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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Dans la fournaise, 1892

Jeune homme

Théodore de Banville· 16 quatrains, octosyllabes, 64 vers

Il se traînait, pâle et sans voix,Lui, jadis hardi comme un page.Quoi ! dis-je, c’est toi que je vois,O vainqueur, dans cet équipage !

Peu soucieuse de l’affront,Sa blouse n’était pas coquette,Et sur la blancheur de son frontPendait une molle casquette.

Fagoté comme un vil paquet,Mal culotté lui-même et veule,Cet analyste se piquaitDe culotter son brûle-gueule.

Puis il était soûl, lui divin,Mêlant dans sa bouche ravieLes sinistres hoquets du vinEt les vapeurs de l’eau-de-vie.

Quoi ! dis-je, c’est toi, chaste filsDe la guerrière aux yeux de flamme,Qui triomphais, et qui jadisOuvrais tes ailes, comme une âme !

Oui, c’est bien moi, répondit-il,Que tu vois blême et taciturne.Désormais je trouve subtilDe flâner sous l’azur nocturne.

On m’accueillait dans les salonsQu’une folle brise parfume,Bah ! les boulevarts sont plus longs,Bien aérés, et l’on y fume.

Le milieu sans doute prévaut ;J’en fis toujours ma coqueluche,Car je sais très bien ce que vautUne femme dans la peluche.

Doux et timide, enfant encor,Dans la turbulente CythèreJe faisais traîner mon char d’orPar la tigresse et la panthère.

J’aimai, sous leur petit manteauQue le zéphyr caresse et bouge,Les grandes femmes que WatteauDessine avec son crayon rouge,

Puis, avec le soulier verniEt le sémillant bas de soie,Les charmeuses de Gavarni,Folles de tristesse et de joie.

Mais quoi ! n’étant plus un rieur !Je suis les ombres clandestinesDu boulevart extérieur,Où fourmillent tant de bottines.

Car, poëte, il n’est pas besoinD’un pardessus garni de martrePour plaire, quand on n’est pas loinDe la colline de Montmartre.

A Paris, où l’on n’ose pasMe chicaner sur mon costumeJe me promène à petits pasSur un long trottoir de bitume.

Des femmes à l’esprit ouvert,Qui me prennent sans étiquette,Me caressent comme Vert-Vert,Et moi, j’adore ma casquette.

Sur ma chevelure de feuTombe cet ornement futileEt je suis l’Amour, ancien dieu,Maintenant jeune homme inutile.

9 décembre 1890.

Versification

Forme
16 quatrains (quatrains)
Rimes
16(abab)
Mètre
Octosyllabes
Strophes
16 quatrains
Mots à la rime
a voix / vois masculine, classiqueb page / équipage féminine, classiquea l’affront / front masculine, classiqueb coquette / casquette féminine, classiquea paquet / piquait masculine, classiqueb veule / brûle-gueule féminine, classiquea divin / vin masculine, équivalenteb ravie / l’eau-de-vie féminine, classiquea fils / jadis masculine, classiqueb flamme / âme féminine, classiquea répondit-il / subtil masculine, classiqueb taciturne / nocturne féminine, classiquea salons / longs masculine, classiqueb parfume / fume féminine, classiquea prévaut / vaut masculine, classiqueb coqueluche / peluche féminine, classiquea encor / d’or masculine, classiqueb Cythère / panthère féminine, classiquea manteau / Watteau masculine, classiqueb bouge / rouge féminine, classiquea verni / Gavarni masculine, classiqueb soie / joie féminine, classiquea rieur / extérieur masculine, classiqueb clandestines / bottines féminine, classiquea besoin / loin masculine, classiqueb martre / Montmartre féminine, classiquea pas masculine, classiqueb costume / bitume féminine, classiquea ouvert / Vert-Vert masculine, classiqueb étiquette / casquette féminine, classiquea feu / dieu masculine, classiqueb futile / inutile féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.9· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

64 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Oeuvres poetiques completes, Paris, Honoré Champion, 2001· numérisation Peter Edwards· Sources