Idylles prussiennes, 1871
Celle qui reste
Allons ! applaudissez leurs drames.Ici près, comme un noir tonnerre,Un obus a frappé deux femmes,Une jeune fille et sa mère.
Voyez, la jeune fille est morte.Et la foule, mal résignée,L’admire, gracieuse et forteEt dans son sang toute baignée.
Elle ressemble aux fleurs vermeilles.Pour élever cette enfant blonde,La mère avait subi les veillesEt l’enfer glacé, dès ce monde.
Pas de bois, peu de nourriture.Mais elle était comme en délireQuand l’enfant gracieuse et pureLa caressait dans un sourire !
Elle se disait : Dans nos bougesOn a tout souffert : l’esclavage,La faim, le froid ; mes yeux sont rouges ;Mais j’ai gardé ma fille sage !
Elle est simple, docile et juste,Elle ne sera pas légère,Quelque bon ouvrier robusteLa prendra pour sa ménagère :
Et l’ayant nourrie et baiséeComme une mère valeureuse,Ce jour-là, je mourrai briséeEt bien lasse, mais bien heureuse.
Illusions ! songe qui navre !L’obus est tombé là : qu’importe !La jeune fille est un cadavre :Elle ouvre son grand œil de morte
Où nul rayon ne se reflète ;Et la voilà bien trépasséeAvec sa lèvre violette…Mais la mère n’est que blessée.
Janvier 1871.
Versification
- Forme
- 9 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 9(abab)
- Mètre
- Octosyllabes
- Strophes
- 9 quatrains
- Mots à la rime
- a drames / femmes féminine, classiqueb tonnerre / mère féminine, classiquea morte / forte féminine, classiqueb résignée / baignée féminine, classiquea vermeilles / veilles féminine, classiqueb blonde / monde féminine, classiquea nourriture / pure féminine, classiqueb délire / sourire féminine, classiquea bouges / rouges féminine, classiqueb l’esclavage / sage féminine, classiquea juste / robuste féminine, classiqueb légère / ménagère féminine, classiquea baisée / brisée féminine, classiqueb valeureuse / heureuse féminine, classiquea navre / cadavre féminine, classiqueb qu’importe / morte féminine, classiquea reflète / violette féminine, classiqueb trépassée / blessée féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.9· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
36 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Oeuvres poetiques completes, Paris, Honoré Champion, 1999· numérisation Peter Edwards· Sources