Dans la fournaise, 1892
Objection
La rousse Pulchérie‖ ayant quitté la ville,Errait folâtrement‖ dans les bois de Chaville,Très pimpante, avec un‖ de ses plus chers amants.Et tous deux ils marchaient‖ près des ruisseaux dormantsEt foulant sous leurs pieds‖ le brun velours des mousses,Causaient, car il faut bien‖ dire les choses doucesQue l’on sait, pour payer‖ à l’amour son impôt.Mais voici qu’une bête‖ effroyable, un crapaudCheminait lentement‖ vers le couple superbe.Dans sa triste laideur‖ il émergea de l’herbeEt s’avançant par sauts‖ absurdes et par bonds,Il se trouva tout près‖ de ces deux vagabonds.Eux cependant parlaient,‖ et disaient les bêtisesQue les Parisiens‖ enseignent aux cytises,Le Cantique du Lieu‖ Commun, l’IntermezzoRidicule, qui fait‖ fuir le petit oiseauEt dont les bourgeois, plus‖ entêtés que des mules,Dans les romans du jour‖ apprennent les formules.Surtout l’amant vainqueur,‖ en vrai jeune premier,Trouvait du premier coup‖ la perle en ce fumier,Et comme un coq, tout fier‖ de sa riche peinture,Récitait les petits‖ journaux à la nature.Car, ô don Juan ! tu n’es‖ souvent que le nomméJocrisse, dans l’orgueil‖ du satin parfumé,Et c’est pour obtenir‖ ce nom que tu postules.Donc le crapaud visqueux,‖ mou, couvert de pustules,S’avançait comme un être‖ ignoble et châtié.La dame, en le voyant,‖ fut prise de pitié.Oh ! dit-elle, vois donc‖ l’étrangeté des choses !Le Sort injuste a fait‖ les serpents et les roses.Ce crapaud flasque semble‖ ici-bas en exil ;Ébauche informe, il est‖ affreux, sinistre, vil ;C’est en sautant, comme un‖ baladin, qu’il chemine ;Pour toute nourriture‖ il mange la vermine ;On sent qu’il a commis‖ je ne sais quels forfaitsDont il garde l’horreur‖ dans ses yeux stupéfaits.Il est le monstre impie,‖ à la grâce rebelle,Vois donc ! et moi, mon cher‖ trésor, je suis si belle !Et Pulchérie alors‖ montrait ses cheveux rouxQue le fauve soleil‖ baise, non sans courroux,Sa bouche en fleur, toujours‖ convulsée et torduePar quelque haine au fond‖ de l’âme répandue,Son cou mordu par les‖ baisers, ses yeux perversOù roule un sable d’or‖ frissonnant, ses yeux verts,Son visage de Nymphe‖ heureuse, où tous les vicesOnt traîné leur caresse‖ et laissé leurs sévices.Elle disait : Je suis‖ si belle, cher amant !Elle parlait ainsi‖ voluptueusementEt s’enivrait du son‖ de sa voix imbécile,Comme, dans la campagne,‖ un pâtre de SicileSe réjouit du miel‖ suave de l’Hybla.Mais alors le crapaud‖ mystérieux semblaDire, en levant les yeux‖ vers sa fine chaussureEt vers ses bas pourprés :‖ Si belle ! En es-tu sûre ?
Jeudi, 17 mars 1887.
Versification
- Forme
- Distiques
- Rimes
- 27((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6−6
- Strophes
- 1 distique
- Mots à la rime
- a ville / Chaville féminine, classiqueb amants / dormants masculine, classiquea mousses / douces féminine, classiqueb impôt / crapaud masculine, classiquea superbe / l’herbe féminine, classiqueb bonds / vagabonds masculine, classiquea bêtises / cytises féminine, classiqueb l’Intermezzo / oiseau masculine, classiquea mules / formules féminine, classiqueb premier / fumier masculine, classiquea peinture / nature féminine, classiqueb nommé / parfumé masculine, classiquea postules / pustules féminine, classiqueb châtié / pitié masculine, classiquea choses / roses féminine, classiqueb exil / vil masculine, classiquea chemine / vermine féminine, classiqueb forfaits / stupéfaits masculine, classiquea rebelle / belle féminine, classiqueb roux / courroux masculine, classiquea tordue / répandue féminine, classiqueb pervers / verts masculine, classiquea vices / sévices féminine, classiqueb amant / voluptueusement masculine, classiquea imbécile / Sicile féminine, classiqueb l’Hybla / sembla masculine, classiquea chaussure / sûre féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.8· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
54 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Oeuvres poetiques completes, Paris, Honoré Champion, 2001· numérisation Peter Edwards· Sources