Dans la fournaise, 1892
La Forêt
C’est la forêt sauvage‖ où tout un monde grouille,Où l’obscurité sombre‖ et vaste se verrouilleEt fait dans la nuit noire‖ une plus noire nuit ;Où tout menace, où tout‖ se hérisse, où tout nuit,Où tandis que les yeux‖ devinent des cavernes,On entend vaguement‖ bouillonner les Avernes.Là, dans cette funèbre‖ et vivante prison,Tout est colère, tout‖ est piège et trahison ;L’épouvante fait fuir‖ les tremblantes gazelles.Sur votre front glacé‖ passent de grandes ailesEt vole, furieux,‖ le souffle de la mort.La ronce vous déchire‖ et la gueule vous mord,Le serpent sous vos pieds‖ glisse au bord des abîmes,L’obscurité s’emplit‖ de carnage et de crimes ;On marche dans la chair‖ et dans les ossements,Et de longs hurlements‖ et des rugissements,Épars dans l’ombre triste‖ et sous les hideux voiles,Montent vers le ciel noir‖ que percent des étoiles.Cette forêt bruyante,‖ où gémissent les flotsEt les plaintes et les‖ fureurs et les sanglots,C’est toi, Cité pleurant‖ et râlant, c’est toi, Ville,Tout entière livrée‖ à la matière vileEt d’où le chaste azur‖ s’efface et disparaît.C’est toi, la fourmillante‖ et sinistre forêtOù, poursuivant leur proie‖ avec des cris atroces,Les hommes pantelants‖ sont les bêtes féroces !
Samedi, 9 avril 1887.
Versification
- Forme
- Distiques
- Rimes
- 13((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6−6
- Strophes
- 1 distique
- Mots à la rime
- a grouille / verrouille féminine, classiqueb nuit masculine, classiquea cavernes / Avernes féminine, classiqueb prison / trahison masculine, classiquea gazelles / ailes féminine, classiqueb mort / mord masculine, classiquea abîmes / crimes féminine, classiqueb ossements / rugissements masculine, classiquea voiles / étoiles féminine, classiqueb flots / sanglots masculine, classiquea Ville / vile féminine, classiqueb disparaît / forêt masculine, classiquea atroces / féroces féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 2.5· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
26 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Oeuvres poetiques completes, Paris, Honoré Champion, 2001· numérisation Peter Edwards· Sources