Poésies, 1833· Pièces inédites
La Femme adultère
Écoutez ce que c’est‖ que la femme adultère.Sa joie est un tourment,‖ sa douleur un mystère :Dans son cœur dégradé‖ que le crime avilitUn autre a pris la place‖ à l’époux réservée ;D’impures voluptés‖ elle s’est abreuvée ;Un autre est venu dans son lit.
Dévorée au dedans‖ d’une flamme cachée,Toujours, devant les yeux‖ son image attachéeJusqu’aux bras d’un époux‖ vient encor la troubler ;Elle reste au logis‖ des heures à l’attendre.Prête l’oreille et dit,‖ quand elle croit l’entendre,A ses enfans de s’en aller.
Son complice ! des lois‖ il brave la vengeance !Qui pourrait, trahissant‖ leur sourde intelligence,Éveiller dans les cœurs‖ le soupçon endormi ?De son crime impuni‖ le succès l’encourage,La mère lui sourit,‖ et l’époux qu’il outrageL’embrasse en disant : mon ami.
Voici venir enfin‖ l’heure tant retardée ;Les voilà seuls, la porte‖ est close et bien gardée :Pourquoi cet air pensif,‖ pourquoi cet œil distrait ?Pourquoi toujours trembler‖ et pâlir d’épouvante ?Personne ne l’a vu‖ monter, et la suivanteA reçu le prix du secret.
Dans un festin brillant‖ le hasard les rassemble ;Leurs sièges sont voisins.‖ Que vont-ils dire ensemble ?Quel sinistre bonheur‖ dans leurs regards a lui !Oh retiens les éclairs‖ de ta prunelle ardente,Garde de te trahir,‖ et de boire, imprudente !Dans la même coupe après lui !
Que dis-je ? Du mépris‖ et de l’indifférenceElle sait à son œil‖ imposer l’apparence :Un regard indiscret‖ jamais ne révélaDe son cœur déchiré‖ la sombre inquiétude.Elle s’observe, et sait,‖ à force d’habitude,Rester froide quand il est là !
Ses tourmens sont cachés‖ à tous, soyez sans crainte ;Aussi regardez-la‖ sans gêne et sans contrainteRépondre à vingt propos,‖ sourire… oh si du moins,Pour apaiser l’ardeur‖ dont elle est embrasée,Elle pouvait, auprès‖ d’une obscure croisée,L’avoir un instant sans témoins !
Sentir le bruit léger‖ de sa robe froissée,Dans les plis de satin‖ sa jambe entrelacée,Lui donner d’un regard‖ l’heure du lendemain,Et, dans ce tourbillon‖ qui roule et qui l’emporte.Lui dire… ou seulement‖ debout, près de la porte,En passant lui serrer la main !
Cependant, pas à pas,‖ la vieillesse est venueTroubler son cœur flétri‖ d’une crainte inconnue.Le prestige enivrant‖ s’est enfin dissipé :Il faut quitter l’amour,‖ l’amour et son ivresse ;Il faut se trouver seule‖ et subir la tendresseDe cet homme qu’elle a trompé.
Versification
- Forme
- 9 sizains (sizains)
- Rimes
- 9(aabccb)
- Mètre
- Alexandrins et octosyllabes (45 de 12, 9 de 8)· profil 8, 6+6
- Strophes
- 9 sizains
- Mots à la rime
- a adultère / mystère féminine, classiqueb avilit / lit masculine, classiquec réservée / abreuvée féminine, classiquea cachée / attachée féminine, classiqueb troubler / aller masculine, classiquec l’attendre / l’entendre féminine, classiquea vengeance / intelligence féminine, classiqueb endormi / ami masculine, classiquec l’encourage / outrage féminine, classiquea retardée / gardée féminine, classiqueb distrait / secret masculine, classiquec d’épouvante / suivante féminine, classiquea rassemble / ensemble féminine, classiqueb lui masculine, classiquec ardente / imprudente féminine, classiquea l’indifférence / l’apparence féminine, classiqueb révéla / là masculine, classiquec inquiétude / d’habitude féminine, classiquea crainte / contrainte féminine, classiqueb moins / témoins masculine, classiquec embrasée / croisée féminine, classiquea froissée / entrelacée féminine, classiqueb lendemain / main masculine, classiquec l’emporte / porte féminine, classiquea venue / inconnue féminine, classiqueb dissipé / trompé masculine, classiquec ivresse / tendresse féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 2.2· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
54 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies, H. Floury, éditeur, 1900· numérisation archive.org· Sources