Poésies, 1900· I Sonnets
Sonnet d’août
A moun ami meste Bremond de Darboussiho.
A l’ombre du gerbier géant l’airée est prête ;Le fermier, dans le rond où s’entassent les blés,Fait tourner, retenant leurs licous assemblés,Six chevaux camarguais vifs comme la tempête.
Sous l’ardent soleil d’août ils vont : regardez-les !Et le sol dur résonne, et rien ne les arrête.Lui, suant mais joyeux comme au jour de sa fête,Rêve de sacs d’écus et de greniers comblés.
Cependant le soir vient et la brise se lève ;La paille en tourbillons vermeils comme son rêveMonte, se colorant aux rayons du couchant ;
Et, tandis que décroît le galop circulaire,Le rustique songeur, droit au milieu de l’aire,Dans un nuage d’or voit sa ferme et son champ.
septembre 1891.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Paul Arène, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1900· numérisation gallica.bnf.fr· Sources