Poésies, 1900· I Sonnets
Sonnet de décembre
C’est l’hiver ! grelottante et brave, tu me dis :« Sortons, le froid m’égaie… » Un lierre aux branches tortesSur le ciel pâle et clair dessinant des eaux-fortes,Laisse un peu de verdure à l’angle du mur gris.
Les rossignols frileux rôdent autour des portes.Beaux chanteurs imprudents que la neige a surpris !Et le parfum léger des violettes mortesSemble flotter encor sur les gazons flétris.
Restons plutôt, mignonne, il sera bon de vivreTous deux seuls, cependant qu’aux fenêtres le givreMettra sa broderie entre le monde et nous,
Et d’attendre, oublieux des hommes et des choses,Que la vitre éclaircie aux feux d’un mois plus douxNous laisse voir enfin le jardin et les roses.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Paul Arène, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1900· numérisation gallica.bnf.fr· Sources