une,Les étoiles ouvraient leurs yeux ;Et Pierrot pleurait, et la. luneVersait des pleurs silencieux.
32 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Paul Arène, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1900· numérisation gallica.bnf.fr· Sources