Dans la fournaise, 1892
Semper adora
O Maître de la Lyre,‖ aïeul, race d’Homère !Hugo, quand tu vivais‖ cette vie éphémère,Devant le vaste flot‖ que seul tu remuais,Tes envieux restaient‖ stupéfaits et muets.Ils ne moissonnaient pas‖ leur haine déjà mûre,Et pâles, dans leurs seins,‖ étouffaient leur murmure.Maître, quand près de toi,‖ dans un repas divin,Nous te parlions, mangeant‖ ton pain, buvant ton vin,Quand nous goûtions, hélas !‖ vieille troupe écolière,Tes entretiens charmants‖ de bonté familière,Dans notre souvenir‖ devenus solennels ;Quand tu nous regardais‖ de tes yeux éternels,Te garder, c’est le rêve‖ enivrant que nous fîmes !Eux pourtant, devant toi‖ vaincus, domptés, infimes,Pleins d’une rage sourde‖ et remâchant leur fiel,Petits, ils t’admiraient‖ comme un archer du cielLançant tes flèches d’or‖ sur les marais immondes,Ou portant dans ta main,‖ comme Dieu fait des mondes,L’idéal grandiose‖ et la réalité,Génie entré vivant‖ dans l’immortalité.Mage qui dans les cieux‖ mystérieux sus lire,Faisant parler, chanter,‖ frémir toute la Lyre,Évoquant dans ta voix‖ les crimes, les bourreaux,Les baisers, tout un peuple‖ effrayant de héros,Tu nous rendais, parmi‖ nos pleurs et nos désastres,En un tas d’odes, plus‖ nombreuses que les astres,Les Pindares et les‖ Eschyles disparus,Et ne pouvant plus rien‖ ici-bas, tu mourus.Les Zoïles bouffons,‖ dont le front vil rougeoie,En hurlèrent alors‖ de colère et de joie ;Ils crièrent, montrant‖ leurs appétits flagrants :A présent qu’il n’est plus,‖ nous pouvons être grands.Puisqu’il prenait nos parts‖ d’orgueil et de lumière,Brillons ! notre place est‖ à présent la première.Nous serions comme lui‖ bientôt, si nous voulions.Frères, être un berger‖ d’aigles et de lions,Un Hugo, ce n’est pas‖ du tout la mer à boire :C’est un peu de génie‖ avec un peu de gloire,Et le vent de l’exil‖ parmi des cheveux blancs.C’est ainsi que ces nains‖ heureux, jadis tremblants,Exultaient. Ils disaient :‖ Tout doit finir, en somme.Voici longtemps déjà‖ qu’on admire cet homme.Assez. Ne suivez plus‖ la trace de ses pas.Allons ailleurs. — Pardon,‖ messieurs, je n’en suis pas.Maître, je suis un flot‖ parmi les flots sans nombre ;Mais, depuis le matin, j’ai marché dans ton ombre.J’ai parfois réfléchi‖ ta lumière, et si peuQue je sois, j’ai pu voir‖ en toi l’infini bleu.Tant que je vivrai sous‖ les grands cieux qui se dorent,O Père, je serai‖ parmi ceux qui t’adorent,Fidèles, et s’il n’en‖ reste qu’un, je seraiCelui-là, plein d’amour‖ et le cœur ulcéré !
Mardi, 26 juillet 1887.
Versification
- Forme
- Distiques
- Rimes
- 26((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6−6
- Strophes
- 1 distique
- Mots à la rime
- a d’Homère / éphémère féminine, classiqueb remuais / muets masculine, classiquea mûre / murmure féminine, classiqueb divin / vin masculine, classiquea écolière / familière féminine, classiqueb solennels / éternels masculine, classiquea fîmes / infimes féminine, classiqueb fiel / ciel masculine, classiquea immondes / mondes féminine, classiqueb réalité / l’immortalité masculine, classiquea lire / Lyre féminine, classiqueb bourreaux / héros masculine, classiquea désastres / astres féminine, classiqueb disparus / mourus masculine, classiquea rougeoie / joie féminine, classiqueb flagrants / grands masculine, classiquea lumière / première féminine, classiqueb voulions / lions masculine, classiquea boire / gloire féminine, classiqueb blancs / tremblants masculine, classiquea somme / homme féminine, classiqueb pas masculine, classiquea nombre / ombre féminine, classiqueb peu / bleu masculine, classiquea dorent / t’adorent féminine, classiqueb serai / ulcéré masculine, équivalente
- Richesse
- extension moyenne des rimes 2.3· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
52 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Oeuvres poetiques completes, Paris, Honoré Champion, 2001· numérisation Peter Edwards· Sources