Poésies, 1900· II Tableaux parisiens et paysages
Sur la plage
Un matin je rêvais de Grèce,Près de la mer, quand, sur le bord,Passèrent, de l’or dans leur tresse,Deux mignonnes enfants du Nord.
Par Phoïbos-Apollon, pensai-je,Dans nos horizons purs, mais secs,Ces deux fleurs des pays de neigeTroublent un peu mes rêves grecs.
Leur grâce me charme et m’irriteSous ce soleil, sous cet azur,Et les nymphes de ThéocriteN’étaient pas blondes à coup sûr.
Soudain, accourant d’une lieue,A petits pas, à petits pas,Une petite vague bleueMe dit : « Imbécile ! (tout bas),
Laisse donc là ton esthétique !Les Grecs n’ont-ils pas fait CyprisBlonde comme le miel d’Attique,Blonde comme ces tamaris ?
« Tu peux me croire, je suis francheJ’étais là, par un jour pareil,Quand elle naquit blonde et blancheDans l’écume et dans le soleil.
« Je la vis, rayonnante et pure,Se dresser sous le ciel joyeuxDu soleil sur sa chevelureEt de l’azur plein ses beaux yeux.
« Il n’est pas d’églogue qui tienne,Le blond t’offusque, et puis après ?Un peu de brise italienneFait bien dans des cheveux dorés.
« Comme au jour où Vénus est née,Ouvrant des yeux bleus comme nousC’est fête en Méditerranée,Et notre azur semble plus doux,
« Plus joyeux frémit à la briseLe rire innombrable des flots,Plus blanche l’écume se briseAux pointes blanches des îlots.
« Et c’est Vénus, malgré les âges,Vénus que nous nous rappelonsQuand se mirent près de nos plagesDes yeux bleus et des cheveux blonds. »
44 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Paul Arène, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1900· numérisation gallica.bnf.fr· Sources