Poésies, 1833· Pièces inédites
Déclaration
Jeune femme aux yeux noirs,‖ étourdie, inconstante,Entre mille pensers‖ indécise et flottante,Qui veux et ne veux pas,‖ et bientôt ne sais plusOù prendre ni fixer‖ tes vœux irrésolus ;Qui n’aimes point le mal,‖ et pourtant ne peux faireUn seul pas vers le bien‖ que ton âme préfère,Insouciante, et vas‖ livrant chaque matinTes projets au hasard‖ et ta vie au destin,Sais-tu pourquoi je t’aime‖ et quelle main cachéeRetient mon âme au char‖ où tu l’as attachée,Pourquoi je me plais tant‖ dans tes bras et ressensQuelque chose de plus‖ que l’ivresse des sens ?C’est qu’il est, vois-tu bien,‖ certaines destinéesPar des liens secrets‖ l’une à l’autre enchaînées ;C’est qu’il peut arriver‖ parfois, que deux espritsSe soient du premier coup‖ reconnus et compris :Une triste clarté,‖ de longs regrets suivie,De ses illusions‖ a dépouillé ma vie :Elle a flétri ma joie,‖ et n’a plus rien laisséDans le fond de mon cœur‖ profondément blessé ;Et toi, ton âme aussi,‖ triste et désenchantéeDe ces prestiges vains‖ qui l’avaient trop flattée,A reconnu leur vide‖ et va bientôt finirCes rêves dissipés‖ pour ne plus revenir.C’est ce que j’aime en toi,‖ c’est cette connaissanceDes misères de l’homme‖ et de son impuissance ;C’est ce bizarre aspect‖ d’une femme à vingt ansDont la raison précoce‖ a devancé le temps,Que rien ne touche plus,‖ et qui, jeune et jolie,Ne croit pas à l’amour‖ et sait comme on oublie.C’est ce qui me ravit,‖ m’enchante, et sur tes pasMe retient malgré moi,‖ car enfin n’est-ce pasQuelque chose de neuf‖ que de nous voir ensemble,Vieillards prématurés‖ qu’un même esprit rassemble.Avec ces cheveux noirs,‖ avec ce jeune frontQui des ans destructeurs‖ n’a pas subi l’affront,Discourir gravement‖ des choses de la vie.Railler, d’un rire amer,‖ ces plaisirs qu’on envie.Oublier le présent,‖ ne pas nous souvenirQue nous sommes tout seuls‖ et parler d’avenir ?C’est ce qui m’a frappé,‖ moi, c’est ce caractèreSérieux à la fois‖ et léger, ce mystèreD’une humeur si mobile‖ et d’un cœur si changeant,De désirs en désirs‖ sans cesse voltigeant.Je t’aime si fantasque‖ et si capricieuse ;Bonne femme d’ailleurs,‖ point avaricieuse.Au contraire prodigue,‖ et jetant sans regretsSon or, quand elle en a,‖ sauf à compter après.Que dirai-je en un mot ?‖ C’est parce que je trouveJe ne sais quoi d’étrange‖ au plaisir que j’éprouve,Que tu lis dans mon âme‖ et que ton cœur m’entend ;Qu’enfin tu n’aimes rien,‖ que moi je t’aime tant !
Versification
- Forme
- Distiques
- Rimes
- 26((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 1 distique
- Mots à la rime
- a inconstante / flottante féminine, classiqueb plus / irrésolus masculine, classiquea faire / préfère féminine, classiqueb matin / destin masculine, classiquea cachée / attachée féminine, classiqueb ressens / sens masculine, classiquea destinées / enchaînées féminine, classiqueb esprits / compris masculine, classiquea suivie / vie féminine, classiqueb laissé / blessé masculine, classiquea désenchantée / flattée féminine, classiqueb finir / revenir masculine, classiquea connaissance / impuissance féminine, classiqueb ans / temps masculine, classiquea jolie / oublie féminine, classiqueb pas masculine, classiquea ensemble / rassemble féminine, classiqueb front / l’affront masculine, classiquea vie / envie féminine, classiqueb souvenir / d’avenir masculine, classiquea caractère / mystère féminine, classiqueb changeant / voltigeant masculine, classiquea capricieuse / avaricieuse féminine, classiqueb regrets / après masculine, classiquea trouve / j’éprouve féminine, classiqueb m’entend / tant masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 2.8· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
52 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies, H. Floury, éditeur, 1900· numérisation archive.org· Sources